Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Comment passer un business model à la moulinette ?

Louis-David Benyayer
Lancés par le think tank Without Model, les Business Model Crash Test s’adressent à des créateurs de start-up mais aussi à des responsables innovation de grands groupes. Des experts, chercheurs et entrepreneurs vérifient qu’au delà d’un projet, le modèle économique tient la route. Pas de modèle plaqué, mais du « sur-mesure », à partir d’un exercice collectif exigeant.

Clément Chapert a poussé la porte de ce think tank avec un projet bien avancé(l’imprimante 3D conçue comme un outil de bricolage), mais sans business plan bien défini. «Il me fallait confronter ma vision du marché avec des personnes d’autres horizons, un exercice utile dans une démarche entrepreneuriale «. Après avoir présenté les «slides » de sa start-up, ce féru de high-tech s’est assis au milieu d’une petite assemblée de trentenaires avec qui il a pu mettre en discussion son concept. «Devant des business angels en cravates, on n’oserait pas aller aussi loin dans cet exercice de vérité, il y aurait une barrière et les retours ne seraient pas aussi poussés».

Des réponses aux défis d’aujourd’hui

Dans une ambiance de campus californien, l’apéro aidant, les langues se sont déliées très vite. Derrière cette décontraction, la rigueur était pourtant de mise. Deux heures montres en main pour les participants à ce Business Model Crash. Le jeune entrepreneur a pu ainsi «nourrir » son concept de remarques et critiques tous azimuts. «J’ai pu ainsi affiner ma stratégie avec DOOD (Digital object on demand). ». Après chaque crash test, le projet présenté fait l’objet d’un plan d’action avec des ressources à mobiliser. La mission de Without Model est de contribuer à généraliser les modèles économiques ouverts, collaboratifs et responsables comme des réponses aux défis d’aujourd’hui. Avec le site Internet, le « BM Crash Test » est l’un des outils pour aller vers cet objectif. Il permet surtout de roder son modèle ou d’en imaginer un en dehors des sentiers battus. Autre entrepreneur à avoir suivre le test, Léonore de Roquefeuille est venue parler deVoxe, une plateforme d’initiative civique.Sa problématique ? «Vendre quelque chose que l’on ne possède pas : de l’information civique et politique». Plus prosaïquement, comment passer d’une «idée dans l’air du temps» à une activité qui rapporte de l’argent ? «10 cerveaux dans la même pièce, des mentors à notre disposition, cela forme un sacré concentré de matière grise. Ce regard extérieur aide à avancer dans la modélisation d’un projet». A la fin de l’atelier, il lui a été recommandé de ne pas « monétiser » son comparateur de programme politique, mais de créer une appli pour des données d’études sur l’information politique et travailler avec mairies et entreprises.

Un impact sur une quarantaine de projets

De telles expériences confortentLouis-David Benyayer * dans son «approche d’intelligence collective ».A l’origine de Without Model, cet entrepreneur-consultant-chercheur-enseignant est parti de l’idée que les initiatives émergentes sont souvent confrontées à des difficultés comme pérenniser une activité ou passer à une taille supérieure.«Ce sont des aventures difficiles qui cumulent de nombreux facteurs de risque ».

Jamais, un entrepreneur ne dira au début : j’ai ce modèle. Il fait l’expérience et le modèle émerge. Mais à contrario, il n’y a pas d’expérience ou l’entreprise évolue sans modèle. « Le modèle c’est l’intendance, ce n’est pas ce que l’on fait en premier » précise t-il. La question est légitime mais selon lui la vraie question est : à quel moment se pose la question ? Faute d’avoir peaufiné un modèle propre, les entrepreneurs prennent le risque d’échouer. D’où l’importance de les sortir de leur univers et les confronter aux autres. Dans un mode bousculé par le numérique, l’enjeu est le plus souvent de les amener à évoluer vers un modèle d’économie ouverte. «Finie l’époque où l’entreprise pouvait se comporter comme un propriétaire, désormais elle doit engager une réflexion sur une stratégie d’avenir avec de nouvelles donnes comme le partage des données et la mise à disposition de leurs ressources»

Ni gourous, ni consultants, les mentors du think tank se décrivent plus comme des « agents du changement ». «Nous ne sommes pas des vigies apportant la vérité et la solution toute faite, pas plus que nous ne ramenons la lumière dans la grotte, mais nous avons déjà eu un impact sur une quarantaine de projets» souligne Louis-David Benyayer.


* Louis-David Benyayer est également coordinateur du livre téléchargeable Open models, les business models de l’économie ouverte, 2015.


Gilles Trichard
Le 9-01-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz