Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Vers un retour du protectionnisme ?

Nombreux sont les commentateurs qui craignent que l’élection de Trump signe la fin de l’ancien Occident libéral, vivant sous la protection des Etats-Unis.

Du côté des libéraux classiques, partisans de du libre-échange et de l’unité des puissances occidentales, l’élection de Trump a fait l’effet d’une douche froide. On redoute que ce qui reste de l’ancien « camp occidental », issu de la guerre froide, se désagrège. Anne Applebaum écrit ainsi dans le Washington Post,« sous la présidence de Trump, nous ne pouvons plus assumer que l’Amérique est encore le leader du monde libre ». Car les murs vont grimper partout, isolant les pays les uns des autres.

Et pour Fukuyama,« une présidence Trump va marquer “la fin d’une époque où l’Amérique symbolisait la démocratie elle-même, aux yeux des peuples vivant, à travers le monde, sous des régimes autoritaires et corrompus.” Pour lui, l’Amérique s’apprête à quitter le camp de l’internationalisme libéral, pour rejoindre celui du populisme ; celui de l’UKIP britannique et du FN français. Une nouvelle Internationale, populiste et nationaliste, a fait son apparition, dit-il. Leurs membres se donnent mutuellement des coups de main non pas dans un but de solidarité mutuelle – cela leur idéologie nationaliste ne le leur permet pas –, mais dans le but de perturber l’ordre international, car celui-ci contredit leurs ambitions. “Comme beaucoup d’Américains, conclut Fukuyama, je trouve difficile d’imaginer une personnalité moins apte à la conduite du monde libre.”

Nombreux sont les commentateurs à en prophétiser la fin du leadership américain sur le monde. Ainsi, vue de New Delhi, cette présidence apparaît comme l’épuisement du soft power américain. C’est ce qu’écrit, par exemple, Shashi Tharoor, ancien ministre et écrivain à succès en Inde. L’Américain Joseph Nye a défini le soft power en 1990 comme une capacité d’influence basée sur l’attractivité exercée sur le monde par une culture, des valeurs politiques et l’autorité morale qui découle d’une forme de gestion des relations internationales. Les Etats-Unis avaient fort bien réussi à être ce soft power, en faisant rêver la planète entière au mode de vie américain, écrit l’écrivain indien. Ils ont encore rehaussé leur prestige international en élisant à deux reprises un président noir. Mais ils viennent de dilapider ce capital, poursuit-il, en portant un Donald Trump à la présidence.

Dorénavant, cet Etat, qui apparaissait comme un refuge pour tous les hommes en quête d’une vie meilleure, est terni par le soupçon de xénophobie, de misogynie et d’égoïsme qui pèse sur le pays ayant choisi Trump. Pour les habitants de l’hémisphère Sud, ce renfermement est perçu comme un signe de perte de confiance en soi. Et il conclut sur un jeu de mots : avec ces élections, fear trumped hope. La peur a pris le pas sur l’espoir. Car le mot Trump, qui signifie l’atout lorsqu’il est associé à card, signifie avoir la préséance lorsqu’il est employé comme verbe ; to trump, c’est couper avec un atout aux cartes et, par extension l’emporter sur, et donc faire passer quelque chose au second plan.

Même son de cloche chez Chris Patten, l’ancien gouverneur de Hong Kong, reconverti en chancelier de l’Université d’Oxford. Il y avait jusqu’à présent, écrit-il, un espace, bien davantage politique que géographique, qui s’appelait l’Occident. Y participait l’Europe, mais aussi le Japon, la Corée, l’Australie. Et son leader naturel, c’étaient les Etats-Unis, qui le protégeaient militairement. Cet ensemble, fondé sur une communauté de valeurs, avait permis de faire régner dans le monde entier une certaine stabilité. Il avait encouragé des mesures de coopération et d’ouverture commerciale, qui ont engendré un enrichissement mondial sans précédent. Il avait entrepris de bâtir un ordre international bâti sur le droit. Il s’attaquait aux questions d’intérêt commun, comme la pollution et le réchauffement climatique.

Or, si Donald Trump met en œuvre son programme, les Etats-Unis vont "perdre des amis et de l’influence à l’étranger". Chacune de ses promesses de campagne, s’il les respecte, peut avoir des conséquences désastreuses. S’il dénonce le Traité de libre-échange déjà conclu avec le Canada et le Mexique, s’il enterre ceux qui étaient en cours de négociation avec l’Asie et l’Europe, il appauvrira les Américains eux-mêmes. S’il renonce à l’Alliance atlantique, il déstabilisera toute l’Europe centrale, en mettant les Etats baltes à la merci de la Russie. S’il dénonce le traité conclu par Obama avec l’Iran, il rouvrira la course aux armes nucléaires au Moyen-Orient. Car les Iraniens, se sentant autorisés à relancer leur programme, l’Arabie saoudite n’aura de cesse d’avoir acquis une arme équivalente. La Chine et la Russie, qui ont toutes deux des ambitions territoriales, vont se sentir encouragées. Le regain de tensions et de conflits qui en découlera va déstabiliser l’ordre international.

Beaucoup de commentateurs estiment que Trump, par son protectionnisme, peut déclencher une guerre commerciale à l’échelle planétaire. Le régime d’ouverture des pays aux échanges internationaux et aux investissements croisés reposait sur la capacité des Etats-Unis à faire respecter les règles du jeu. S’ils s’avisent de les modifier unilatéralement, les Américains vont provoquer des conflits de toute sorte. Bien des observateurs rappellent que la fin des années 30 ont vu, de la même manière, une montée générale du protectionnisme. On connaît la suite…



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Brice Couturier
Le 13-01-2017
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