Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Du financement « comptant » au financement « content »

Tandis que le crowdfunding révolutionne durablement le financement de la création entreprises, certains dirigeants, encore rares, testent d’autres modèles financiers dans le fonctionnement quotidien de celle-ci. Autant de pistes rendues praticables grâce à la vertu fédératrice d’internet.

Economie de la fonctionnalité, économie circulaire, collaborative… les modèles bougent. Mais du côté du nerf de la guerre, quoi de neuf pour les entreprises ?... Grâce au crowdfunding, on le sait, l’investissement lié à la création s’est déjà arraché à la seule sphère bancaire pour, au sens propre, se démocratiser. Mais concernant le fonctionnement quotidien ? L’échange de valeurs avec les clients et le reste du monde, quoi de neuf ?...

En découvrant HelloAsso, j’ai cru que les lendemains qui chantent s’étaient — enfin — levés. HelloAsso est une plate-forme qui fournit aux associations la boîte à outils pour tous leurs financements (crowdfunding, billetterie, gestion des adhésions, etc.) gratuitement ! Et de manière si pertinente qu’avec 15.000 associations clientes, HelloAsso est la troisième plate-forme de crowdfunding française. Qui vit comment ? Des pourboires laissés par ses clients ! 6 sur 10 en laisse un, d’en moyenne 1,80 €. L’équilibre (et plus, puisque créée en 2009 HelloAsso est bénéficiaire depuis 2015) s’opère sur le volume : 20 M€ collectés pour les assos depuis la création dont 10 en 2015 (croissance exponentielle) pour 11 collaborateurs embauchés. Une stratégie due « à votre bon cœur… » inspirée des coffee-shops où le client, via son unique pourboire, rétribue non seulement le café, mais aussi les services et l’ambiance qui l’entourent. « Nous voulions un modèle vertueux, aussi juste et éthique que possible, transposable et responsabilisant, explique Ismaël Le Moël, fondateur d’HelloAsso. Plus les gens donnent, plus nous développons de nouveaux outils gratuits». Bravo ! Génial. Seul problème : derrière cet arbre splendide, la forêt reste… très clairsemée.

Tous mécènes !

Je n’ai trouvé aucune autre entreprise fonctionnant sur ce modèle (mais de nombreuses associations, si, pour le paiement de leurs stages et conférences). Et nulle autre « disruption » aussi significative. Bien sûr, il y a le grand retour du troc (voir encadré) et ce modèle Fremium — contraction de Free et Premium — répandu dans l’économie digitale (on l’utilise tous au moment de renouveler notre antivirus) : le produit de base est proposé gratuitement (free) tandis que le modèle plus sophistiqué (premium) est, lui, payant. Ce serait à peu près tout si… on s’en tenait à une définition étroite de l’entreprise. Mais si modèles économiques et financiers bougent, c’est que TOUT, autour, bouge. Jusqu’au sens du travail et à sa forme. Ainsi, dans moins de 10 ans, le modèle salarial, en recul constant, ne sera plus majoritaire en Occident. Dès 2025 selon le BIT, plus d’un primo-accédant au travail sur deux ne sera plus salarié, mais créera son emploi. La France compte déjà plus d’un million d’auto-entrepreneurs et combien de TPE ?... Le rapport ? Toute une génération, née avec internet, lien absolu reliant chacun au reste du monde, l’a perçu qui fonctionne déjà avec. Aux Etats-Unis, ce sont des milliers de personnes dont l’emploi est financé par… la foule ! Et en France ?... Des centaines déjà qui, comme Damien Dekarz, formateur en permaculture, fabrique tranquillement ses tutoriels (ensuite mis en ligne gratuitement), soutenus par 99 tippeurs (abonnés) sur le site Tipee, récoltant ainsi chaque mois 2453 € grâce à ses micro-mécènes. Phénomène balbutiant, mais amené à se développer considérablement.

Tous banquiers !

Voilà pour le pôle dynamique du modèle financier. Concernantl’autre - le statique -, dédié aux fonds requis par la création, l’horizon s’est considérablement dégagé et ce sont aujourd’hui des milliers d’entreprises qui voient chaque année le jour grâce au crowdfunding. Ces collectes couvrent aujourd’hui bien plus que les seuls besoins en « love money ». Principalement depuis qu’en 2009, la plate-forme Wiseed rendait possible (première mondiale*) la prise de participation en capital (Equity). Cette seule plate-forme a levé 25 M€ rien qu’en 2015, au bénéfice d’une cinquantaine de nouvelles TPE et PME « toutes porteuses de sens et d’un impact positif », précise Nicolas Forey, son Directeur du Pôle Start-up.



* Bénéficiant de l’agilité inspirée de Bercy. Les Américains ont suivi quelques semaines plus tard…


Jérôme Bourgine
Le 6-12-2016
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