Mai 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les deux leçons à tirer de la présidentielle américaine pour nous, Français

Les commentaires sur les résultats de l’élection de Donald Trump ont été nourris cette dernière semaine. Chacun y va de son explication, plus ou moins convaincante. Une semaine après le cataclysme, quels enseignements tirer de cette élection américaine ? Et en particulier pour nous, Français, à quelques mois d’une échéance similaire ?

A en croire la plupart des titres de presse ces derniers jours, nous nous approchons inéluctablement de la fin du monde. Oui, le tremblement de terre provoqué par l’élection surprise de Donald Trump a provoqué un tsunami de catastrophisme dont la déferlante a englouti tout l’espace médiatique. Le monde est au bord du gouffre. La plus grande puissance mondiale sera bientôt sous la coupe d’un « proto-fasciste » patenté, le bouton nucléaire à portée de la main d’un homme dont les colères, l’imprévisibilité et les frasques sont légendaires. Bref, l’apocalypse est pour demain.

Mais comment les Américains en sont-ils arrivés là ? L’explication est à trouver dans le dernier baroud d’honneur de la revancharde Amérique blanche. Des mâles blancs pour être plus précis. Michael Moore, dont une tribune prémonitoire tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis la victoire du milliardaire républicain, avance d’ailleurs cette thèse.« Nos 240 ans de domination masculine risquent de se terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir ! Comment en est-on arrivés là, sous notre propre règne ? Nous avons ignoré de trop nombreux avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports. Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare, Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin de décréter la fin de notre règne ! […] Après avoir passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez ? Et après ? Il y aura un couple gai à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes ? Des transgenres ? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est assez ! »

Cette percutante analyse qui place en son cœur la poussée réactionnaire aux Etats-Unis a été reprise ad nauseam. Elle est pratique et séduisante puisqu’elle désigne clairement les coupables : les petits mâles blancs déclassés, misogynes, racistes, homophobes, transphobes, islamophobes et j’en passe. Le parallèle avec notre contexte français est lui aussi rapidement venu sur la table. En mai 2017, une surprise du même ordre est-elle envisageable ? Échaudés par ce chômage endémique et cette situation économique tristounette, par la menace terroriste et les zones de non-droit en banlieues, les Français pourraient-ils porter au pouvoir un parti que l’on qualifie souvent d’extrême droite ? La candidate de ce parti y croit, elle qui rêve en effet de « renverser la table autour de laquelle les élites se partagent ce qui devrait revenir aux Français ».

Cette hypothèse d’une victoire du FN est-elle réaliste ? Il y a une semaine, elle ne l’était pas pour les tenants de ce que Brice Couturier appelle le parti des médias, à savoir ces journalistes, sondeurs, politologues qui cultivent l’entre soi. L’affaire semblait pliée. De l’avis des « personnes autorisées », comme les qualifiait Coluche, Alain Juppé était déjà notre prochain président de la République.

Mais voilà que les résultats de l’élection américaine viennent troubler les pronostics de l’élection française. La poussée « antisystème » semble telle qu’Alain Juppé peut se voir proposer un destin à la Hillary Clinton. Le favori coiffé à l'arrivée par l'outsider.

Mais si on se penche un tant soit peu sur cette élection outre-Atlantique, on remarquera que la fameuse poussée réactionnaire n’existe pas. N’en déplaise à Michael Moore. C’est l’abstention qui a défait Hillary Clinton et couronné Donald Trump (on parle de 98 millions d’abstentionnistes). Le milliardaire républicain n’a pas fait mieux en nombre de voix que les autres candidats républicains en 2008 et en 2012. Hillary Clinton a même fait mieux en nombre de voix exprimées. Il n’y a pas eu de raz de marée en faveur de Trump, mais une démobilisation parmi certains électeurs qui avaient précédemment voté Obama. Trois cas de figure peuvent expliquer ce non-report des voix :

- Soit voter Clinton avait quelque chose de rebutant pour la gauche américaine (théorie que beaucoup semblent accréditer, au prix parfois d’un fragile et périlleux exercice de politique-fiction qui fait dire que Sanders aurait gagné face à Trump),

- Soit la victoire d’Hillary Clinton semblait tellement jouée d’avance pour les élites médiatico-politiques qu’il était inutile de perdre son temps à aller voter. Erreur de jugement donc chez certains électeurs démocrates. Erreur de jugement également chez Hillary Clinton : certains Etats semblaient tellement acquis à la candidate démocrate que cette dernière n’a pas daigné se déplacer pour y faire campagne. On connaît la suite.

- Soit – et c’est la théorie avancée par ces animaux nyctalopes que sont les sondeurs pour justifier leurs erreurs –, c’est la volatilité des votes qui explique la victoire de Trump. Pour la faire courte, des électeurs initialement acquis à Clinton auraient finalement voté pour Trump au tout dernier moment, pour on ne sait quelle raison. Une théorie pour le moins fumeuse qui en dit long sur le désarroi des instituts de sondage.

Quoi qu’il en soit, la thèse de la poussée du vote protestataire émanant de petits blancs frustrés a du plomb dans l’aile. Et pour en revenir à la France, il n’est pas dit que nous assisterons à une poussée du FN, malgré un contexte jugé délétère. Si le FN l’emporte, ce sera peut-être davantage sur le taux d’abstention qu’il faudra porter notre regard pour expliquer le phénomène. Si le FN l’emporte, ce sera peut-être davantage en raison de la démobilisation de l’électorat qu’à cause d’une progression du parti frontiste. C’est la première leçon à méditer.

La seconde est plus triviale : à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, le chasseur peut y laisser la sienne. Un candidat déjà élu avant même l’élection démobilise son électorat et fait montre d’une suffisance telle que l’électeur, déconsidéré, peut vouloir lui jouer un vilain tour. A bon entendeur…

Lionel Meneghin
Le 15-11-2016
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