Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pourquoi un conservateur britannique ne peut pas aimer l'Union européenne

Aux yeux du penseur conservateur Roger Scruton, l'exercice de la démocratie ne se conçoit que dans le cadre national.

Le conservatisme de Roger Scruton, tel qu’il en résume la doctrine dans le livre qui vent de paraître, De l’urgence d’être conservateur, peut-il nous aider à comprendre ce que veulent ces 52 % d’électeurs britanniques qui ont voté pour le Brexit ?

L’un des grands mérites de ce livre, c’est de nous faire percevoir la conception que beaucoup d’Anglais se font de leur nation ; or, elle ne correspond pas exactement avec la nôtre ; et elle est incompatible avec le projet supranational de l’Union européenne.

Roger Scruton ne conçoit pas l’exercice de la démocratie hors du cadre national. Parce qu’il est conservateur, la loyauté politique lui paraît dépendre de l’attachement primordial à un lieu familier. « La première des choses est le territoire », dit-il. Il réclame que l’on place au cœur de l’oikonomia des Grecs qui nous a donné notre économie l’oikophilia – l’amour du foyer. Pas seulement en tant que lieu rassurant, mais aussi ceux qui l’habitent, « les nôtres », dont les comportements sont prévisibles parce qu’ils partagent les mêmes habitudes, les mêmes coutumes que nous.

Et Scruton de citer Le lion et la licorne, ce texte magnifique où George Orwell, fait l’éloge du patriotisme, digne et tranquille, des classes populaires britanniques. Car leur goût pour « le petit jardin qu’on a derrière chez soi, le coin du feu, la bonne tasse de thé, la liberté individuelle… » ne les empêche pas, au moment du péril extrême, de faire preuve d’un patriotisme dont les classes dirigeantes et les intellectuels sont, eux, incapables. Les premières, par faiblesse, les seconds par affinité pour la trahison. Je cite Orwell « le patriotisme n’a rien à voir avec le conservatisme. Bien au contraire, il s’y oppose, puisqu’il est essentiellement une fidélité à une réalité sans cesse changeante et que l’on sent pourtant mystiquement identique à elle-même. C’est un pont entre le futur et le passé.Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été internationaliste. » Voilà ce qu’écrivait, en 1940, c’est ancien combattant des Brigades internationales en Espagne.

Mais le conservateur Scruton ne contredit pas le socialiste libertaire Orwell. Pour lui aussi, la nation est une réalité changeante. En tant que forme politique, elle est le grand legs fait par l’Europe au monde. Pour Scruton, la formation des nations et l’autonomie de l’ordre politique envers l’ordre des religions sont congruents. C’est dans ce cadre et dans celui-ci seulement que « les hommes gèrent leurs affaires terrestres en adoptant leurs propres lois ». Significativement, l’islamisme récuse la nation, et lui oppose la communauté des croyants. Et il refuse un ordre politique qui n’est pas ordonné à celui de sa religion. C’est, écrit encore Scruton, que la loi politique s’adapte, alors que la loi de Dieu se donne pour immuable.

La nation est aussi le lieu où la politique, au sens de recherche du compromis entre intérêts et opinions divers, peut émerger. C’est dans ce cadre qu’on peut protéger les avis minoritaires du risque de la tyrannie majoritaire. Surtout, c’est dans ce cadre encore qu’on peut demander des comptes aux dirigeants.


Brice Couturier est journaliste à France Culture. Tous les jours, à 11h55, dans "Le tour du monde des idées", Brice Couturier fait la synthèse des nouvelles parutions sur les 5 continents : livres, revues, articles, imprimés ou numériques.


Brice Couturier
Le 18-11-2016
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