Août 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Formations à l'entrepreneuriat : état des lieux

En dix ans, les cursus de l’enseignement supérieur dédiés à l’entrepreneuriat ont explosé et un statut « d’étudiant-entrepreneur » vient même d’être mis en place. Reste juste à adapter l’enseignement à la « matière » proposée et à l’élargir à tous les publics.

« Le déclic s’est produit au milieu des années 90, se souvient Alain Fayolle, directeur du Centre de recherches en Entrepreneuriat de l’EM Lyon. A l’occasion de la première vague internet et des success-stories véhiculées. Pour la première fois en France, on a fortement médiatisé l’entrepreneuriat, et de manière positive ! Les jeunes ont aussitôt suivi». 20 ans plus tard, « L’entrepreneuriat est devenu un programme incontournable de l’enseignement supérieur, explique Naïla Tabli de l’OPPE. 700 établissements le proposent : toutes les écoles de commerce, la moitié des écoles d’ingénieurs et de plus en plus d’universités ». Tandis que le mythe de la garantie de l’emploi achevait de se consumer, que la création d’incubateurs, la loi de finances Tepa et l’implication d’entrepreneurs militants* encourageaient la création d’entreprises, la fameuse génération Y, résiliente, montait en puissance, avide d’autonomie, de changements et d’épanouissement personnel.

Emporté par la foule…

Résultat : une véritable « vague entrepreneuriale », qui a encore gonflé ces dernières années puisque l’on estime qu’entre 2 et 3 % (!) des étudiants envisagent aujourd’hui de créer leur entreprise. « Un engouement si puissant que les politiques ont été obligés de le remarquer et de s’en emparer» ironise ce président de Business School. Et c’est tant mieux puisque depuis 2014 donc, « le statut d’étudiant-entrepreneur permet aux étudiants de conserver la sécurité sociale une fois diplômés, le temps de créer leur entreprise au sein d’un PEPITE, explique Jean-Pierre Boissin, professeur d’entrepreneuriat à l’IAE de Grenoble et coordinateur national du programme PEPITE (les 29 Pôles Etudiants Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat installés en région). Les jeunes peuvent enfin créer sans être pénalisés. Et le fait que le stage de fin d’études puisse être remplacé par un projet de création d’entreprises est un autre signal fort pour les familles ».

De l’enseignement à l’accompagnement

Des familles qui n’ont guère besoin d’encouragement selon le très investi Francis Bécard, président de l’ESC Troyes et auteur du dernier rapport sur l’entrepreneuriat (d’où a émergé ce statut d’étudiant-entrepreneur). « Les familles sont aujourd’hui le premier soutien rencontré par les candidats à la création d’entreprises. Heureusement d’ailleurs, parce que si on a réussi à faire passer le statut, ils ont recalé l’aide de 1000 € mensuelle (restituables pourtant !) qui l’accompagnait. Les étudiants ont donc le choix : opter pour un job à 40.000 € ou crever de faim en créant leur boîte. Car, en France, l’essentiel des créateurs vient encore des Grandes Ecoles (disposant d’incubateurs et même de fonds d’investissement propres, parfois). Alors que les Bacs pros regorgent deprofils adaptés ; comme si les meilleurs élèves faisaient les meilleurs entrepreneurs ! C’est dès le lycée qu’il faut créer une filière entrepreneuriat-étude, à l’image du sport-études. Et plus qu’un enseignement qui reste théorique, proposer un accompagnement par des pairs. Néanmoins, soyons justes : s’il reste beaucoup à faire, des progrès considérables ont été accomplis et surtout, l’essentiel est là : les jeunes n’ont plus peur, ils osent entreprendre ! »

Concernant l’enseignement proposé, tout le monde s’accorde. « Si la demande a explosé, la qualification professorale n’a pas suivi, explique Alain Fayolle ; 50 % des enseignants restent des docteurs qui proposent donc… du théorique. Or, plus encore que les autres filières, l’entrepreneuriat remet en question le rôle des enseignants, exigeant pédagogie inversée et vrai tutorat. Sans oublier la pluridisciplinarité, renchérit Francis Bécard. L’enseignement s’opère chez nous en silos géographiquement distants quand 60 % des projets émanant des jeunes sont collectifs et que les créations qui réussissent le mieux sont issues d’association de compétence : technicien + commercial + designer, par exemple ».

D’abord un tempérament

« La France reste bloquée sur le modèle : hautes études, carrière, réussite,résume Mickaël Thépaut, multi-entrepreneur deux fois élu manager de l’année. Or, être entrepreneur, c’est d’abord un tempérament etl’entrepreneuriat ne peut être transmis que par ceux qui l’ont vécu : prise de risque, échec, importance accordée à l’humain : comment s’associer, parler en public, déléguer… Parce que l’essentiel, dans l’entrepreneuriat, cela reste l’entrepreneur ! »

Jérôme Bourgine
Le 19-07-2017
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