Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Une stratégie humaniste, possible et indispensable

Complexe, instable, incertain, anxiogène, voilà quelques qualificatifs que nous pouvons aisément poser sur l’évolution actuelle du monde. Quel avenir se dessine ? Sur le plan géopolitique, comment explorer les futurs possibles si l’on persiste à déchiffrer la scène internationale selon une représentation du monde basée essentiellement sur les Etats ?

Alors que l’on assiste « à l’essor de groupes transnationaux, aussi divers que Daech ou les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), dont la puissance excède celle de nombreux États et dont la force réside précisément dans le fait qu’ils échappent à tout contrôle. » Et de conclure que dans notre monde de plus en plus complexe, les incertitudes croissent et « les institutions et procédures de régulation héritées du passé se trouvent dépassées. »

Pour nous en sortir, il faut cesser de répéter les erreurs du passé. Notamment celle de nombreux observateurs qui, se croyant réalistes, conseillaient de renoncer à un peu de démocratie pour sauver l’Occident face à une URSS qu’ils croyaient toute puissante parce que totalitaire, alors que le totalitarisme était justement en train de la miner de l’intérieur. En ce moment, face aux crises économiques, aux agressions intégristes, les propositions liberticides et xénophobes des mouvements populistes néofascistes ou néostaliniens contaminent les partis démocratiques. Le témoignage d’un Robert Toulemon n’en est que plus essentiel. C’est l’un des derniers compagnons de Jean Monnet qui a été, avec Robert Schuman, l’un des pères de la construction européenne ; l’un de ceux qui ont fait valoir, en 1950, qu’il ne fallait pas répéter la faute de 1918, qu’il était plus fécond de tendre la main au vaincu que de l’humilier, ce qui avait entraîné la guerre de 1939.

Le cynisme n’est pas le réalisme

Pour Robert Toulemon, l’on est dans la confusion actuelle parce qu’après la chute du mur de Berlin, les « Occidentaux (n’ont pas su) faire de leur victoire sur le totalitarisme un triomphe universel de la liberté. » Ils ont confondu réalisme et cynisme, et n’ont pas hésité, au nom de la démocratie, à soutenir des dictateurs et à commettre ou couvrir des atrocités. L’Occident s’est construit une image répressive et a nourri bien des humiliations et des ressentiments dans le monde. Ces humiliations, héritage de l’époque coloniale et post coloniale, renforcent le sanglant intégrisme islamique. Bertrand Badie a, de son côté, analysé les conséquences actuelles des humiliations passées.

« De la fin de la guerre froide aurait pu naître un ordre mondial fondé sur la généralisation de l’état de droit », analyse Robert Toulemon, mais les Européens n’ont pas su assumer le « rôle majeur qui aurait pu être le leur, » et « il y a eu la réponse inappropriée donnée en Irak par George Bush Junior aux attaques du 11 septembre 2001, qui a dévalorisé toute politique se donnant pour objet d’étendre la démocratie. » Il faut « que d’oppressive, l’image de l’Occident devienne libératrice, notamment aux yeux des femmes et de la jeunesse. »

Une aspiration mondialisée

Une grande faute de l’Occident est de ne pas croire assez dans les valeurs de liberté qu’il prétend assumer et défendre, et d’ignorer « l’aspiration sinon universelle du moins très largement partagée à la démocratie et à l’état de droit. » D’où une « incapacité à concevoir une stratégie fondée sur cet aspect nouveau et fondamental de la mondialisation. » Se résigner « à un système mondial qui tolère les violations massives des droits humains fondamentaux », agir comme si la protection de ces droits ne valait « que pour une minorité de privilégiés témoigne d’un aveuglement d’autant plus redoutable qu’il se pare du manteau d’un prétendu réalisme. »

Robert Toulemon esquisse une « stratégie globale au service d’une politique de civilisation, selon la formule d’Edgar Morin ». Cela passe par une transformation de l’OTAN, qui n’apporte plus, en l’état, explique par ailleurs Jean-François Drevet, une protection assez crédible pour dispenser d’une véritable Europe de la Défense.L’OTAN, alliance géographique, doit devenir une alliance politique destinée à « promouvoir l’état de droit et la démocratie sur tous les continents ». En ayant le courage de traiter comme tels les régimes tyranniques, même les plus puissants, quitte à, « pour la Chine, conditionner l’octroi du statut d’économie de marché à un progrès en direction de l’état de droit ».

Robert Toulemon serait sans doute d’accord avec Bertrand Badie préconisant la solidarité pour sortir le monde de la tourmente : « Une solidarité qui n’est pas de l’éthique, ni de la morale, mais de l’utilité. (…) Créer des solidarités, de l’intégration sociale internationale permet d’établir des relations internationales pacifiques. » Et de mettre en avant « le respect et la dignité », qui valent aussi, les entrepreneurs le savent, dans et entre les entreprises.



Futuribles n° 411, 2016. Hugues de Jouvenel, éditorial ; Bertrand Badie,La scène internationale dans la tourmente. Robert Toulemon,Contre l’anarchie mondiale, la démocratie. Jean-François Drevet,L’Europe peut-elle toujours compter sur l’OTAN ?


André-Yves Portnoff
Le 3-10-2016
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