Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les robots vont-ils nous mettre au chômage ?

La "4° révolution industrielle" peut-elle créer autant d'emplois qu'elle va en détruire ?

Le cabinet de consultants McKinsey estimait, dans une étude récente, que « la bombe de l’automatisation » pourrait supprimer 45 % des activités actuellement exercées aux Etats-Unis. Et qu’on n’imagine pas que cela ne pourrait concerner que l’industrie. Le commerce de détail, les transports, les métiers de l’assurance, de la comptabilité, l’éducation et même le journalisme vont être touchés. Déjà, bien des informations boursières sont rédigées par des machines. Beaucoup de gens se demandent si leur métier fait partie de ceux qui risquent d’être emportés par la nouvelle vague technologique.

On nous dit : la 4° révolution industrielle va susciter, hors les métiers déjà connus de l’informatique, nombre d’autres dont nous n’avons encore aucune idée… Mais les entreprises industrielles de jadis requéraient d’énormes masses de main-d’œuvre. Les grandes compagnies de l’ère numérique, elles, emploient très peu de personnel. Pensez que General Motors, au sommet de son activité, faisait travailler jusqu’à 800 000 personnes ! Et comparez avec Facebook : avec une valeur boursière de plus de 350 milliards, le réseau social le plus populaire de la planète tourne avec moins de 15 000 salariés. En fait, les véritables employés de Facebook travaillent pour la firme de Palo Alto - bénévolement. Oui, puisque c’est vous et moi qui fournissons le contenu… Du coup, beaucoup de gens prédisent que le chômage que nous connaissons aujourd’hui n’est rien en comparaison de ce qui nous attend….

Les robots, les imprimantes 3D pourraient bien permettre de relocaliser certaines productions. Le PDG de Paypal, le libertarien Peter Thiel, prédit que le « 2° âge de la machine » va provoquer un vaste mouvement de relocalisation.

Son raisonnement est simple : les emplois peu qualifiés ont échappé aux travailleurs des pays riches parce que les firmes ont découpé leur production en segments, localisant chaque étape dans le pays présentant à leurs yeux les meilleurs avantages. Le système qu’avait exposé Thomas Friedman dans La terre est plate. Or, les robots ne consomment… que de l’électricité. Leurs prix ne cessent de baisser. On peut les faire travailler aussi bien en Malaisie que dans le Massachusetts. La robotique a déjà pénétré certains secteurs, tels que l’électronique et le textile. Leurs producteurs ont moins tendance à aller délocaliser leurs ateliers vers les grands bassins de main-d’œuvre asiatiques et sud-américains.

Tout porte à croire, affirme le Prix Nobel d’économie Michael Spence, qu’ils vont dorénavant chercher à se rapprocher de leurs clients. Et il donne l’exemple d’Adidas, qui vient d’ouvrir une usine ultra-robotisée en Allemagne. Mais précisément, ce seront des activités ne nécessitant que peu de travail humain. Et plutôt du travail très qualifié.

D’autres optimistes vous rappellent qu’à chaque vague d’innovations, les meilleurs esprits ont annoncé que le remplacement du travail humain par des machines allait provoquer l’explosion du chômage. Dans les années trente, le grand John Maynard Keynes lui-même se disait tracassé par le risque d’un « chômage technologique ». Et ils se sont trompés… C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la " Luddite fallacy " (l’idée fausse des luddites). En référence à ces ouvriers du textile qui ont brisé les métiers à tisser au début du XIX° siècle, persuadés qu’elles allaient leur ôter le pain de la bouche.

Mais dans le passé, les progrès techniques ont toujours tendu à créer de nouveaux emplois, plus intéressants et mieux rémunérés, à mesure qu’ils en supprimaient d’autres. En on nous ressort l’argument classique du basculement des emplois, de l’agriculture à l’industrie, puis de l’industrie aux services : le secteur manufacturier représentait encore 22 % des emplois aux Etats-Unis, en 1980. C’était tombé à 11 % en 2011. On prévoit qu’il n’occupera plus que 2,8 % des travailleurs en 2030.

Alors, oui, certainement, la 4° révolution industrielle va créer des emplois. Mais autant ou moins que ceux qu’elle n’en détruira ? Worldcrunch a mis en ligne la traduction d'un article du magazine chilien America Economia qui met le doigt sur un argument décisif : cette révolution va, certes, créer des emplois dans des secteurs de très haute technologie. Mais ces postes vont requérir des compétences très pointues pour lesquelles très peu de gens sont aujourd’hui formés. Il y aura donc une longue période d’adaptation. Et tout porte à croire que l’érosion de la classe moyenne, telle qu’on peut la constater aux Etats-Unis, va concerner la plupart des économies développées – compris l’Amérique latine.

Dans ce contexte, on comprend que revienne sur le tapis l’idée de revenu universel de base. Elle permettrait aux exclus de la transition technologique de survivre. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle témoigne d’un véritable pessimisme sur la capacité de l’économie de demain à fournir à chacun un emploi rémunérateur.

Comme l’écrit Rana Dasgupta dans Prospect de ce mois-ci, « le système n’a plus besoin de nous tous. » Sa solution ? Imaginer des moyens, pour les que « armées de chômeurs participent normalement à la vie de la société ». Et elle prend l’exemple des moines au Moyen Age. Les aristocrates payaient pour qu’une proportion non négligeable de la population prient pour le salut des âmes. Aujourd’hui, des communautés locales tentent de sortir des circuits de l’économie classique afin de vivre en marge. Alors recréer des monastères ? Laïcs ?



Brice Couturier est journaliste à France Culture. Tous les jours, à 11h55, dans "Le tour du monde des idées", Brice Couturier fait la synthèse des nouvelles parutions sur les 5 continents : livres, revues, articles, imprimés ou numériques.

Brice Couturier
Le 21-10-2016
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