Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les robots seront-ils les agents d'une deuxième révolution industrielle ?

Les robots et l'intelligence artificielle vont nous sortir du "plateau technologique" atteint, selon certains analystes.
Quel est l’impact de la technologie sur le développement humain ? La question est d’importance car elle est corrélée à la notion de progrès. Et ce n’est pas un hasard si le progressisme en tant qu’idéologie a culminé au cours du XIX° siècle, avec les philosophies d’Auguste Comte et de Marx. Jamais, en effet, le rythme de l’innovation technologique n’avait atteint celui que nous avons connu, en Occident, entre la Révolution et la guerre de 1914.

Les deux guerres mondiales ont rendu nos philosophes beaucoup plus prudents quant au lien qui existerait, selon Condorcet, entre l’avancée des sciences et des techniques, d’une part, et l’état de civilisation atteint, de l’autre. Une bonne partie de la réflexion de l’Ecole de Francfort portait précisément sur le dévoiement de la Raison émancipatrice en raison instrumentale à l’époque des totalitarismes.

Dans leur livre, Le deuxième âge de la machine, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, résument sous la forme d’un graphique la progression dans le temps de l’indice de développement social humain. La courbe est saisissante : elle reste pratiquement plate depuis l’an 6000 av JC (découverte de l’utilisation de la force des buffles pour tirer les charrues). Et soudain, à partir de l’introduction de la machine à vapeur de Watts, en 1775, elle semble grimper à angle droit. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter.

La thèse des auteurs est simple : grâce aux robots et au numérique, nous allons connaître l’équivalent de la révolution industrielle des XIX° et XX° siècles. L’automatisation n’est certes pas une nouveauté. Ce qui l’est, c’est la capacité nouvelle de ces robots à apprendre très rapidement à accomplir des tâches compliquées. Ils se déplacent de manière autonome et peuvent interagir dans le monde physique. On pensait jusqu’à une période récente, avec Hans Moravec, que « le raisonnement de haut niveau est beaucoup plus facile à reproduire et simuler par un programme informatique que les aptitudes sensori-motrices de l’homme. » Tel n’est plus le cas. On sait faire les deux.

Autrefois, on payait très cher des ingénieurs, afin de les programmer. Les robots de nouvelle génération apprennent en une heure, auprès d’un ouvrier, comment le seconder dans toutes ses tâches. Mais surtout : le robot peut travailler 24 heures sur 24 et son employeur ne lui paie pas de salaire ni ne contribue aux caisses sociales… De là à penser que les robots vont prendre la place des ouvriers et techniciens….

Peut-on dire, pour autant, que nous allons vivre une époque de grandes inventions telles que celles qu’ont connues nos devanciers du XIX° et du début du XX° siècle ? Il y a à ce sujet un énorme débat. Tout d’abord, il faut bien réaliser que l’innovation fait toujours l’objet de résistances. Le professeur Calestous Juma – qui fait partie des « 100 Africains les plus influents dans le monde », commentait récemment un livre intitulé Innovation and its Discontents. (L’innovation et ceux qu’elle fait grogner). Il relève que les grandes découvertes ont été très généralement reçues par les pouvoirs établis avec la plus extrême méfiance. Ils craignent la rupture du statu quo, la perte d’influence et d’autorité qu’entraînent ces innovations disruptives.

Ainsi, ce n’est pas seulement pour des raisons religieuses que les califes ottomans ont interdit pendant 400 ans l’impression du Coran. Ils avaient médité le précédent créé par l’impression de la Bible dans le monde chrétien. L’imprimerie avait déprécié l’autorité du pape au point de susciter les Réformes protestantes. Le sultan ne voulait pas s’exposer à un tel risque politique. Ensuite, poursuit Calestous Juma, les pouvoirs en place tendent à défendre les emplois existants. Lorsque, en 1727, le sultan a enfin autorisé l’imprimerie en Turquie, en la réservant toutefois aux textes profanes, les scribes et les calligraphes professionnels se sont révoltés.

Autres exemples : en 1675, les Anglais obtinrent du roi Charles II la fermeture des maisons de café. Au prétexte que cette substance, réputée rendre les hommes stériles, auraient dû être réservées aux plus de 60 ans… En réalité, il s’agissait de protéger le commerce du thé, qui venait de prendre son essor. De la même manière, l’industrie laitière américaine, organisa, au début du XIX° siècle, une campagne contre la margarine. Elle était accusée de provoquer des retards de croissance chez l’enfant et la calvitie chez l’homme ! Les OGM, poursuit Calestous Juma, font l’objet aujourd’hui d’une même diabolisation. Cet été, 110 Prix Nobel ont signé un manifeste dénonçant les campagnes de Greenpeace contre les organismes génétiquement modifiés. Ils défendent en particulier, comme Calestous Juma, le riz doré, conçu en 1999, pour répondre au manque de vitamine A qui touche 250 millions de personnes dans le monde. Information peu reprise par la presse française. Passons.

Mais les robots vont poser un problème autrement plus redoutable, puisqu’ils tendent à remplacer le travail humain à moindre coût. Comme l’observe le professeur d’économie de Berkeley Bradford Delong, les machines d’autrefois ont remplacé nos mains et nos pieds. Celles d’aujourd’hui sont capables d’accomplir à notre place des tâches de plus en plus complexes. Elles remplacent aussi nos yeux, nos oreilles et notre cerveau. Mais les robots sont aussi porteurs d’une bonne nouvelle : ils vont permettre de relocaliser certaines productions.



Brice Couturier est journaliste à France Culture. Tous les jours, à 11h55, dans "Le tour du monde des idées", Brice Couturier fait la synthèse des nouvelles parutions sur les 5 continents : livres, revues, articles, imprimés ou numériques.

Brice Couturier
Le 14-10-2016
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