Août 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Progrès technologique : la nécessité d’une médiation citoyenne

La question du renouveau démocratique questionne notre rapport aux sciences et aux techniques. Réchauffement climatique, nucléaire, nanotechnologies, OGM, gaz de schiste, cellules souches… autant de matières à débat, mêlant espoirs et inquiétudes. « Face aux risques sanitaires et écologiques, nos sociétés sont devenues des sociétés à irresponsabilité illimitée » estime la Fondation Sciences Citoyennes, dans son Manifeste pour une recherche scientifique responsable.

La conséquence : toute analyse sur l‘impact du progrès ne peut faire l’impasse d’une participation des publics, à moins de susciter des réactions de rejet.La rapidité avec laquelle les découvertes et les innovations circulent et la complexité des rapports entre la science, la technologie et l’humain, imposent le débat citoyen.


Ne pas nier les conflits

Depuis plusieurs années, un espace s’est ouvert dans le paysage de l’information et de la médiation : internet! Le panel de personnes plus ou moins qualifiées, plus ou moins informées, a ainsi considérablement augmenté. Le sociologue américain Howard Rheingold parle de « foule intelligente». Cependant, l’agora électronique planétaire n’est pas sans poser d’importants problèmes. En plaçant, sur le même plan, l’émetteur et le récepteur, internet forme un espace horizontal où tout paraît équivalent. Le risque est grand qu’en place d’informations, l’hyperchoix qui existe sur la toile ne soit qu’un brouhaha « hyperréactif », de buzz et de zap, floutant toute discussion critique et offrant peu de prise à la raison.Comment faire en sorte que les doutes, les passions, les peurs, se transforment en désirs de savoir ?Comment rendre le dialogue raisonnable et durable ? Par la définition d’une nouvelle forme de médiation et de concertation, régulant et facilitant les débats, soulignent les consciences éclairées. «La démocratie, c’est la délibération, la négociation, la discussion. Un régime politique qui ne nie pas les conflits. Mieux, qui accepte que ceux-ci soient interminablement relancés et toujours à nouveau négociés» soulignait déjà le philosophe Paul Ricœur.


La nécessité de la méthode

Si les scientifiques s’impliquent assez facilement dans les initiatives de vulgarisation et de communication, ils sont en revanche nettement moins portés sur les débats publics. Quant à l’opinion publique, « elle est souvent perçuecomme un risque majeur, car elle semble irrationnelle, inattendue, imprévisible, capricieuse » fait remarquer la philosophe Bernadette Bensaude-Vincent. D’où une coupure entre le monde de l’expertise et les publics. Pourtant «la science intervient en permanence dans les choix de vie et de société des citoyens par la connaissance, la technique, l’économie, l’industrie et l’État» soulignePhilippe Garrigues, président du comité scientifique des 25es Rencontres CNRS Jeunes « Sciences et Citoyens ». Pour ce dernier, les choses bougent. «Je constate que les associations de médiation scientifique ont une place de plus en plus forte dans les débats du fait de leur réelle montée en compétence et en dynamisme ».

De nombreux exemples montrent que les structures associatives sont en effetles mieux placées pour faciliter la médiation citoyenne et instaurer la confiance. Selon Eric Lombard, le fondateur d’Hyperdébat, «les débats sont de plus en plus complexes. Il faut de la méthode ! Il faut que chaque argument puisse être validé ou contredit, et donc que le débat soit accessible. D’où l’importance de formerdes spécialistes du débat méthodique. Il y a des initiatives en ce sens, comme l’Institut de la concertation».


Une alchimie complexe

« Pour les sujets complexes, la “Conférence de citoyen” est également un dispositif de médiation intéressant qui tente une approche plutôt neutre en permettant à un groupe de “simples citoyens” de se former au sujet, de questionner des experts», enchaîne Philippe Bourlitio, fondateur de l’association Science et Démocratie. « Le web offre des possibilités importantes», ajoute ce fervent défenseur du recours à internet dans les débats sciences/société : « notamment mobiliser un public large et diversifié ; mettre à sa disposition des contenus variés en lien avec le débat ; organiser des espaces de débat en ligne où chacun peut contribuer». Selon lui, la médiation relève d’une alchimie complexe. « Il faut naturellement pouvoir vulgariser des notions scientifiques, expliquer les incertitudes scientifiques, la difficulté à acquérir des certitudes, mais aussifaire preuve d’empathie vis-à-vis des questionnements, des attentes, voire des mouvements de colère des citoyens, être capable de les intégrer. » Et Eric Lombard d’ajouter «Le web seul ne suffit pas. Il arrive un moment où on a besoin de s’expliquer verbalement. C’est même à mon avis indispensable si on souhaite parvenir à un consensus ou à une décision».



Yan de Kerorguen
Le 23-08-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz