Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Didactique de l’échec

Réputé pour être culturellement rétif à la prise de risque, le tissu entrepreneurial français commence à intégrer l’échec comme une valeur positive. Mieux : comme un matériau d’apprentissage.

En France, 33 % des entreprises disparaissent trois ans après leur création. Ce ratio n’a rien d’infamant. On le retrouve d’ailleurs peu ou prou dans la plupart des pays développés. S’il témoigne de l’âpreté du parcours entrepreneurial, il atteste au moins tout autant de la vaillance de ceux qui s’y engagent. Les études montrent en outre que jamais les Français ne se sont autant rêvés créateurs d’entreprise. Le risque d’échec est donc accepté comme un élément consubstantiel de l’entrepreneuriat. Dans un pays dont on a longtemps brocardé la frilosité face au risque économique, le fait n’est pas anodin. Même les pouvoirs publics semblent vouloir lâcher du lest. En septembre 2013, le gouvernement abrogeaitle fameux code 040 du fichier bancaire des entreprises de la Banque de France,véritable « casier judiciaire » du crédit,qui recensait les entreprises en faillite et pouvait être consulté par tous les établissements de prêt. Comment affirmer plus clairement que l’accident entrepreneurial n’est plus frappé d’opprobre ? La France, oùil faut non seulement réussir, mais réussir du premier coup, où l’on a toujours cultivé une certaine crispation vis-à-vis de l’aventure entrepreneuriale, serait-elle en train de se convertir à la culture de l’échec ?

FailCon, Failing Forward, Fail Night…

Indice significatif : la tenue, trois années durant, au ministèrede l’Economie et des Finances, de la « FailCon », une conférence où des entrepreneurs racontent leurs « plantages » : un financement mal dimensionné, un produit innovant, mais invendable, un recrutement hasardeux, un rapprochement stratégique mal préparé. Mais surtout, ils expliquent comment ils ont su rebondir, en montrant que c’est par le diagnostic, l’acceptation, la relativisation et l’analyse de l’échec qu’ils sont repartis.FailCon, Failing Forward, Fail Night…La célébration de l’échec comme valeur d’apprentissage de l’échec semble gagner tout le territoire. Depuis quelques années fleurissent en effet dans de grandes villes françaises des rencontres inter-entrepreneuriales à l’objet singulier: faire échanger des acteurs économiques autour de la notion d’échec. Aux Etats-Unis, les colloques, tables rondes, séminaires autour de la problématique de l’échec sont légion.Dans la Silicon Valley, se « planter » n’est pas une tare, c’est au contraire un passeport pour l’éligibilité à l’emploi ou au financement. Sans erreur de parcours sur le CV, pas de crédibilité. Mais en France… Même les entreprises se prennent au jeu, en invitant leurs collaborateurs à venirparler de leurs erreurs, autour d’un café ou d’un thé.

« Essai-erreur » en équipes resserrées

La culture de l’échec s’épanouit donc plutôt au contact des pratiques relevant de l’open innovation. Celle-ci consiste en effet à faire collaborer en mode projet des acteurs et des profils divers, internes et/ou externes à l’entreprise. Reste que cette approche appelle un véritable « management » de l’échec. Car à contributeurs plus nombreux, flux de proposition plus volumineux, et volume de « déchet » plus important. « Plus les environnements sont complexes, plus il devient nécessaire de prévoir des techniques d’ingestion, d’analyse et de sélection des idées, mais aussi des procédures de communication pour valoriser l’engagement de ceux dont l’idée n’a pas été retenue », souligne Martin Duval, fondateur de Blue Nove.De fait, dans les entreprises, la dynamique « essai-erreur », le fameux « test and learn » californien sont généralement le fait d’organisations resserrées. « La culture de l’échec prend plus facilement au sein de structures réduites, autonomes, agiles. Elle est indissociable de l’idée d’équipe », explique Régis Coeurderoy, Professeur en management stratégique à ESCP Europe. Même dans les grandes entreprises, c’est par le modèle de la startup que la culture de l’échec peut trouver un écho.« Le modèle commence à prendre lorsque les grandes entreprises mettent elles-mêmes en place des partenariats avec des startups. L’apprentissage par l’échec en fait un mouvement d’acculturation », note Guilhem Bertholet, serial entrepreneur et intervenant à HEC.


Muriel Jaouen
Le 16-09-2016
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