Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Quand les parlementaires tendent le bâton pour se faire battre

Le poisson pourrit par la tête, dit l’adage. En voilà deux belles illustrations.

Les vacances ! La torpeur de l’été. Le sable chaud, la mer, les amis, la famille… D’abord l’affairement des préparatifs, les derniers jours de travail dans une ambiance distraite. On est déjà un peu parti. Et puis ça y est. Fini le boulot.

Une saison propice

Nous vivons alors au ralenti. Notre esprit est loin du monde et de ses rumeurs. Les vacances, comme une parenthèse à notre quotidien. C’est pour cette raison que nos représentants politiques choisissent cette période propice pour faire passer (sous silence) un certain nombre de projets peu louables. Pas vus, pas pris. La fin du mois de juin, puis juillet et août 2016 n’auront pas fait exception. Voilà deux sympathiques initiatives qui sont peut-être passées sous votre radar, mais qui méritent que nous nous y attardions un instant. Tant de discrétion méritait bien un peu de publicité.

Cumulards

D’abord l’offensive des députés contre le non-cumul des mandats, une évolution de la vie politique que les Français soutiennent massivement. Elus de gauche comme de droite main dans la main pour déposer des propositions de loi visant à repousser l’application de la loi du 14 janvier 2014 interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec un mandat parlementaire. L’objectif est bien de rendre applicable la loi après 2020, le temps de grappiller encore une mandature supplémentaire. On aurait aimé voir la gauche et la droite unies dans le combat contre le terrorisme ou le chômage. Mais l'unanimité n’existe que quand elle sert des intérêts communs. Communs, c'est-à-dire catégoriels, car il n'est bien évidemment pas question ici d'intérêt général.

Privilèges légaux, mais scandaleux

Ensuite l’offensive proprement inédite des sénateurs contre Yvan Stefanovitch, auteur d’un livre contre leurs privilèges[1], Le Sénat, un paradis fiscal pour des parlementaires fantômes. Du jamais vu. Les sénateurs ont autorisé par vote leur président Gérard Larcher à déposer une plainte en diffamation le journaliste (à noter qu'il n'y a bizarrement plus de trace vidéo de la séance). Guy Béart avait raison : le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. Pour le journal Le Point, Yvan Stefanovitch a commenté cette décision qui « témoigne surtout du fait que les sénateurs restent sur une autre planète, vissés à leurs privilèges fiscaux et attachés à leur temps de travail peu absorbant avec un minimum de 4 à 5 jours de présence par mois et un système d’excuses discrétionnaires. Même les sénateurs anti-système, style Front national ou écologistes, n’ont jamais dénoncé leurs privilèges fiscaux. Ils en croquent, silencieusement. Tout est légal, bien sûr. Ce genre de comportement irresponsable fait qu’un jour le Sénat français va disparaître. C’est ce qui vient d’arriver à son petit frère italien… »

Tristes stéréotypes

Je sais qu’il n’est pas de bon ton de faire de l’antiparlementarisme primaire. Je sais qu’il ne faut jamais s’abaisser à dénigrer nos "élites" politiques, qui servent aussi consciencieusement l'Etat et se sacrifient pour nous. Je sais que je cours le risque de passer ici pour un vil populiste. Je sais aussi qu'il ne faut jamais mettre tout le monde dans un même sac. Mais avouez que certains tendent le bâton pour se faire battre. Certains parlementaires s’emploient à nous décevoir avec une constance telle qu’ils en viennent à forcer notre admiration. Mais ce faisant, ils donnent plus de consistance encore aux tristes stéréotypes dont ils font l’objet.

Esprit de boutiquier

Ce qui est encourageant, c’est que nous assistons vraisemblablement là aux derniers soubresauts de politiciens à l'agonie. Ici, des députés cherchent avec l'énergie du désespoir à s'accrocher une dernière fois à leurs fauteuils, comme des moules à leur rocher ; là, des sénateurs s’efforcent de glisser la poussière sous le tapis plutôt que de faire le ménage parmi leurs nombreux avantages, pas toujours très justifiés. L’esprit de boutiquier dans toute sa splendeur, cette mentalité qui se caractérise par un esprit occupé exclusivement par les petits profits personnels. Ces parlementaires symbolisent ce que les Français ne veulent plus. Ils symbolisent ce qui, à plus ou moins longue échéance, va disparaître. Espérons seulement que l'agonie ne soit pas trop longue.




[1] Petite présentation de l’ouvrage par son éditeur « On croyait tout savoir du manque d’exemplarité des 348 sénateurs et de leurs privilèges monarchiques :6 000 euros mensuels de frais « remboursés » sans justificatif, super-retraites, absentéisme endémique... Malgré les efforts de son nouveau président Gérard Larcher, le manque de transparence ruine toujours l’image du Sénat. À moins d’un an de la présidentielle, Yvan Stefanovitch révèle dans cet ouvrage les privilèges fiscaux que se sont octroyés légalement ces princes de la République et le vaste système de triche qui permet à une partie d’entre eux, les « intouchables », de ne rien faire ou presque... Chaque sénateur paie l’impôt sur le revenu, non pas sur son indemnité totale mensuelle (11 350 euros nets), mais uniquement sur ses indemnités de base et de résidence (soit 4 140 euros nets). Il reçoit donc chaque mois, sur son compte bancaire, 7 210 euros au black, le plus légalement du monde ! L’ouvrage publie l’identité restée secrète des14 sénateurs sanctionnés au dernier trimestre 2015, pour absentéisme, par une simple amende de 2 130 euros prélevée, une fois pour toutes, sur leur indemnité parlementaire. »


Lionel Meneghin
Le 31-08-2016
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