Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le monstre

Pendant la Grande Dépression en 1929, une famille pauvre de métayers, les Joad, est contrainte de quitter l'Oklahoma à cause de la sécheresse, des difficultés économiques et des bouleversements dans le monde agricole. Alors que la situation est quasiment désespérée, les Joad font route vers la Californie avec des milliers d'autres Okies (habitants de l'Oklahoma), à la recherche d'une terre, de travail et de dignité. Voilà résumée l’intrigue des Raisins de la colère, le plus connu des romans de Steinbeck.
Pluies sur terres rouges et grises de l’Oklahoma : croissance du maïs et des herbes folles pui...s verdure. Fin mai, les nuages se dissipent, le soleil embrase le maïs, les herbes cessent de se propager, la terre devient blanche. Juin, le soleil brille plus férocement liseré brun sur le maïs, les herbes se recroquevillent. Mi-juin, de gros nuages venus du Texas et du Golfe mais peu de pluie : taches sur le maïs. Brise légère puis vent, poussière au-dessus des champs. L’aube se lève mais pas le jour, le vent gémit sur le maïs couché. Les gens se terrent chez eux ou ne sortent qu’avec un mouchoir sur le nez, les maisons sont calfeutrées. Le vent tombe cette nuit-là. Au matin, poussière suspendue en l’air. Toute la journée, la poussière descend sur le maïs. Les hommes sortent voir leur maïs desséché ; les femmes scrutent les visages des hommes. On ne sait pas trop quoi faire mais tout va bien. Nulle infortune n’est trop dure à supporter tant que les hommes tiennent le coup. Le soleil devient moins rouge.

Ceux-là se défendaient de prendre des responsabilités pour les banques ou les compagnies parce qu’ils étaient des hommes et des esclaves, tandis que les banques étaient à la fois des machines et des maîtres. Il y avait des agents qui ressentaient quelque fierté d’être les esclaves de maîtres si froids et si puissants. Les agents assis dans leurs voitures expliquaient : " Vous savez que la terre est pauvre. Dieu sait qu’il y a longtemps que vous vous échinez dessus… "

Le système de métayage a fait son temps. Un homme avec un tracteur peut prendre la place de 12 à 15 familles. On lui paie un salaire et on prend toute la récolte. Nous sommes obligés de le faire. Ce n’est pas que ça nous fasse plaisir. Mais le monstre est malade. Il lui est arrivé quelque chose au monstre…

Mais l’homme-machine qui conduit un tracteur mort sur une terre qu’il ne connaît pas, qu’il n’aime pas, ne comprend que la chimie, et il méprise la terre et se méprise lui-même. Quand les portes de tôle sont refermées il rentre chez lui, et son chez-lui n’est pas la terre…

Nous savons ça. Ce n’est pas nous, c’est la banque. Une banque n’est pas comme un homme. Pas plus qu’un propriétaire de 50 000 arpents, ce n’est pas un homme non plus. C’est ça le monstre….

La banque ce n’est pas la même chose que les hommes. Il se trouve que chaque homme dans une banque hait ce que la banque fait, et cependant la banque le fait. La banque est plus que les hommes, je vous le dis. C’est le monstre. C’est les hommes qui l’ont créé, mais ils sont incapables de le diriger… C’est la banque, le monstre, qui est le propriétaire. Il faut partir... Le monstre n’est pas un homme mais il peut faire faire aux hommes ce qu’il veut...


Extrait des Raisins de la colère.

John Steinbeck
Le 26-10-2017
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz