Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho

Adieu Claude-Jean

Moi, Claude-Jean Desvignes, je suis né en 2004. J’ai 57 ans. Et j’écris mon journal depuis 2001. Cela n’est possible, évidemment, que parce que je suis un personnage de fiction.

Mon auteur (c’est-à-dire moi qui écris, si vous me suivez) m’a créé dans un livre, paru donc il y a 12 ans et intitulé : « La surprenante histoire de Claude-Jean Desvignes, jeune dirigeant » (éditions d’Organisation). Ce journal d’un entrepreneur était le fruit d’un travail collectif d’un petit groupe de Jeunes Dirigeants qui s’est réuni mensuellement pendant près d’un an autour du président du CJD de l’époque, Sylvain Breuzard, de chips apportées par une ancienne présidente et de bonnes bouteilles de vin, fournies par un JD Mâconnais. Mon auteur s’est chargé de mettre en forme leurs joyeux échanges autour de la performance globale en choisissant de me donner vie et de me prêter sa plume pour écrire un journal fictivement commencé en 2001 (si vous ne vous y retrouvez pas dans mes explications, n’hésitez pas à acheter le livre, il est encore disponible !).

J’ai eu un certain succès. Deux ou trois rééditions, environ 15 000 exemplaires vendus. Et je suis monté sur scène. Mon bienveillant créateur (qu’il soit remercié !) a transposé mes exploits pour le théâtre. Sous la houlette du metteur en scène, Hervé Dubourjal, j’ai donc fait, en 2005 – 2006, une tournée triomphale à travers la France, avec quelques-uns de mes salariés, tous incarnés par d’excellents comédiens. Une vingtaine de représentations organisées par les sections JD dans de prestigieux théâtres, plus de 12 000 spectateurs en tout, 1 500 rien que pour la première, au Palais des Congrès de Lille.

Humaniste convaincu

Vous comprenez qu’après cela, je n’ai pas eu envie d’arrêter. J’ai donc continué à tenir mon journal dans le magazine Dirigeant, puis ce blog, quand le site a été mis en place. Je vous l’avoue, j’ai fini par croire à moi-même. A chaque fois que j’écrivais, je me sentais vraiment le dirigeant de Pakéo, cette PME de packaging d’une cinquantaine de personnes. J’ai vécu avec passion les difficultés et les succès de cette entreprise qui, pourtant, ne sortaient que de mon imagination (enfin de celle de mon auteur, mais vous avez compris, je ne vais pas me répéter) ou d’exemples vécus par d’autres (merci à tous ceux qui ont nourri ma culture entrepreneuriale). J’ai essayé de la gérer comme un patron responsable, empli des valeurs du CJD. Ce n’est pas pour rien que les initiales de mon nom sont les mêmes que celles du mouvement.

J’ai réagi vivement, durant toutes ces années, à l’actualité économique et sociale, avec l’intensité de quelqu’un qui se sentait directement concerné. Je n’ai pas ménagé mes critiques à l’égard de certaines dérives ultralibérales dont je pense qu’elles nous mènent à la catastrophe, comme si mon entreprise et mes salariés fictifs en étaient les victimes. J’ai essayé de rappeler sans cesse que l’économie devait être au service de l’homme et non l’inverse. Croyez-moi, ce n’est pas une tâche facile et le combat est malheureusement loin d’être gagné. Dans les crises que nous traversons, dans l’idéologie de l’économisme roi, dans la recherche du profit maximal, l’homme est bien souvent oublié, laminé, rejeté. Mais le pire n’est jamais sûr. C’est pourquoi il faut continuer à lutter pour que l’humain retrouve une place prépondérante dans un système économique plus juste et soit respecté pour ce qu’il est. Malgré les désillusions, je reste un humaniste convaincu.

Héraut de la performance globale

Personnellement, d’ailleurs, j’ai plutôt été un chef d’entreprise heureux. Mon entreprise marchait bien, mes salariés n’avaient pas à se plaindre de mon management, je suis toujours sorti par le haut des embûches qui se sont présentées, j’ai pris les bonnes décisions au bon moment, j’ai su aborder le virage de l’internet.

J’en vois certains parmi vous qui rigolent. C’est facile, dites-vous, quand on est une entreprise de papier et qu’on peut tordre les faits à sa main. La réalité est bien plus complexe, j’en conviens. Mais j’avais quand même un rôle à tenir. Je devais être le héraut (héros ?) de la performance globale, montrer que ça marche. Je n’allais pas tout faire foirer. Et puis, j’ai un peu suivi des entrepreneurs qui étaient dans la vraie vie et qui mettaient en pratique cette performance globale et j’ai vu que ça donnait des résultats. Alors j’ai fait comme eux. Ça m’a réussi. Je suis maintenant à la tête d’une entreprise créative et prospère. Je n’ai certes que 57 ans, encore loin de l’âge de la retraite. Je sens, pourtant, qu’il est temps que je prenne du recul. Je ne veux pas être comme ces patrons qui ne savent pas passer la main, qui s’accrochent à leur entreprise jusqu’à la fin et préfèrent la voir péricliter plutôt que d’accepter un successeur. Moi, j’ai préparé ma succession depuis longtemps. Viviane Lucci, la fée lumière, est prête. Vous vous souvenez d’elle, pour ceux, s’il en est quelques-uns, qui me lisent depuis le début (on peut rêver). C’est mon inspiratrice, ma voix (voie ?) morale. Une femme, évidemment. A elle de jouer maintenant, à la tête de Pakéo. Je vais la laisser vivre sa vie inventée (mais elle aura trop à faire pour prendre le relais de ce journal).

Existence de papier

Je me retire donc, je m’efface doucement dans ces lignes, je termine sans angoisse mon existence de papier, satisfait du devoir accompli. De toute façon, je n’y peux pas grand-chose puisque c’est mon auteur qui en a décidé ainsi. Il pense que j’ai fait mon temps, que je n’ai plus lieu d’être. Je crois surtout qu’il a envie de reprendre la plume sous son vrai nom. Les auteurs sont toujours un peu égocentriques. Le mien en a assez de vivre sous mon identité. C’est son droit. Vous le retrouverez donc dans le prochain blog et le prochain magazine. Mais je ne suis pas sûr qu’il soit si différent de moi dans ses idées et sa manière d’écrire. Quand vous le lirez, vous saurez que c’est aussi un peu moi qui continue de vous parler.

Claude-Jean Desvignes
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz