Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Démocratie participative : un exercice de vérité exigeant

Un conseil de quartier à Cluny
Depuis le fameux rapport Dubedout en 1983, un texte fondateur en France de la Politique de la Ville qui indiquait que « “rien ne se ferait sans la participation active des habitants”, de nombreuses expériences de démocratie participative ont été menées en France. L’implication populaire a souvent agi comme un cosmétique pour mieux faire passer des décisions déjà “dans les tuyaux” quand elle ne fut pas tout simplement un gadget ou un slogan au service de la communication avec des habitants cantonnés à un rôle consultatif.

“La dictature, c’est ‘ferme ta gueule’ ; la démocratie, c’est ‘cause toujours’.” La citation attribuée à Coluche s’applique-t-elle à la démocratie participative ? Rien n’est moins sûr si l’on regarde de plus près ce que certains élus de toutes sensibilités ont entrepris dans leurs villes…

Tout sauf un gadget

Il y a beaucoup de croyants et peu de pratiquants” ironise Daniel Breuiller. Trop souvent,la démocratie participative est gadgétisée avec des choses accessoires et des commissions classiques sans enjeux, ce qui crée une déception chez les citoyens ». Pour éviter ce reproche, lemaire d’Arcueil (EELV) en a fait un principe directeur de sa politique municipale. Mesure phare : si une pétition obtient plus de 200 signatures d’habitants, elle fait l’objet de question à l’ordre du jour du Conseil Municipal.« C’est tout sauf un gadget. La politique appartient à tout le monde, au sens noble du terme c’est la vie de la cité. Nous vivons une crise de la représentation démocratique si grave que la participation citoyenne est indispensable pour donner un sens commun ». Plus pragmatique, l’élu y voit un outil indispensable« La concertation évite beaucoup d’erreurs en amont des projets urbains. Cela renforce l’efficacité des actions».

Comme l’a souligné récemment un rapport du Conseil d’Analyse Stratégique (CAS), l’implication des habitants dans le processus de décision comporte de nombreux avantages. « Ce mode d’action publique favorise la mobilisation citoyenne, améliore les relations entre les habitants et les acteurs locaux, et entraîne, en parallèle, des effets positifs sur la santé mentale, le sentiment d’insécurité et la satisfaction d’habiter le quartier». Si ce postulat gagne du terrain, la manière de le faire vivre varie d’une ville à l’autre même. Il existe un cadre juridique (Loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République, Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) avec des Principes généraux de la décentralisation » qui mentionnent « La participation des électeurs aux décisions locales », la démocratie participative est à géométrie variable.

Revivifier le système démocratique

« La démocratie participativece n’est pas l’auberge espagnole, elle n’a de sens que si elle est professionnelle et pragmatique avec des sujets concrets» martèle Philippe Laurent,Maire de Sceaux [UDI].Depuis 10 ans dans sa ville se réunissent des comités consultatifs, domaine par domaine et un conseil « ville pour tous » dans lequel siègent aux côtés des élus, des représentants associatifs et des habitants. « Il n’y a pas d’un côté des élus et de l’autre des habitants. Nous aussi sommes sur le terrain et sommes confrontées à la réalité quotidienne. On doit travailler ensemble dans une sorte de coproduction des décisions ». Et d’insister sur l’importance de l’implication des services de la ville. « Ils sont mobilisés et participent activement aux rencontres, avec les usagers de la ville, sinon on a deux mondes qui s’ignorent ».

Dans d’autres villes, il en irait même de la cohésion de la ville. Pour Francis Chouat maire socialiste d’Evry, il y a urgence à réagir face à une démocratie à bout de souffle. « Dans notre ville populaire avec une population jeune et une montée de l’abstentionnisme chez des gens qui ne croient plus dans le système, la démocratie participative peut être un moyen de revivifier le système démocratique, elle recrée des liens, redonne du sens commun au vivre ensemble ». A la mesure de cette ambition, la démarche « Parlons ensemble d’Evry » a vu la mise en place de 10 réunions de quartier et mobilisé 1500 habitants à partir d’un film donnant la parole à la population dans sa diversité. Il n’hésite pas à parler d’« effet papillon ». « Les habitants se sentent écoutés et constatent que leurs critiques ou propositions sont suivies d’actes, il est essentiel qu’ils puissent dire ils ont tenu compte de ce que je dis». Même si le jeu en vaut la chandelle, le successeur de Manuel Valls reconnaît que c’est une pratique difficile. « C’est très chronophage, je le vis comme un déséquilibre permanent, un exercice de vérité exigeant face aux habitants, il faut leur répondre, expliquer pourquoi on prend ou l’on ne prend pas telle ou telle décision sans se dérober ».


Gilles Trichard
Le 28-06-2016
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