Juin 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Face à la contestation sociale, la nécessité d'un nouveau modèle ?

Qu’est-ce qui définit la contestation qui se fait violemment entendre ces derniers jours en France ? Leur caractère exclusivement défensif. La contestation ne prend racine dans aucune utopie, projet, grand récit, rêve… Elle se résume à une résistance à l’ordre établi et s’appuie sur les peurs bien légitimes que notre société génère.

Nous sortons en effet d’un monde industriel et cheminons aujourd’hui vers l’inconnu, le chômage est endémique, la France se désindustrialise. L’avenir ? Il est envisagé le plus souvent sous l’angle d’une aggravation de la situation présente. Sinistrose, déclinisme, défaitisme, pessimisme… autant de mots posés depuis des années sur notre réalité sociale.

En campant sur des modèles hérités du passé hérité du XIXe siècle, la critique anticapitaliste qui est à la manœuvre dans l’épisode que nous vivons, s’empêche de penser le temps présent dans ce qu’il a d’inédit. L’ultragauche, avec ses vieilles grilles de lecture, échoue à proposer une réelle alternative. Comme le résume la sociologue Florence Johsua,« les anticapitalistes du XXIe siècle sont des révolutionnaires sans révolution à l’horizon ». Et de poursuivre. «Ils sont “militants” ou “contre un système qui exploite”, mais manquent de mots, de modèles, de projets précis. Ce flou les déstabilise parfois. Mais il est aussi perçu comme un des enseignements du siècle passé, du stalinisme et des systèmes bureaucratiques. Le fait de disposer d’un modèle de société clés en main, ça leur fait plutôt peur. Beaucoup refusent l’idée de fonctionner avec des modèles prédictifs. L’échec des modèles passés les amène à faire confiance à de nouvelles expériences militantes qui, d’après eux, redélimiteront petit à petit les frontières programmatiques et stratégiques d’un nouveau projet de transformation sociale. »[1] Reste que ce projet pour l’heure est toujours dans les limbes.

Nous restons donc arc-boutés sur un paradigme qui craque de toutes parts. Sans contre-projet, les contestataires érigent le combat comme une fin en soi ; ce qui compte, c’est uniquement d’empêcher les gouvernants d’agir. Ou plutôt de réagir. Car cette action des gouvernants, à quelle logique obéit-elle ? Uniquement à s’ingénier à débloquer les inerties de la société française face aux contraintes imposées par la mondialisation néolibérale.Les questions politiques trouvent ainsi des réponses techniques. La technocratie substitue constamment le comment au pourquoi. Le paramétrique prime alors constamment sur le systémique. Tout est alors question d’ajustement : on manipule des taux, on crée des lois… Les gouvernants restent cependant impuissants à susciter la moindre espérance. Il n’est pas alors surprenant de constater le clivage croissant entre les élites et la population. Cette dernière, désorientée, attend une réponse politique à cette mondialisation jugée comme destructrice. Vers quelle société désirons-nous migrer ? A quelles conditions le changement peut-il prendre sens et rencontrer enfin l’adhésion des gouvernés ? Voilà les questions majeures auxquelles il nous faut répondre avant tout.

Face aux contestataires qui lisent l’avenir à la bougie de schémas périmés, face aux réformateurs qui se satisfont trop souvent de mesures adaptatives en réaction à des changements subis ou imposés, une troisième voie reste à inventer. Contre la nostalgie et la résignation, regardons lucidement le monde tel qu’il est pour imaginer ce que nous pouvons y entreprendre.



[1] Interview pour Libération, 3 juin 2016.

Lionel Meneghin
Le 23-06-2016
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