Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho

Quand Panama porte le chapeau !


Les « révélations » des Panama Papers auront donc été distillées tout au long de ce mois d’avril montrant la variété des individus, hommes politiques, artistes, footballeurs, affairistes en tous genres, sociétés grandes et petites et même services secrets qui sont effectivement dans les « petits papiers » de la firme panaméenne Mossack Fonseca.

Tours de passe-passe

Je dis « révélations », mais, au fond, il n’y a rien que nous ne savions déjà, peu ou prou. On parle depuis des décennies des paradis fiscaux, à chaque fois qu’une affaire parvient à émerger, on les condamne en parole, on prétend qu’on va les combattre et rien ne se passe.

Cette fois-ci, malgré l’ampleur du trafic mis à jour, il est vraisemblable que le soufflé va rapidement retomber. Un ministre – islandais, ce n’est pas très important - en aura fait les frais, quelques personnes auront été montrées du doigt, certaines, par peur, vont « se repentir » de s’être ainsi soustraites au fisc, on aura fait semblant de diligenter des enquêtes et tout reprendra comme avant, ailleurs, car il ne manque pas d’endroits accueillants pour dissimuler son argent.

Les sociétés spécialistes de ces tours de passe-passe financiers en seront quittes pour prendre encore un peu plus de précautions pour verrouiller leurs bases de données. Car le paradoxe est que l’informatisation qui facilite ces manipulations douteuses en dématérialisant les fonds est aussi leur talon d’Achille. Aucun système informatique n’est parfaitement à l’abri d’une intrusion.

Vieux comme l’impôt

Si j’y réfléchis, au-delà d’un sentiment spontané d’écœurement, toutes ces affaires demeurent pour moi mystérieuses. Comment en arrive-t-on à ces constructions délirantes de sociétés-écrans qui se cachent les unes derrière les autres, quasi à l’infini ? Pourquoi les États laissent-ils faire ce qui paraît aller contre leur intérêt ? A quoi et qui tout cela sert-il vraiment ?

Bien sûr, on comprend la motivation de départ. Il s’agit pour les plus riches de dissimuler leur fortune pour échapper à l’impôt. Ce n’est pas vieux comme le monde, mais au moins vieux comme l’impôt, lequel dans l’Ancien Régime, rappelons-le, frappait les plus pauvres au profit des riches, monarque, aristocrates et clercs, prélevant taille, gabelle et dîme. C’étaient donc les infortunés, qui essayaient de planquer leur maigre oseille, de manière nettement moins sophistiquée qu’aujourd’hui, sous leur matelas ou dans des bas de laine pour la soustraire à l’insatiable convoitise de l’oligarchie.

Cet heureux temps n’est plus pour les riches et c’est théoriquement à eux de payer, proportionnellement à leurs revenus, au bénéfice des moins aisés, par le biais redistributeur de l’État désormais seul collecteur de l’impôt.

La main dans la confiture

Cela amène justement une première interrogation. Quel jeu jouent les États par rapport aux paradis fiscaux ? A priori, raisonnablement, ils devraient lutter contre puisque cela les prive de recettes importantes. 80 milliards d’euros annuels, estime-t-on, pour la France, ce qui correspond au déficit du budget de l’État et permettrait donc d’atteindre l’équilibre tant recherché. Pourtant, non seulement ils ne font pas grand-chose, on l’a dit, mais certains couvent même la vipère en leur sein. Nombre de ces « antimondes », puisque tout y fonctionne à l’inverse des règles respectées ailleurs, sont des îles qui leur appartiennent plus ou moins directement et à qui il ne serait pas difficile d’imposer les normes internationales.

La Grande-Bretagne, par exemple, dont le Premier ministre s’est fait prendre la main dans le pot de confiture de son papa, ne possède pas moins de dix îles répertoriées comme plateformes financières offshores, y compris Jersey et Guernesey qui baignent dans les eaux européennes. L’Irlande, le Luxembourg et la Lettonie - trois pays de l’Union européenne – ainsi que la Suisse font partie de la même « liste grise » de centres financiers offshore établie très officiellement par le FMI.

On peut donc faire porter le chapeau à Panama, jeté en pâture à notre vindicte, mais nous devrions commencer par balayer devant notre porte. Ou alors, nous citoyens suspicieux et désobligeants à l’égard de nos élites, nous sommes obligés de supposer que ces zones de non-droit arrangent bien les États et les gouvernants qui sont à leur tête, surtout quand on découvre que nombre d’hommes politiques en profitent personnellement. Nous pourrions aussi en déduire une connivence étrange et des intérêts communs entre ces politiques et les plus grosses fortunes de la planète, blanchissant leur argent sale en famille.

Réflexe pavlovien

Mais un autre aspect de ces affaires m’intrigue, du côté des dissimulateurs. Quel est leur intérêt réel à camoufler ainsi un pécule qu’ils auront par la suite du mal à faire ressortir ? La société Apple, par exemple, a des milliards de dollars de cash à l’ombre des cocotiers dont elle ne peut pas se servir pour investir aux États-Unis sous peine de lourde amende fiscale. Elle est donc obligée d’emprunter…

Le principe semble donc (mais je n’ai peut-être pas tout compris) de cacher de l’argent, certes pour échapper à sa taxation, mais sans plus pouvoir s’en servir ou en ayant pour le moins les plus grandes difficultés à le réinjecter dans les circuits normaux. Quelle est l’utilité d’avoir de l’argent qui ne sert à rien et d’en accumuler toujours plus ? C’est un pitoyable réflexe d’avare, heureux de dormir sur sa cassette.

Mais c’est aussi, de la part de gens qui se prétendent acteurs de l’économie, totalement antiéconomique. L’argent dormant est contraire aux règles du capitalisme puisqu’il ne sert plus à faire tourner la machine. Parfois, d’ailleurs, je me demande si certains ne réagissent pas de façon pavlovienne, en deçà de toute réflexion, à une sorte de réflexe de riche, au sentiment qu’un magot est fait pour être planqué. Ils y sont encouragés par les banques et les avocats d’affaires qui les appâtent, voire les harcèlent, avec des promesses « d’optimisation », le nom élégant donné à la fraude. Finalement, par conformisme, ils font comme les autres, ceux de leur classe, quelquefois pour des sommes relativement dérisoires.

Désir ridicule

Face à ces « exilés fiscaux », j’hésite entre la pitié et le dégoût. La pitié pour la mesquinerie de leur attitude, la petitesse de leur égoïsme, leur désir ridicule d’accumuler pour eux seuls des capitaux trop grands pour eux. Le dégoût quand je pense à tous ceux qui sont réellement et physiquement obligés de s’exiler de leur pays pour cause de guerre ou de misère. Si les réfugiés financiers ne savent plus quoi faire de leur fortune, qu’ils la partagent un peu plus, notamment par l’impôt.

Claude-Jean Desvignes
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