Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Concilier l'écologique et l'économique

Aux quatre coins de la France, des entrepreneurs multiplient les initiatives en faveur du climat. Entre système D et innovation marketing, leurs actions ont également un impact positif sur le plan financier.

Point de départ naturel d’une démarche écoresponsable pour nombre de TPE/PME du secteur des services : agir sur l’impression des documents. C’est le cas par exemple chez Icom (15 salariés) à Toulouse. « Nous avons commencé à mener des actions en faveur de l’environnement au sein de notre agence de communication en 2004. Cela a démarré avec le tri de papier et les impressions recto/verso », précise Daniel Luciani, PDG de ICom.

Une démarche qui va crescendo

Un simple début puisqu’en 2005, ce dernier décide de faire construire un bâtiment en bois à basse consommation énergétique pour y installer les bureaux de l’entreprise. Le bâti, c’est l’un des secteurs le plus émissifs en matière de CO2et c’est un domaine où les chefs d’entreprise peuvent agir. Car outre le choix du bois – ICom a été pionnier à Toulouse dans ce domaine —, le système d’isolation et de chauffage a également permis de diminuer la consommation d’énergie.

Mais l’entreprise ne s’arrête pas là. « Nous avons aussi voulu agir au niveau des transports en initiant sur notre zone de chalandise un plan de déplacement inter-entreprises pour identifier les possibilités de covoiturage et promouvoir des actions en faveur de l’usage du vélo ».La mobilité des salariés, c’est également un secteur où les dirigeants ont des actions à mener. Ces initiatives en ont amené d’autres, proposées notamment par le comité développement durable interne créé en 2006 et composé de quelques salariés : les projecteurs extérieurs d’embellissement du bâtiment ont été coupés la nuit, un plan de sensibilisation auprès des salariés a été mis en place. Un sticker est collé près de chaque interrupteur pour rappeler qu’il faut les éteindre, les distributeurs de cafés, de thés et de sucreries ont été enlevés… générant une économie importante sur le plan énergétique et financier.

Un impact sur le bien-être des salariés

« Grâce au CJD, avoue Daniel Luciani, j’ai mis en place dès 2002 le programme de performance globale ce qui m’a permis d’avoir une vision à 360 degrés du sujet : le choix du bâtiment nous permet de faire des économies d’énergie et de chauffage, mais cela a aussi un impact sur le bien-être des salariés – il est par ailleurs très important de les associer à ce type démarche — et sur notre stratégie de communication. Etre en accord avec nos valeurs et promouvoir le développement durable nous a fait gagner des clients. » De performance globale, il en est aussi question chez Infotrafic (15 salariés), à la recherche de tout ce qui peut contribuer à baisser sa consommation d’énergie et àaméliorer la cohérence du fonctionnement de l’entreprise.

Il se trouve que le local informatique de l’entreprise, qui comprend plus de 10 serveurs, génère beaucoup de chaleur et doit par conséquent être refroidi via un climatiseur pour ne pas endommager le matériel. Cette chaleur était au départ orientée vers l’extérieur. Mais il y a huit ans, au cours des travaux d’aménagement dans les bureaux, un nouveau système a été imaginé : au lieu d’entreposer dehors le compresseur qui génère de la chaleur, il a été installé dans les locaux, l’air chaud étant redirigé vers une gaine de ventilation elle-même orientée vers un open space de 100 m2. L’hiver, le climatiseur chauffe entièrement cette surface : tous les radiateurs ont ainsi été supprimés ; dans les locaux de l’entreprise, il n’en reste plus qu’un… qui ne se déclenche que quand il détecte une présence.

Innovation frugale

« Ce faisant,complète Jérôme Lefèvre, le créateur et PDG de cette société basée à Puiseux-Pontoise (95), nous mettons en pratiqueune approche d’innovation frugale dite jugaad (voir encadré), car nous avons uniquement investi dans l’achat d’une gaine de ventilation – un tunnel pour enfants trouvé chez Ikea — et d’une grille pour fabriquer un système de chauffage à air pulsé. »En ne rejetant pas l’air chaud à l’extérieur et en le réutilisant à des fins pratiques, l’entreprise contribue à son niveau à la diminution du réchauffement climatique. Sa consommation d’électricité baisse, ce qui est une bonne nouvelle sur le plan financier. Une solution de bon sens, qui mérite d’être reprise ailleurs, dans d’autres entreprises…

Parfois, ces solutions ingénieuses arrivent sans qu’on les attende. C’est le cas avec Matthieu Reumaux, qui dirige Perfrance (9 salariés) à Cormeilles-en-Vexin (95). Perfrance conçoit des parfums sur mesure en b to b. C’est un métier où traditionnellement il y a peu d’innovation en matière d’emballages : les parfums sont exclusivement conditionnés dans des flacons en verre. Sauf que le coût de revient est très élevé – l’emballage représente entre 80 et 90 % du coût global – et cela constitue un frein pour le développement à l’export dans certains pays. Mais le hasard fait bien les choses. « Il se trouve qu’un jour où je faisais du footing je suis tombé sur une poche de compote en aluminium, un contenant léger qui m’a paru intéressant à développer. Nous travaillons depuis sur trois brevets : notre idée, c’est d’habiller cette poche souple en aluminium avec une coque en plastique, un élément rigide la rendant plus lisse et plus ergonomique. La première version de cette innovation a fait baisser de 50 % notre bilan carbone par rapport à un équivalent en verre. Pour le même contenu, nous utilisons 20 grammes d’aluminium et de plastique contre 60 grammes de verre, sans compter que la poche peut être rechargeable et que le coût du transport diminue, car ces produits sont plus légers et moins volumineux. Nous faisons évoluer le concept en travaillant notamment sur des plastiques d’origine végétale. »

La première gamme sera mise en vente d’ici fin 2015. Matthieu Reumaux avoue n’avoir aucune certitude quant à son succès commercial ; il mène ce projet à bien par conviction personnelle et sens de l’initiative : « anticiper les changements, cela nous incite à innover », commente-t-il.

Anne Dhoquois
Le 11-04-2016
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