Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Emploi : « plus on part du haut et plus on se plante »

Depuis novembre 2014 l’association ATD Quart Monde a commencé à mettre en application son projet « Territoires zéro chômeur de longue durée ». Une expérimentation sur quatre territoires visant à redonner du travail à des demandeurs d’emploi.

« Notre démarche s’appuie sur un triple constat : personne n’est inemployable, ce n’est pas le travail qui manque et la privation d’emplois coûte cher à la société (soit 15 000 euros par an et par chômeur environ) », explique Patrick Valentin, responsable national au sein d’ATD Quart Monde du projet Territoires zéro chômeur de longue durée, un programme de réinsertion dans le marché du travail de demandeurs d’emploi.

Créer une quantité d’emplois supplémentaires

L’association y travaille depuis plus de trois ans et a commencé à le mettre en application fin 2014. « Pour réduire le chômage, même à croissance nulle, il faut créer une quantité d’emplois supplémentaires, poursuit-il. Notre idée de départ, corroborée par l’insertion et le travail adapté, c’est que pour créer ces emplois, il faut rendre solvables des marchés qui ne le sont pas naturellement ».

Pour relever ce défi, ATD propose de mener une expérimentation en s’appuyant sur la volonté collective des acteurs du territoire, la responsabilité sociale locale étant ici indispensable. Concrètement, quatre territoires se sont déjà portés candidats : Redon/Pipriac (35), Clamecy/Châteauneuf-Val-de-Bargis (58), Colombey-les-Belles/Toul (54) et la communauté de communes de Mauléon, près de Bressuire (79). Chacun a sa spécificité : rural ou semi-industriel, les taux de chômage y sont variables, etc. Ils ne sont pas non plus au même niveau d’avancement par rapport à ce projet. Redon est le plus engagé.

Le schéma d’organisation est le suivant : les parties prenantes, que sont la collectivité locale, le conseil régional, le conseil général, créent un comité territorial impliquant des représentants de la société civile (citoyens, entreprises, etc.), puis un comité exécutif. Celui-ci a pour mission de rencontrer les personnes privées d’emploi depuis plus d’un an sur le territoire et de prendre connaissance des compétences de ces personnes, leurs savoir-faire et leurs projets. Pour y parvenir trois questions leur sont posées : que savez-vous faire ? Que voulez-vous faire ? Qu’acceptez-vous d’apprendre ?

Recenser les besoins non couverts sur les territoires

Ensuite, sont recensés des besoins non couverts sur ce même territoire, car utiles mais non rentables. Des exemples parmi d’autres : livrer le pain à domicile pour des personnes âgées, effectuer des entretiens d’espaces publics à l’abandon, créer des emplois de présence rassurante dans les transports en commun, etc. Enfin, le dispositif prévoit de susciter la création d’entreprises conventionnées qui devront payer les personnes à qui l’on va ainsi redonner un emploi en CDI, grâce à un financement tripartite, entreprise conventionnée/État/collectivités, mais en faisant en sorte que les budgets des dernières ne soient pas augmentés.

Pour assurer cette exigence d’équilibre budgétaire, le vote d’une loi d’expérimentation[1] est indispensable. Celle-ci autorisera l’État à opérer un transfert des budgets finançant actuellement l’inactivité vers des budgets visant à financer les emplois supplémentaires. Cela permettait d’utiliser les 15 000 euros susvisés pour contribuer à la rémunération des personnes embauchées.

Expérimenter puis essaimer

Le groupe socialiste de l’Assemblée nationale a décidé de travailler à une proposition de loi pour qu’elle soit votée d’ici la fin 2015. C’est en tout cas l’espoir de Patrick Valentin. « En attendant, nous ne pouvons pas aller plus loin, précise-t-il. C’est dommage car, une fois cet obstacle levé, nous souhaitons qu’il y ait un effet d’entraînement par l’exemple. L’expérience, qui durera cinq ans, va nous permettre d’établir un modèle qui dépendra d’abord d’une volonté politique locale ».

A Redon/Pipriac, tout est fin prêt pour passer à l’action. Le comité territorial se réunit déjà tous les mois. Nicolas Cottais, gérant d’une TPE dans le secteur de l’informatique, en est membre en sa qualité de président de l’Union des commerçants et artisans de Pipriac (3700 habitants). Il relate : « J’ai accepté d’intégrer le projet car j’ai été séduit par le concept que j’ai trouvé intéressant et original. Mais pour que cela fonctionne il faut prendre garde à la concurrence déloyale. Les chômeurs, qui vont constituer une main d’œuvre peu onéreuse, doivent réintégrer le marché du travail mais pas au détriment des entreprises locales. Mon rôle, c’est de veiller à ce que l’on cible bien des activités non couvertes non rentables ou qui pourraient être développées ».

Si l’expérimentation est positive, l’action pourra être étendue à d’autres territoires, un essaimage d’un terrain à l’autre préconisé par Patrick Valentin. « Notre système de semi-décentralisation est devenu un véritable nœud gordien et cela bloque aujourd’hui l’initiative et la responsabilité, regrette-t-il. Le constat est clair : plus on part du haut, plus on se plante. Pour remettre de la démocratie dans nos processus et remobiliser le tissu citoyen sur la question de l’emploi, il faut écouter ce que les gens de terrain ont à dire et commencer à agir à cette échelle-là. »



[1] L’expérimentation législative locale est l’autorisation donnée par une loi à une collectivité territorialed’appliquer une politique publique ne faisant pas partie de ses attributions légales, pour une période donnée.


Anne Dhoquois
Le 11-03-2016
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