Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Quand la solution passe par la jeunesse

Samuel Tiercelin, co-fondateur d’Open Odyssey, lors d’un brief à un groupe d’étudiants.
En connectant, en Bretagne, entreprises, collectivités et associations aux établissements d’enseignement supérieur, l’Open Odyssée (O²) initiée par Samuel Tiercelin a généré une dynamique territoriale exemplaire. Au-delà de l’apport de matière grise fourni par les étudiants et de la place qui leur est (enfin !) accordée, O² a l’immense mérite d’avoir déjoué tous les clivages et amené les forces vives locales à travailler, toutes, ensemble. Un exploit !

« Il y a encore 5 ans, quand vous parliez de nutrition et de santé animale par les algues, on vous riait au nez, explique Hervé Ballusson, pdg d’Olmix (400 personnes, 80 M€ de CA). Pour les mieux intentionnés ! Avec toutes les histoires d’algues vertes, prononcer le seul mot “algue”, était tabou. Via Open Odyssée, des étudiants de Sciences-Po Rennes et de business schools nous ont aidé à revisiter la filière, sans œillères ni préjugés, nous conduisant à une vision nouvelle et à réinvestir des marchés qu’on disait condamnés (on rouvre des abattoirs de poulets et de dindes, mais élevés sans antibiotique). Surtout, avec ses composantes issues detous les milieux, Open Odyssée a rendu le débat possible. En Bretagne on a la rancune tenace et un industriel qui associait algues et avenir, c’était forcément pour se faire du fric, sans parler des lobbies, clans et résistances au changement. Grâce à ses jeunes — et à sa pédagogie ! — Open Odysséeest parvenu, en 3 ans, à vaincre les résistances et convaincre l’ensemble du territoire qu’il pouvait devenir un pôle mondial de l’industrie de l’algue, marché aujourd’hui estimé à 40 milliards ! On en est à envisager d’embarquer toute la population dans l’aventure Breizh algues à travers une des plus vastes campagnes de crowdfunding jamais engagée».

Créateur de lien !

Au départ de cette formidable épopée, un garçon de 35 ans qui, après avoir organisé 6 ans de suite l’Odyssée Celtique en forêt de Brocéliande (un raid étudiant visant à « changer le monde »), s’est pris au jeu et demandé « comment, déjà, changer mon territoire ? Tout simplement en impliquant ceux qui y vivront demain, ces étudiants qui peuvent beaucoup plus pour les entreprises que juste apporter le café. Collectivités, entreprises, associations, Open Odyssée a donc mis le potentiel étudiant à leur disposition, établissant contacts et preuves du concept : c’est ainsi qu’en suivant par exemple les recommandations des élèves de l’Ecole du Bois, l’entreprise de construction Delta a réalisé 30.000 € d’économie sur le chantier qu’elle leur avait soumis. Bien sûr, en chemin, il nous a fallu vaincre mille résistances, mais en 4 ans, plus de 800 étudiants ont déjà été mobilisés sur plus de 40 projets, généralement liés aux grands défis de demain: alimentation, énergie, déchets…En impliquant concrètement la jeune génération, on découvre vite que les lignes bougent, les idées fusent, les barrières tombent, des start-ups se créent au passage et tout devient possible, même en temps de crise.»

Ensemble, c’est tout !

« En toute fraîcheur, Open Odyssée a décloisonné les périmètres et mis tout le monde au travail, explique Marc Lemercier, DG de Liger (Locminé Innovation Gestion des Energies Renouvelables, une société d’économie mixte née d’un investissement collaboratif unique en son genre) : 10 écoles et universités bossent pour nous, nous aidant à développer les énergies renouvelables de demain. Sur 4 hectares interdits aux énergies fossiles (dont 2 gérés par la Ligue de Protection des Oiseaux !), on produit le seul biocarburant propre du marché, on utilise la biomasse et tous les déchets agro-industriels du coin : 60.000 tonnes ! Inventons un véritable ebay des déchets, préparons le plus grand parc éolien forestier de France, déposons des brevets, aidons les entreprises sur le volet de la réduction de leurs émissions de CO2, et que les jeunes de l’ENSI ou de l’ICAM avec qui on avance créent leurs propres start-ups ! C’est d’autant plus formidable qu’on n’a rien à vendre, et tout à partager. Une délégation du Chili viendra bientôt voir comment on fonctionne. Au point que plus on subit de pressions (déplaire est inévitable), plus cela nous rapproche, nous soude et nous permet d’avancer…».

Plus si affinités

« Bien sûr, explique Catherine Dehaut qui assure la liaison de l’entreprise de bâtiment Delta avec O², il y a des contraintes de planning scolaire, nous devons anticiper pour nous caler sur les programmes des écoles, mais cela ne nous empêche pas d’en être à notre dixième projet avec ces étudiants surmotivés qui nous font découvrir des pistes auxquelles on ne pense pas, débouchant sur des innovations et résultats parfois surprenants ».

Bonne nouvelle : après s’être étendue l’an passé aux Pays de Loire, l’Open Odyssée devrait gagner peu à peu les régions voisines. Ce qui enchante, bien sûr, Samuel Tiercelin : « Il est grand temps de libérer l’énergie de la jeunesse et son potentiel de créativité, vous ne croyez pas ? »


Jérôme Bourgine
Le 15-03-2016
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