Mai 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Là où s'invente l'industrie de demain

Le site du CEEBIOS
Comment transformer la fermeture d’une caserne en chance économique avec en perspective la création d’emplois ? L’enjeu n’est pas seulement de compenser un manque à gagner dû au démantèlement d’un site militaire, mais de transformer cette obligation en opportunité d’innovation en misant sur l’intelligence collective.

Le 1er août 2009, la dissolution du 41e régiment de transmissions et la fermeture de la caserne militaire Ordener sont vécues comme un traumatisme à Senlis. À la pertede 600 emplois s’ajoutent les retombées économiques indirectes. In fine c’est toute une vie sociale autour de cette activité qui disparaît.C’est la fin de plus d’un siècle de garnison dans la ville. Dans la cité capétienne, l’espoir s’écrit aujourd’hui en 7 lettres : CEEBIOS.Le Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis.

NOUVELLE RÉVOLUTION INDUSTRIELLE

La reconversion de cette zone militaire, implantée à l’entrée sud-est de la ville, s’inscrit dans une logique de développement durable, avec la création d’un site à vocation économique, grâce à l’implantation d’universités, de laboratoires et d’entreprises.Face aux défis de l’humanité (climat, eau, pollution) le Biomimétisme apparaît de plus en plus comme une voie majeure, le symbole de la nouvelle révolution industrielle qui consiste à faire de la recherche autrement, en s’inspirant du vivant pour titrer parti des solutions et inventions produites par la nature.

À la tête du CEEBIOS, Gilles Boeuf a fixé la barre très haut. « Le biomimétisme exige humilité de la part de l’humain, mais si l’on sait tirer parti de la nature, elle peut nous aider à concevoir des matériaux aux coûts énergétiques plus bas. Or dans la nature il existe des systèmes capables de résoudre des problèmes». Et de citer en exemple les ailes d’avions aux bords extérieurs relevés dont l’idée est venue de l’observation des oiseaux. Résultat de cette innovation : 20 % d’économie de carburant ! Lorsque ce scientifique de renom — également président du Museum d’Histoire Naturelle — arpente les vastes allées du futur site, il imagine déjàun nouveau monde décloisonné et dédié à cette nouvelle philosophie de l’échange et du travailler ensemble.«Ce qui me plaît, ce sont les futures interactions entre chercheurs en recherche fondamentale, ingénieurs et entreprises»

Mais ce projet de territoire n’aurait pas vu le jour sans une volonté politique. Avant même qu’elle ne soit élue maire de Senlis, Pascale Loiseleur en avait fait un engagement électoral. « La nature a 3,2 milliards d’années dont on peut s’inspirer, or il n’existait pas de centre spécialisé en Europe». L’occasion pour elle d’expérimenter une véritable dynamisation entre des acteurs peu habitués à travailler ensemble. « Nous allons rapprocher l’industrie et la recherche, les start-ups et les grands groupes pour démontrer que la coopération peut apporter plus d’efficacité que la compétition, c’est ce que l’appelle un modèle collaboratif ».

CERCLE VERTUEUX

L’idée fait son chemin puisqu’aujourd’hui les entreprises innovantes se pressent pour s’installer au CEEBIOS.C’est le cas deCyberio, une société de haute technologie informatique, basée dans l’Isère, qui s’appuie sur une discipline de recherche en plein essor qu’on appelle désormais « bioacoustique », pouvant aboutir à de nombreuses applications concrètes dans le domaine de l’environnement et de l’industrie.Son gérant,Didier Mauuary ne boude pas son plaisir. « Il était temps ! Le biomimétisme en France est à la traîne, au moins en tant que discipline génératrice de valeur économique. Quand j’ai parlé de fonder une entreprise sur la chauve-souris, on m’a plutôt considéré comme un “chercheur fou” alors qu’en Allemagne ou aux États-Unis, le financement de projets industriels sur la biomimétique des chauves-souris va de soi».

Pas fou non pour avoir choisi ce territoire situédans un endroit stratégique,en lisière de l’autoroute A1,à proximité de Paris et à 20 minutes de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle «Notre implantation à Senlis vise à convaincre nos premiers clients en France et à nous faire connaître en tant qu’industriel à l’international».Dans le cadre d’un plan local de redynamisation signé avec l’État, l’élue parie sur un cercle vertueux : emplois, réouverture de classes et de commerces « Par delà les étiquettes politiques, ce projet de territoire fédérateur intéresse tout le monde ».Il faut désormais que la population découvre le biomimétisme et s’approprie cette nouvelle marque de fabrique de la ville ».

PROMESSE DE MILLIERS D'EMPLOIS

Inventer l’avenir d’un territoire en lien avec tous ses acteurs etconcrétiser des projets en jouant collectif.C’est dans ce même état d’esprit que les élus dela Communauté d’Agglomération du Val d’Orge, les communes du Plessis-Pâté et de Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne ainsi que leurs partenaires ont signé en 2012, le Contrat de Redynamisation du Site de Défense qui traduit les actions et les financements pour la reconversion du site de la Base Aérienne 217. L’objectif ? Créer plusieurs milliers d’emplois sur le territoire à l’horizon 2025 afin de rapprocher lieu de vie et lieu d’activité professionnelle.À la croisée de plusieurs filières, clusters et centres de recherche reconnus dans le monde, la Base aérienne 217 commence à attirer des entreprises provenant de domaines divers en lien avec la recherche et l’innovation et en complémentarité avec les réseaux de recherche existants. L’objectif est de renforcer l’attractivité du territoire en valorisant les activités de recherche, technologiques et en favorisant le développement de filières spécialisées (sécurité défense, drones...). Pour Shehzaad Calachard, concepteur et fabricant de drones,« il y a en Ile-de-France beaucoup d’acteurs économiques intéressés par ces activités naissantes en plein essor, encore fallait-il un lieu pour que l’on travaille ensemble de la production à la formation avec l’ouverture de lapremière école nationale de télépilotage de drone ».


Gilles Trichard
Le 23-07-2016
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