Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Dire non à la fatalité

Un « petit enfant de la campagne » qui devient un entrepreneur précoce avec succès : ce n’est pas le synopsis d’un film célébrant le rêve américain, mais un parcours de vie bien réel. Celui de Grégory Hourcadet, aujourd’hui gérant de trois entreprises et de 39 salariés, à seulement 28 ans. Mais surtout celui d’un homme qui a créé sa première entreprise pour embaucher tous ses anciens collègues, licenciés suite à une liquidation judiciaire. Petite(s) histoire(s) d’un self-made-man aquitain.

« Personne dans ma famille n’est entrepreneur »nous confie Grégory, laissant présager que le chemin pour y parvenir n’était pas forcément tout tracé. A 14 ans, c’est un élève (très) indiscipliné : « Je gâchais mon potentiel disaient les profs. Mais je crois que c’est parce que je m’ennuyais ! ». Cela tombe bien, à la campagne il y a toujours de quoi tromper l’ennui, et notamment dans la ferme de son grand-père. A côté du collège, Grégory commence déjà à y gagner quelques sous en mettant la main à la pâte dès qu’il le peut. « Chaque journée travaillée avec lui me permettait de gagner 10 euros. Alors je faisais les vendanges, les maïs, je m’occupais des poulets… Et puis je sortais ensuite faire la fête avec mes cousins plus âgés. Ça m’a fait grandir très vite et, parfois, je sens une culture de vie différente de ceux de mon âge, voire un certain décalage avec ma génération ».

L’établissement scolaire le décourage de suivre des études supérieures ; Grégory suit donc un BEP électrotechnique puis enchaîne avec un BAC Pro électrotechnique. Il fait ses armes sur le terrain avec un artisan local, dans une petite ville de 1000 habitants, qui lui transmet sa vocation. Ses qualités de « bosseur et de consciencieux » permettent à Grégory de gagner rapidement la confiance de ceux avec qui il travaille. « A 18 ans, mon maître d’apprentissage m’a confié son fourgon C15 et je suis parti travailler en totale autonomie chez les clients. Un gamin qui arrive tout seul, ça a fait bizarre aux gens ! »

Afin de continuer à grandir et de creuser le métier dans une plus grande entreprise, Grégory décide de faire son alternance de BTS électrotechnique dans une agence régionale à Pau. En seulement 3 semaines, il rentre au bureau d’études et réalise des plans, des devis, gère des fournitures et suit des réunions de chantiers comme un maître d’œuvre. Une expérience qui aurait pu l’effrayer vu son âge, mais Grégory la voit comme une chance : « J’ai toujours pris la vie à bras ouverts ! En rentrant le soir, j’ai commencé à bûcher les notions de construction du bâtiment afin de comprendre le jargon et pouvoir échanger avec les différents métiers. Ils ont tous été étonnés de voir un jeune qui savait de quoi il parlait… J’y ai gagné une crédibilité énorme et une confiance accrue de leur part ». Les résultats de sa ténacité ne se font pas attendre : au bout d’un an d’apprentissage, Grégory se voit confier la responsabilité d’un chantier d’une salle de sport pour un montant de 35 000 euros. Et accepte de donner des cours au sein de son BTS les 3 derniers mois de son cursus, pour faire profiter de son expérience.

Ensuite, tout s’enchaîne : une embauche en CDI à 20 ans, un changement de poste tous les 6 mois afin de comprendre les process et un apprentissage permanent auprès de son directeur d’agence. Un mentor qui a vite compris que son disciple s’ennuie lorsqu’il n’apprend plus... Au bout de deux ans et demi, c’est le grand bain. Grégory devient responsable de l’agence suite à la préretraite du directeur. Mais le groupe à laquelle l’agence appartient passe en redressement judiciaire fin 2010. C’est le choc pour tous les salariés, y compris pour Grégory qui explique que sur les 9 agences que comprenait l’entreprise, seules 3 étaient rentables, dont la sienne basée à Pau. « La panique commençait à monter dans l’équipe, tout le monde se voyait sans boulot au bout de 6 mois. A Noël, j’ai proposé de ne pas nous éparpiller et de finir tous les chantiers en cours. Et puis je me suis entendu dire que j’allais créer une entreprise et que je m’engageais à les réembaucher ».Dites non à la fatalité et le moral remonte ! Pour respecter sa parole, Grégory suit pendant 3 mois des cours du soir sur la comptabilité, la gestion et les finances en entreprise… et créer Eurelec en juin 2011. « Gérer une entreprise, je n’avais jamais fait ça ! »assure le tout nouvel entrepreneur, qui n’a encore aucun chantier en stock lors du lancement.

Il relance alors des contacts de réseaux rencontrés lors d’un Trophée remporté, et décroche un chantier de 250 000 euros au bout d’un mois de travail acharné. « Avec ce contrat, j’ai pu rembourser une grande partie de mon prêt à la banque pour le fond de roulement et l’investissement, et embaucher quatre de mes anciens collègues avec l’acompte de 30 % ». Les projets commencent à arriver grâce au bouche-à-oreille et Grégory peut de nouveau engager quatre autres anciens collaborateurs en septembre 2011. A la fin de l’année, les douze anciens salariés sont tous réunis dans cette toute nouvelle entreprise d’électricité générale à Pau. « Les douze Apôtres ! » ironise Grégory.

Aujourd’hui, Eurelec compte 30 salariés et propose ses services dans tout le Sud-Ouest, gravitant autour de trois valeurs fondamentales : qualité, dynamisme et réactivité. « C’est un projet parti de l’humain »conclut Grégory.


Laurianne Condette
Le 22-04-2016
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