Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le développement personnel, utile ou futile pour un chef d'entreprise ?

A quoi je sers vraiment ? Pourquoi je suis là ? Aider les chefs d’entreprise à mieux se connaître et faire émerger des conflits internes chez des entrepreneurs qui ne savent plus où ils en sont, c’est tout l’intérêt du développement personnel qui connaît un spectaculaire essor. Pour le pire, mais aussi le meilleur.

A la tête d’une PME dans la région parisienne, Marc a d’abord connu le passage à la taille critique avant de connaître sa propre crise. Stress, tension avec les salariés, crise, réduction d’effectifs, perte de confiance et… le burn-out. Sur conseil d’un ami, il consulte un coach en développement personnel. « Non seulement il ne m’a pas aidé à mettre de l’ordre dans ma tête, mais j’avais l’impression qu’il projetait ses propres angoisses sur moi sans aucune empathie».

DEMANDE TOUJOURS PLUS FORTE

Profil type de ces coachs ? La cinquantaine, anciens managers, ils ont quitté une entreprise jugée contraignante pour voler de leurs propres ailes et s’engouffrer dans une activité prometteuse : le coaching. Mais l’écoute n’est pas donnée à tout le monde et bien souvent ce sont eux qu’ils écoutent. Le client s’épanche, mais ils revivent à travers lui leur propre vécu et des souffrances mal cicatrisées. A peine certifiés, ils prétendent détenir des recettes magiques alors que le travail sur soi est un long apprentissage. Si le développement a ses brebis galeuses, il compte aussi des professionnels qui répondent à une demande toujours plus forte. Se poser, faire le point sur sa vie et retrouver du sens. « La motivation de mon personnel passait par ma propre motivation et la compréhension de mon “vrai” rôle ». De là à confier ses états d’âme à n’importe quel coach… « Je me méfiais des gourous et des coachs pétris de certitudes ».

MIROIR

Jean Michel Provot, directeur général de Cytec, a longtemps cherché l’oiseau rare. Sandra Dal Ferro ne lui a pas vendu une énième « formation à la performance », mais elle lui a proposé de prendre conscience de ce qui est important pour lui et de travailler sur ses potentiels. « Comme il est difficile de porter un jugement sur sa propre conduite, la meilleure façon est d’avoir un miroir, c’est-à-dire une personne de confiance qui puisse vous renvoyer le reflet que vous avez sur les autres». Ancienne cadre dans l’industrie, la directrice d’Atiola Consulting a longtemps partagé le vécu de managers au bout du rouleau « vivant dans l’oubli de soi, le paraître et ses corollaires : l’ennui et le burn-out». Après son licenciement économique, elle n’a pas hésité. Dans son cabinet de Sarreguemines, elle reçoit de plus en plus de créateurs d’entreprises qui disent éprouver le besoin de prendre du recul et d’accorder plus de temps à la réflexion sur eux-mêmes et le sens de leur existence. « La fibre entrepreneuriale ne suffit pas, encore faut-il être bien avec soi même et si c’est le cas, on sera dans une meilleure relation aux salariés, clients et fournisseurs».

BIEN DANS SES BASKETS

Encore faut-il franchir le pas. « Pour les dirigeants d’entreprises, c’est plus compliqué, c’est une remise en question de leur ego, ils se sont construits une identité autour du pouvoir et de la puissance » commente Isabelle Leclercq, conseil en management et communication sur la métropole lilloise. Elle découvre toute une nouvelle génération qui ne comprend pas des entrepreneurs nés, mais des salariés en réorientation. « Ils ne viennent pas en me disant : je veux faire du développement personnel. Je dois les toucher par autre chose que le coaching. Je rentre par d’autres biais — métier, gouvernance, stratégie — et ce n’est qu’ensuite que l’on peut aller sur des questions autour de leur vie et de leurs valeurs ».Effet de mode — comme aller chez son psy à une époque — ou tendance de fond, l’engouement pour le développement personnel est révélateur d’une époque. "Révolu le temps où le chef d’entreprise charismatique était le roi avec des gens qui suivaient, aujourd’hui, le leader montre la direction et doit faire partager une vision, expliqueJean-Michel Mary vice-président Directeur Général de Bollhoff Otalu, premier fabricant d’écrous à sertir en Europe.Cela ne s’apprend pas à l’école, le développement personnel permet d’acquérir des outils pour être mieux dans le savoir-être, mieux gérer son équipe et se comporter avec les autres. Ça ne marche que si l’on est bien dans ses baskets."

EPANOUISSEMENT PERSONNEL ET COLLECTIF

Le développement personnel emprunte autant à la psychanalyse qu’aux techniques de la New Age. C’est d’ailleurs ce qui a conduit l’Ecole de Management de Grenoble à créer une chaire « Mindfulness, Bien Être au travail et Paix Economique ». Pour Christelle Tornikoski, adjointe du Titulaire et Responsable Recherche, le monde économique capitaliste dans lequel nous vivons nous maintient dans un mode d’agressivité, de compétition hors norme qui aboutit à l’aliénation de l’humain et à notre perte de sens. Le développement personnel répond donc à un besoin profond et fondamental de l’humain de se retrouver, de retourner à son mode de fonctionnement normal, l’état dans lequel il coopère avec bienveillance”.


Gilles Trichard
Le 4-07-2016
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