Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


A Nancy, la renaissance d’une avant-garde locale

Olivier Crancée
L’Art Nouveau et ses céramistes, ses verriers, ses ébénistes : Majorelle, Daum, Gallé, Prouvé, le mariage de l’art et de l’industrie, les arts appliqués unis au commerce… Plus de cent ans après la prestigieuse naissance de l’Ecole de Nancy, voilà que cet esprit du patrimoine local, est réinvesti par un sang nouveau, qui redonne des couleurs à l’innovation nancéenne. Comme un hommage aux pères fondateurs ! Un nom symbolise ce renouveau: ARTEM.

Acronyme deArt, Technologie et Management, le projet ARTEM vient du monde de l’enseignement. Inspiré par l’esprit Art Nouveau qui souffle dans la cité nancéenne, il associetrois grandes écoles lorraines qui, en apparence, n’ont rien de commun : l’Ecole nationale supérieur d’arts de Nancy, l’Ecole des mines pour la technologie et l’ICN Busines School pour le management.

Un vrai potentiel de métiers

Tous les ingrédients sont là pour renouer avec une belle histoire d’avant-garde.Objectif de cette alliance?“Relier les savoir faire, les acteurs, les disciplines et favoriser la naissance d’une nouvelle génération de créateurs, à la fois artistes, commerciaux, entrepreneurs, ingénieurs », explique Olivier Crancée,président de France Lanord et Bichaton (FLB), une entreprise familiale qu’il a racheté en 2009. Spécialisée à l’origine dans le béton armé, cette entreprise de restauration de patrimoine plus que centenaire, a croisé celle des Majorelle et des Prouvé. La place Stanislas, l’Opéra de Nancy, leRoyal Monceau, à Paris, la Salle Pleyel… autant de lieux prestigieux qui ont vu les menuisiers et tailleurs de pierre de FLB éprouver leur talent.

«ARTEM est un lieu de rencontre, une opportunité pour capter les compétences locales », soutient Olivier Crancée, qui est aussi vice-président de l’association ARTEM Entreprise. Créée en 2002, l’association regroupe une quarantaine de sociétés lorraines prônant la synergie école-entreprise. Elle s’est jointe aux trois écoles pour soutenir la synergie locale entre l’université et le monde économique. « C’est une chance d’avoir un projet fédérateur d’innovation comme ARTEM, souligne-t-il. Les entreprises locales indépendantes y voient un vrai potentiel de métiers en totale évolution avec leurs besoins, eten prise directe avec les exigences de recherche et développement».

Stimuler l’innovation

ARTEM Entreprise développe ainsi des liens étroits avec les ateliers mis en place en commun par l’Ecole des Mines, l’ENSAN et l’ICN. Dans ces sortes de laboratoires d’idées et de coopération interdisciplinaire, les étudiants planchent sur des thématiques diverses. Tout le monde, étudiants comme enseignants, est invité à pratiquer le travail collaboratif et à changer ses habitudes. Ainsi les élèves-ingénieurs peuvent s’initier à la création esthétique, les artistes s’improviser commerciaux et les apprentis managers s’adonner au marketing. De ce brassage des sensibilités et des compétences nait des profils de métiers transversaux que les membres d’ARTEM Entreprises ont vite fait de repérer.

“ Les étudiants de ces ateliers nous apportent un autre regardsur le plan technique, mais aussi sur le plan marketing et plastique, ajoute Olivier Crancée. La rencontre génère des résultats concrets, stages, formations, soutien aux projets d’étudiants”.En relation avec l’Ecole nationale d’art, sa société n’a pas hésité à accueillir une artiste en résidence pendant une année. “Cette approche de co-construction nous permet de développer de nouvelles compétences et de stimuler l'innovation.L’ouverture favorise le progrès de nos métiers. Ce bénéfice nous tire vers l’excellence et nous pousse vers des projets nouveaux que nous ne soupçonnions pas. Par exemple: réutiliser des matériaux, comme la fibre de verre ou le carbone, intégrer des techniques comme les planches usinables, la peinture numérique, ou le prototypage”.

Profils adaptés aux réalités des PME

Lors de réunions mensuelles ou à l’occasion d’expositions, les partenaires d’ARTEM rencontrent les enseignants. « C’est l’occasion de dialoguer et de mieux connaître les diplômes, ajoute Olivier Crancée. Si j’ai besoin de compétences en innovation, je sais où les trouver à Nancy ». Avant d’entretenir ces relations, les membres d’ARTEM Entreprises n’osaient même pas regarder du côté des écoles. Trop élitistes ou trop formatées ! “L’école des Mines, par exemple, ce n’était culturellement pas pour nous. On pensait que ces profils n’étaient pas adaptés aux réalités des PME ”. Aujourd’hui, lui comme ses homologues voient bien, avec la pluridisciplinarité du modèle ARTEM, tout le bénéfice qu’il peut tirer de la polyvalence de ces étudiants : “Les jeunes sont intéressés par l’innovation. Ils commencent à savoir qu’ils peuvent exprimer leur talent et leur créativité dans les PME régionales et pas seulement dans les enseignes nationales. Ils font de bons chefs de projets”.


Yan de Kerorguen
Le 1-11-2016
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