Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L'insatisfaction au travail coûte cher

Vigie, le système de veille de l’association Futuribles, a effectué une synthèse d’une série d’études récentes sur le climat social dans les entreprises. Dans les entreprises françaises privées de 100 collaborateurs ou plus interrogées par la Cegos fin 2014, le climat social se serait fortement dégradé entre 2013 et 2014. Les collaborateurs « fiers » de travailler dans leur entreprise sont passés en un an de 55 à 48 %.

Tendances corroborées par une enquête menée en janvier par Cadremploi.fr auprès des entreprises de 20 salariés aux plus de 5000 : « 45 % des cadres estimaient se sentir mal dans leur entreprise. » 45 % n’étaient pas « fiers de leur entreprise ». Plus grave encore, un cadre sur trois parlait disait du mal de son entreprise à l’extérieur.

Frustration d’écoute et de reconnaissance

Ce désaveu massif des entreprises par leurs cadres n’est ni spécifiquement français ni nouveau. Il apparaissait déjà en 2010 dans une étude de Forester sur de grandes sociétés de 7 pays. Mais le Baromètre Ipsos-Edenred a montré qu’en janvier 2014, les salariés des secteurs public et privé étaient globalement plus satisfaits de leur qualité de vie au travail en Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique et surtout en Suède qu’en France et Europe du Sud. Les salariés français étaientles plus nombreux (38 % contre 22 % de Suédois) à sentir baisser leur motivation ; ils étaient les plus mécontents en matière de reconnaissance (52 % contre 46 % en moyenne européenne), de respect (43 % contre 33 %). L’étude Cegos le confirme : les salariés français voudraient en premier que les managers sachent reconnaître les succès et féliciter leurs collaborateurs, puis « prendre du temps avec l’équipe » pour écouter, aider, et « faire confiance et donner le droit à l’erreur ». Or, seuls 39 % des collaborateurs estimaient fin 2014 avoir « une vraie latitude d’action dans leur travail » ; ils n’étaient que 43 % à trouver que l’organisation leur « permettait un travail de qualité » et 47 % à « comprendre l’intérêt des méthodes et procédures qu’on leur demande d’appliquer ». Et si la moitié reconnaissait avoir des « objectifs et priorités clairement définies », ces objectifs n’étaient déclarés « réalistes et atteignables » que par moins d’un salarié sur deux.

La majorité des salariés a donc l’impression de ne pas bien travailler, notamment à cause de procédures inadéquates ou de consignes méconnaissant des contraintes pratiques. L’étude de la Cegos montre également que les directions opposent plus souvent les parties qu’elles ne promeuvent les synergies. Cela dégrade l’intelligence collective, résultante, selon nos travaux, de la qualité des interactions humaines.

Niveau record des risques psychosociaux

Le baromètre Cegos signale un « stress régulier dans le travail », subi par plus de la moitié des collaborateurs et deux tiers des managers français, avec un impact jugé par eux massivement négatif pour leur santé. Un quart des salariés aurait vécu un problème psychologique, incriminant, en ordre décroissant, une surcharge de travail, l’organisation du travail, des changements incessants dans l’entreprise, un manque de soutien, l’isolement, les pressions de la hiérarchie. Les risques psychosociaux « atteignent des niveaux record » en France.

« L’insatisfaction au travail coûte cher » constate la Cegos, présentéisme passif, absentéisme, arrêts de maladie abusifs... Les risques psychosociaux aussi coûtent cher, directement et indirectement. Spécialiste du sujet, Mireille Julien décrit des directions obsédées par la productivité immédiate, mais loin des réalités de terrain, fixant des objectifs toujours plus ambitieux, imposant des procédures à des salariés dont le mal-être croît. Cela dégrade qualité de vie au travail et performances. Les managers souffrent, pris entre la pression des directives et la fragilité croissante de salariés. Or l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la qualité de vie au travail (QVT) de 2013a fait l’objet d’un arrêté ministériel en avril 2014. Il y a donc en plus des risques juridiques. Les DRH sous-estiment largement le mal-être dans la majorité des entreprises françaises comme dans la plupart des pays : ADP Research Institute affirme que « le fossé entre les RH et les salariés n’a jamais été aussi grand ». Surtout dans les sociétés de plus de 50 salariés.

La note de Futuribles rapproche la dégradation du climat social et les nombreuses études faisant le lien entre qualité de vie au travail et performances économiques. La conclusion est évidente : l’organisation cloisonnée, le management taylorien et la pression du court terme dans beaucoup d’entreprises coûtent cher à la compétitivité française. Il est urgent qu’un modèle à la fois vertueux et efficace se répande davantage, car les « bons » entrepreneurs comme l’ensemble des contribuables souffrent des conséquences du « mauvais » management.


André-Yves Portnoff
Le 16-02-2016
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