Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Californie : des entreprises à la recherche de l'or vert

Eoliennes de Californie du Nord
Si les médias ont largement relayé cet été les immenses feux de forêt en Californie, peu ont mis en avant les efforts des entrepreneurs en faveur du climat. Les Californiens s’investissent pour faire de leur faiblesse climatique une opportunité économique et les entreprises ne cessent d’innover et d’étonner.

La sécheresse endémique subie par la Californie impacte lourdement son économie. Pour la seule année 2015, on estime que les conséquences se chiffreront à 1.84 milliard de dollars et au moins 21 000 chômeurs supplémentaires[1]. Dans l’état américain le plus riche, ce sont aujourd’hui les opportunités liées au climat et non plus l’or qui attirent les pionniers.

Impulsion politique et pragmatisme économique

Le gouverneur Jerry Brown incarne cette mobilisation écologique. Il promeut une législation verte et se pose en chef de file des acteurs non étatiques (villes, régions, entreprises, investisseurs) dans la lutte pour le climat. Il a d’ailleurs ratifié en mai dernier l’accord « Under 2 MoU[2] » qui prévoit des réductions drastiques d’émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, CARB, l’agence californienne de protection de l’environnement, ambitionne de n’offrir, à l’horizon 2030, que des véhicules zéro émission chez les concessionnaires californiens. Los Angeles tente de sauvegarder ses réservoirs en y déversant des millions de balles remplies d’eau censées bloquer les rayons du soleil et ainsi empêcher l’évaporation. Quant à la ville de San Francisco, elle s’est fixée de recycler 100 % de ses déchets d’ici 2020.

Dans leur sillage, 86 % des entreprises californiennes ont intégré le changement climatique dans leur stratégie. Si on peut saluer cet engagement, il faut bien avouer que les opportunités d’affaires se révèlent très séduisantes. Secteur économique ayant la plus forte croissance, la technologie verte propose des emplois bien rémunérés, avec de belles perspectives de carrière. Les entreprises californiennes ne choisissent donc plus entre protection de l’environnement et croissance économique. Cette prise de conscience économico-écologique va permettre de créer des emplois dans la R&D, le développement de nouveaux produits, l’industrie, les ventes, l’installation et la maintenance, mais également la formation et le management. De nouvelles entreprises vont voir le jour et elles créeront des produits améliorant la planète, faisant baisser les factures énergétiques, offriront des emplois, un cercle vertueux qui bénéficiera à tous les Californiens. On estime d’ailleurs que cette orientation verte a déjà permis à Los Angeles et San Diego de récupérer tous les emplois perdus durant la récession.

Innover pour une économie durable

Les projets d’investissements et d’innovation se multiplient et chacun rivalise d’ingéniosité pour préserver l’or bleu californien. Dans la Silicon Valley, un data centre moyen de 15 mégawatts consomme chaque année autant d’eau que trois hôpitaux. Les entreprises cherchent des solutions pour réduire leurs besoins. Microsoft éteint ses climatiseurs lorsque la température extérieure est trop élevée, Twitter construit des puits et Google récolte les eaux de pluie.

Dans le monde climatosceptique de la mode, les fabricants de jean s’essaient à des modes de production plus responsables. Le délavage d’un jean requiert de 42 à 150 litres d’eau par paire. Blue Creation a investi dans des machines à délaver à l’ozone. Malgré un coût d’achat plus élevé, la consommation d’eau est réduite de 50 %. Tara St James, une jeune designer, a abandonné le coton, dont la culture nécessite beaucoup d’eau, pour proposer des vêtements en lin, en chanvre ou en polyester recyclé.

L’argument des économies sur les factures d’énergie interpelle le consommateur ; les entreprises n’hésitent plus à l’utiliser à des fins promotionnelles. Ainsi, le secteur de la bière, dont chaque once (28.35 grammes) nécessite un gallon d’eau (3.8 litres). Les brasseries Shock The Top, majoritairement implantées en Californie et considérant avoir une responsabilité dans la sécheresse, ont décidé d’agir. Après avoir revu leur process de production, elles soutiennent financièrement le projet Drock-a-brick (placer une brique en mousse dans les toilettes afin d’économiser l’eau sur chaque chasse) à hauteur de 100 000 dollars et incitent leurs clients s’inscrire dans la démarche.

Quant aux start-ups, elles rivalisent d’idées pour créer des produits ou services réduisant les impacts environnementaux des citoyens. Par exemple, Nebia a récolté 1.5 million de dollars en financement participatif pour produire et commercialiser un pommeau de douche qui consomme 70 % d’eau en moins. Annie Notthoff, de NRCD (Notural Resources Defense Council), une ONG environnementale puissante aux Etats-Unis : résume bien l’état d’esprit des acteurs économiques : « La Californie est aujourd’hui la preuve vivante que protection de l’environnement et économie en bonne santé vont de pair. Notre politique environnementale est sans aucun doute un des moteurs de notre prospérité. »



[1] Rapport de l’UC Davis Center for Watershed Sciences.

[2] Initiative, mise sur pied par la Californie et le länder allemand du Bade-Wurtemberg, regroupant dix-huit gouvernements qui se sont engagés à poursuivre leurs efforts pour limiter l'augmentation de la température planétaire moyenne sous la barre des 2 °C.


Nathalie Garroux
Le 23-08-2016
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