Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Bastoun Talec : persévérer dans son être

Certaines cartes postales peuvent changer votre destin. A son quinzième printemps, Bastoun envoie à l’un de ses amis un de ces petits morceaux de papier cartonné que l’on affectionne tant recevoir, et qui consigne son rêve « d’éclairer la cité des lumières de nos fulgurances publicitaires.

Grâce à une autre carte postale décalée envoyée à la DRH du groupe Le Duff, entreprise française à l’origine entre autres de Brioche Dorée, Bastoun se retrouve à la tête d’un bureau de représentation commerciale de 5 personnes à Londres. Mais alors qu’il est sur le point d’accepter une mutation à New York pour y faire valoir les viennoiseries haut de gamme de l’entreprise, il reçoit de son ami Vincent la carte d’antan griffonnée de quatre mots sibyllins : “J’ai un projet, CSUPER !”

“On va créer une agence ; elle s’appelle CSUPER !” lui explique de vive voix son futur associé. Bastoun est conquis : “Cette formule m’a énormément fait rire, surtout à l’idée de décrocher le téléphone 365 jours par an avec un joyeux ‘bonjour, CSUPER ! ». C’était un vrai pied de nez à la profession infatuée dans des acronymes égocentrés ! Et puis c’était un nom qui faisait aussi de nous une agence publique plus qu’une agence de publicité”.

Ils se lancent alors, sans aucun des trois atouts fondamentaux qui maximisent les chances de succès : ni capital, ni client, ni savoir-faire. “Je dépensais une énergie folle pour ne pas me désintégrer mais plutôt faire corps avec la chute qui nous précipitait. Je sortais peu, je mangeais des pâtes, j’ai mis l’amitié entre parenthèses”. Au bout d’un an et demi de steppes, l’invention de l’agence, la communication alternative, rencontre enfin quelque écho. En pleine élection présidentielle de 2002, Bastoun et Vincent dynamisent la communication de la marque Frolic en présentant un “candidalmatien” aux “caninentielles” dans une campagne d’affichage de rue à hauteur de chien. Pour convaincre le patron des relations extérieures du groupe Mars Inc., les deux associés déboulent au rendez-vous avec un beau dalmatien en clamant : “Nous avons le plaisir de vous présenter notre futur Président”. Lequel aboie, renverse les cafés… Mais ils signent là leur première opération d’envergure ! C’est le début d’une aventure entrepreneuriale caractérisée, selon Bastoun, par “une amplitude de plaisirs et de déplaisirs maximale”. Comme toutes les histoires d’entreprise, relativise-t-il.

Quatorze ans plus tard, Bastoun accommode sa vie de deux ingrédients magiques : le rire intellectuel et le fait de “persévérer dans son être”, selon la formule de Spinoza. Il résume sa mutation entrepreneuriale d’un poème : “Les oiseaux dans le ciel décrivent des cercles/ Et comment font-ils ? / Ils tombent/ Et en tombant il leur pousse des ailes.” “Car les histoires d’entrepreneurs commencent mal, en général”. Encore un (re) vers poétique et rieur qui fait l’étoffe de l’entrepreneur !

Laurianne Condette
Le 2-02-2016
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