Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Ecologie : aller vers une transition douce et réaliste

Stéphane Ledentu
Stéphane Ledentu qui expérimente l’« éconologie » au Brésil. Concilier souci écologique et performance économique. C’est le pari de SLB, présente dans le domaine de l’activité forestière depuis plus de 25 ans (exploitation forestière et négoce de bois). Basé à Caen (Calvados) et à Torigni-sur-Vire (Manche), Stéphane Ledentu se rend régulièrement dans l’Etat du Paraná, au sud du Brésil pour surveiller ses 1800 hectares de plantations d’eucalyptus surveillées par des drones.

« Alors que j’avais 23 ans, mon grand-père me fit couper des arbres auxquels j’étais attaché. A cet instant, je me suis dit qu’un jour, j’en planterai» se rappelle le responsable de SLB do Brazil, filiale de son entreprise familiale. Sauver le poumon du monde, ce Normand s’y attelle avec ses 15 fermes de plantations. En développement des forêts dites « palliatives » ou « de substitution», il pratique une « écologie réaliste». « Le commerce oui, mais dans une démarche de développement durable ».Il nous explique qu’àpartir du moment où des terrains sont acquis, les forêts naturelles sont préservées. « Cela permet de maintenir la biodiversité». S’enfonçant dans des herbes hautes, équipé de guêtres pour éviter les morsures de serpents, Stéphane Ledentu vient contrôler ses « placettes » (surfaces de collectes de données). Arbres bien alignés, numérotés, élagués : rien n’est laissé au hasard. Le créateur de forêts jubile. « Regardez, ici, c’était des terres à vaches, maintenant il y a des arbres de plus de 30 mètres de haut en 5 ans qui répondent aux normes FSC (Forest Stewardship Council, label sous le contrôle de WWF et Greenpeace qui assure que la production de bois ou d’un produit à base de bois respecte la gestion durable des forêts.

A ses côtés, il y a Olivier, un ingénieur forestier qui fait une analogie avec les potagers. “Nous veillons à la respiration entre les arbres pour qu’ils ne se gênent pas durant leur croissance”. Juarez, en charge du suivi de la production, sort son mètre “Avec un chêne, il faudrait 40 ans pour arriver à ce diamètre !”. Ingénieur agronome passé par l’université de Curitiba, à quelques encablures, Henrique insiste sur les emplois locaux (forêts, correction des sols, routes…).“Nous freinons l’exode rural et évitons que des individus partent vivre dans les favelas de Sao Paulo, c’est la dimension sociale du développement durable”. Quant à Juliana,diplômée de l’Université du Paraná et passée par l’École Supérieure du Bois de Nantes, ellerenchérit : “Nous avons créé 400 emplois, car la filière du bois est plus porteuse d’emplois que l’agriculture”. Et d’exprimer sa fierté “de voir ces arbres qui ont grandi et permettentde réduire la pression sur les autres forêts naturelles du monde, dont celle d’Amazonie».

Parlant tous un français impeccable, cette équipe de Brésiliens fait partie de l’aventure qui a démarré en 2009 autour dunégociant en bois."Dans les années 90, j’ai commencé à exporter du bois vers les pays asiatiques et j’ai vu l’ouverture progressive de ces pays avec l’augmentation rapide des besoins, ce qui m’a fait prendre conscience que les forêts n’allaient jamais tenir le choc". Pour son projet de ‘forêt raisonné’, le Brésil est le pays idéal, car ce pays émergent a importé les dispositions du droit portugais, une législation à l’Européenne.L’idée est de racheter des parcelles agricoles mises en vente en respectant les procédures d’acquisition et de les transformer les unes après les autres en autant de forêts permettant de combler les besoins locaux en bois et aussi pour en exporter.Il a opté pour ce bois à croissance rapide en raison de l’urgence pour répondre à la demande mondiale liée à la démographie.SLB se démarque en faisant des arbres de haute qualité destinés a toutes les phases de transformationparce qu’il arrive à maturité en seulement 12 ans et peut être exploité dès quatre ans.C’est tout le sens de sa démarche qu’il qualifie d’”éconologique ». Derrière ce néologisme, une conviction. “C’est un concept venu du Canada qui signifie qu’on ne fera pas progresser la cause écologique en faisant des dons ponctuels, mais en prouvant que derrière les projets environnementaux il y a une véritable raison d’être économique”.Cette approche “éconologique” est pour l’instant unique au monde. “Peut-être parce que je suis le premier à en avoir eu l’idée”, note-t-il. Comme il le précise : “Nous sommes dans l’urgence, il nous faut répondre à la demande mondiale tout en préservant nos forêts primaires”.

Cette approche séduit de plus en plus d’investisseurs. “Des co-investisseurs – précise-t-il, car nous les associons dans nos sociétés à raison d’une par ferme de plantation [78 % pour l’investisseur, 20 % pour SLB, 2 % pour les associés brésiliens]SLB fournit aux entreprises qui investissent dans ses projets une méthodologie précise qui leur permet de déterminer le nombre d’arbres à planter. ‘L’équation est simple : plus vous plantez d’eucalyptus, plus votre Participation Climat est forte’. La marque ‘Econologic Program’ atteste que la société, en plantant 1 000, 10 000, 100 000 arbres s’engage dans la compensation volontaire de CO2.Qui sont ces co-investisseurs ? ‘Ce sont exclusivement des personnes privées et averties en quête d’investissement socialement responsable». Baptisé SLB Brazil Econologic Fund, un fonds d’investissement agrée parl’AIFMD [Alternative Investment Fund Managers Directive]est en place pour accueillir des investisseurs à partir de 125 000 euros. Sans donner les noms, Stéphane Ledentu précise qu’il y a ‘des personnes d’Europe du Nord où l’écologie est fortement enracinée, mais aussi des Français ». Parmi eux, Claude Perouse [Hypermarchés Leclerc] qui a co-investi dans la ferme ‘Marambaia’. "Dans un pays soumis à déforestation, c’est un engagement de citoyen du monde et économiquement c’est économiquement rentable compte tenu de la vitesse du retour sur investissement". Fleurant le bon filon marketing, des industries polluantes — notamment dans le secteur de l’énergie — ont déjà manifesté un intérêt pour ce programme. Afficher cette marque leur permet de cultiver une imaged’entreprise écoresponsable auprès des clients."L’écologie est l’affaire de tous et ce qui compte, c’est d’aller vers une transition douce et réaliste’. Avec l’‘éconologie’, Stéphane Ledentu veut faire des émules. Avec son bon sens de Normand, il appelle ça : ‘la preuve par les faits"


Gilles Trichard
Le 15-12-2015
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