Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


5 clés de succès pour mettre le design au service de l’action publique

Accueil des administrés dans une mairie, image employeur d’un groupement de PME, plan de mobilité propre sur un espace donné : le design est de plus en plus présent dans la réflexion prospective des territoires. A l’épicentre de toute réflexion : la question des usages.

Le territoire, objet de design. Voilà qui peut surprendre. Du design, on connaît les déclinaisons mobilière et industrielle, visant la création d’objets dans une double intention fonctionnelle et esthétique. Mais un design « territorial »… Et pourtant, les designers sont de plus en plus nombreux à élaborer des méthodes et des outils dans ce sens. « L’objectif est de redonner du sens à l’action publique en imaginant de nouvelles modalités d’interaction entre les administrations et les différents acteurs de la vie des territoires, à commencer par les citoyens », souligne Antoine Fenoglio, cofondateur de l’agence de design Sismo.En Belgique, le Comité des Régions se sert du design pour repenser le concept de gouvernance territoriale, perçu comme trop bureaucratique. Au Danemarkle design est utilisé pour réinterroger les pratiques d’achats durables des territoires, jugées contre-productives. En France, la 27e Région met le design au service de la réflexion prospective des collectivités territoriales. Par l’ampleur de leur portée, toutes ces approches requièrent des outils éprouvés, ainsi qu’un solide cadre méthodologique.

1) « Design thinking » en mode projet

Le design territorial est une déclinaison directe du « design thinking », une méthodologie d’innovation participative développée dans les années 80 à Stanford. Il s’agit d’un design ouvert et dynamique, où l’observation, le questionnement, la concertation prévalent sur l’objet produit et sur sa dimension esthétique. Un design au service de projets à vocation fonctionnelle et collective :améliorer l’accueil des usagers dans les bureaux de poste, stimuler et développer l’open innovation au sein d’un cluster de PME, refonder le positionnement et l’identité d’un établissement culturel, susciter de nouvelles habitudes de déplacement sur un territoire donné...

2) L’usager au cœur des enjeux

Alors que la prospective classique anticipe des développements possibles, le design territorial s’attache à raconter comment on voudrait (ou pas) vivre (au sens expérientiel) le monde de demain. «La question des usages est centrale. Les utilisateurs sont considérés comme les éléments pivots de la démarche, clés indispensables à la compréhension des enjeux et à l’élaboration des solutions »,explique Antoine Fenoglio. Le design territorial démarre toujours avec une même question : comment un usager, dans une situation donnée, va utiliser un produit, apprécier un service, s’emparer d’une offre territoriale ?

3) Une dynamique pluridisciplinaire

Il s’agit dès lors de réunir des intervenants rompus à l’observation des usages :sociologues, architectes et urbanistes, spécialistes des réseaux sociaux, vidéastes-ethnologues, journalistes, philosophes, etc. Et puisque l’usager est à la fois objet et sujet de la démarche, il faut également mobiliser autant d’acteurs de terrain que nécessaire :techniciens, agents, commerçants, consommateurs, chefs d’entreprise, citoyens... Le design territorial est une approche foncièrement pluridisciplinaire.

4) Une immersion à répétition

Dans l’action publique, le résultat d’une réflexion n’apparaît véritablement qu’après un cycle assez long. En design de service, tout repose sur la rapidité. Il faut produire des prototypes très tôt dans le processus, pour tester, puis tester encore.Compréhension des usages oblige, ce design de services a recours au principe de « résidence », installantsur le terrain (quartier, village, gare, lycée, université, etc.) ses équipes interdisciplinaires. Lorsque la 27e région a travaillé pour la région Champagne-Ardenne sur « le lycée à haute qualité humaine », l’équipe est ainsi allée dormir à l’internat d’un lycée.

5) La scénarisation permanente

L’un des grands atouts du design consiste dans la multiplicité des formats qu’il autorise, là où le consulting ou la prospective nécessitent la production de rapports souvent massifs, le design est adepte de pastilles visuelles : maquettes, dessins, collages, prototypes, infographies, storyboard, vidéo. Tout ce qui peut nourrir la scénarisation des projets est bon à prendre. Dans le cadre d’une concertation prospective sur les visions de son territoire à l’horizon 2030,la région Nord-Pas-de-Calais a ainsi produitsix vidéos, intitulées « Ma vie de ch’ti en 2030 », qui racontaient toutes l’histoire d’un personnage fictif représentant un usager. Des vidéos délibérément « bricolées », recourant à des collages et hachurées par un montage visible, pour ne pas figer les situations dans récit lisse et réaliste.


Muriel Jaouen
Le 21-12-2016
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