Août 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’empreinte eau : nouveau défi pour les PME ?

Le grand cycle de l’eau, tel est le grand défi du futur. Ressource vitale pour la vie quotidienne des individus, l’or bleu est indispensable au bon fonctionnement de la vie économique et de la compétitivité des entreprises, notamment dans l’agriculture et dans l’industrie. Or, la planète manque d’eau. La rareté de l’eau et la dégradation de sa qualité risque de s’amplifier avec le changement climatique. Certains experts avancent que, d’ici quelques dizaines d’années, la ressource hydrique pourrait ainsi être aussi chère que le pétrole si l’on ne trouve pas le moyen d’appliquer une gestion raisonnée. L’année 2015 a été, avec l’organisation de la Journée mondiale de l’Eau et le 7e Forum Mondial de l’Eau, l’occasion de mesurer les urgences économiques et humanitaires que représente cet enjeu.

« L’empreinte eau », un indicateur clé

La question de l’eau est encore relativement méconnue des entreprises, sujette à beaucoup de controverses.«Le faible coût de l’eau et sa disponibilité ont fait que l’eau n’a pas été une priorité pour les entreprises, par rapport à la réduction des émissions de CO2 et les économies d’énergie » explique Annabelle Prin-Cojan, responsable du Pôle Environnement de l’EpE (1).Au même titre que les Etats, les entreprises ont donc la responsabilité d’augmenter leurs efforts. La concentration des populations et des activités autour des ressources en eau douce crée des pressions supplémentaires, amenées à s’accentuer avec les effets du changement climatique, souligne l’EpE dans un guide (2) paru en avril 2015.Pour Bernard Guirkinger, ex-directeur de l’eau chez Suez-Environnement et membre du CESE (3), la cause de l’eau est cependant passée dans les mœurs. « La RSE, la législation et les Agences de l’eau ont fait leur œuvre. Les entreprises françaises sont plutôt vertueuses.Qu’il s’agisse des stations d’épuration, de la limitation de la consommation, de la gestion des risques de pollution, beaucoup de progrès ont été accomplis ».

Ce qui est relativement nouveau est l’apparition de la notion d’« empreinte eau» (via le Water Footprint Network) qui se dessine, sur le plan mondial, en parallèle à l’« empreinte carbone» pour réduire les gaz à effet de serre. «L’objectif de cet indicateur est d’avoir une vue d’ensemble et de connaître les impacts globaux des prélèvements et des rejets des industries et de ses produits sur la disponibilité en eau et sur la qualité des milieux et des écosystèmes qui y sont associés,précise Annabelle Prin-Cojan.La vocation du guide de l’EpE est dedonner une méthodologie de mesure de l’empreinte eau, illustrée d’exemples concrets. »

Les PME sont-elles concernées par ce défi ?

« Dans l’absolu, tout le monde est intéressé par la gestion de l’eau, répondSébastien Humbert,directeur scientifique et co-fondateur de Quantis. Les PME et les consommateurs, tout comme les grandes entreprises ». Pour ce dernier, « il faut cependant faire une distinction entre d’une part : l’empreinte eau qui permet d’identifier et de choisir dans la chaîne des fournisseurs d’une entreprise, laquelle des alternatives consommera ou polluera le moins, et d’autre part : la gestion de l’eau sur un site de production, et les obligations normatives auxquelles l’entreprise locale est tenue ».Il y a donc, grosso modo, une vision purement stratégique et quantitative du problème : réduire la consommation. Et une conception surtout qualitative : le traitement de la pollution.

Adopter une méthodologie de l’empreinte eautout au long de la chaîne d’approvisionnementa un coût. Or les petites entreprises possèdent rarement un poste dédié à la fonction Environnement. Faute de moyens. « Pour une PME, ce n’est pas encore rentable, indique Sébastien Humbert. On est au début de l’aventure. Il faut qu’il y ait un réel retour sur investissement pour que l’empreinte eau soit justifiée économiquement.Par exemple, que son activité repose sur une niche locale à vocation écologique, et que son pool de consommateurs soit suffisamment large et exigeant afin que la PME évite de mettre en péril son outil marketing “vert” ». Bernard Guirkinger se dit réservé sur la pertinence de l’empreinte eau. « La responsabilité de toute entreprise, c’est de prendre en compte la qualité du rejet de l’eau usée dans la nature. Sur ce plan, les PME ont, en vingt ans, réduit les risques de pollution ». Bref, on peut emprunter beaucoup d’eau à la nature pourvu que l’eau usée soit traitée et la circulation assainie.

L’eau, une cause désormais entendue

Plusieurs initiatives ont récemment mis en évidence la mobilisation des PME. Ainsi la plateforme européenne WssTP a organisé, en juin 2015, la 2e édition des Trophées des P.M.E européennes, dans le cadre de la conférence annuelle Innovation de l’eau, Europe 2015.Ces Trophées sont destinés aux P.M.E ayant développé des solutions innovantes ou des technologies de gestion des ressources en eau.De son côté, le Global Compact France a initié en avril 2015, un « Club PME Climat » destiné à faire amorcer une action collective de PME (et ETI) pour constituer unespace de dialogue, d’échangeet valoriser les innovations dans la lutte contre le réchauffement climatique.Enfin, grâce à la norme ISO 14046 « Management environnemental Empreinte eau », parue en juillet 2014, il sera plus facile de piloter de façon optimale l’usage de l’eau, dans le temps. Cette norme jette les bases et les principes d’une méthodologie commune. Une norme plus récente, l’ISO 14073,vient la compléter en fournissant des exemples de calcul de l’empreinte eau.



(1). Entreprises pour l’Environnement

(2). « Mesurer et piloter l’eau ».

(3).Conseil économique, social et environnemental


Yan de Kerorguen
Le 5-01-2016
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