Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


5 formes démocratiques pour l’entreprise

Dans l’entreprise comme en politique, la démocratie ne se résume pas au droit de vote. Elle repose sur des principes gradués de partage et de concertation et s’exerce au travers de statuts divers, plus ou moins formalisés.

Entreprise et démocratie… Un dialogue aussi complexe qu’ancien, qui accompagne la pensée gestionnaire depuis l’avènement de l’entreprise industrielle. Aujourd’hui encore, n’associe-t-on pas aisément le renouveau entrepreneurial au concept de démocratie ? Mais n’est-ce pas aller un peu vite en besogne ? Entreprise et démocratie sont-elles seulement compatibles ? Et jusqu’où ?

Si l’on définit la démocratie comme un régime politique, conditionné par des principes fondateurs et des règles spécifiques de fonctionnement, sa transposition au monde de l’entreprise requiert elle aussi certains déterminants de gouvernance et d’organisation.

On peut par exemple considérer que l’introductiond’institutions représentatives du personnel (délégués du personnel en 1936, comité d’entreprise en 1945, reconnaissance de la section syndicale dans l’entreprise en 1968) constitue une immixtion progressive de démocratie représentative. On peut également voir dans le droit à la libre expression (lois Auroux en 1982), et dans certaines formes d’organisation du travail (groupes semi-autonomes, Lean, cercles de qualité, management participatif...) autant d’essaimages de démocratie directe.

Pour autant, dans la très grande majorité des cas, ces expressions démocratiques ne remettent pas en cause la dimension «autocratique » des entreprises, dont la gouvernance reste entre les mains d’un collège élitaire : conseil d’administration, du directoire, ou comité de direction. L’entreprise démocratique stricto sensu appelle des modes spécifiques d’organisation et de partage du pouvoir, que l’ont peut regrouper en plusieurs grandes familles.

  1. 1 - La coopérative (et/ou mutuelle)

La gouvernance coopérative repose sur deux grands principes. Premièrement, les chefs sont élus. « Cela change tout.Non seulement les patrons disposent d’une plus grande légitimitéà décider, mais les salariés sont totalement responsabilisés par rapport au développement de l’entreprise », soutientStéphane Comar, directeur d’Ethiquable.Deuxièmement,chaque individu, quelle que soit sa contribution capitalistique et sa fonction hiérarchique, a un pouvoir de vote égal à celui de tout autre, selon la règle du« un homme égale une voix ».Les associés qui détiennent ce pouvoir électifsont soit les salariés (Scop), soit desentrepreneurs (coopératives agricoles, coopératives de commerçants),soit les clients (banques coopératives et mutuelles d’assurance).

L’idée coopérative a inspiré des expressions comme « groupement de personnes », « société de personnes » ou « association de personnes », souvent utilisées pour qualifier les entreprises et structures du secteur de l’économie sociale et solidaire, dont la vocation, tout comme celle de la démocratie, est l’émancipation des individus.«Lorsque des salariés créent ou reprennent leur entreprise en Scop, c’est pour exercer collectivement leur métier et progresser ensemble. Il y a là une véritable culture de l’émancipation sociale et professionnelle », soulignePatrick Lenancker, président de la Confédération générale des Scop.

  1. 2 - La participation

Cette forme de démocratie dans l’entreprise est à géométrie variable. Pas de définition statutaire unique, pas de modèle de gouvernance ou de fonctionnement précisément arrêté. Il s’agit plutôt d’un cadre ouvert, tolérant des déclinaisons diverses, avec pour commun dénominateur le partage de l’avoir, du savoir et du pouvoir. La participation se veut un chemin médian entre l’individualisation des systèmes managériaux aujourd’hui dominants et le collectivisme du modèle autogestionnaire. La participation est parfois qualifiée d’« associationnisme ». La Société à gestion partagée (SAGP) s’inspire de ce modèle.

  1. 3 - L’actionnariat salarié

C’est la déclinaison la plus courante de la participation. Elle porte sur le partage de l’avoir, mais n’induit aucune participation des salariés aux instances décisionnaires (pouvoir, savoir) de l’entreprise. En outre, l’assimilation à une expression démocratique reste assujettie à l’importance effective de cet actionnariat. Selon Gérard Lafay, économiste etprofesseur à l’université Paris II,« les salariés ne commencent à peser vraiment dans une entreprise que lorsqu’ils détiennent au moins 10 % de son capital ».

  1. 4 - L’intra-entrepreneuriat, ou gestion autonome d’activités

Il ne s’agit pas ici de partager le capital, mais de disséminer le pouvoir pour le rendre librement accessible, sous la forme d’initiatives ou de projets, individuels ou collectifs, formalisés par des statuts ou des organisations diverses. Les fins et les moyens de ces intra-entreprises ou intra-projets sont co-décidés a minima par les salariés, sinon, dans les cas de figure les plus aboutis, par les diverses parties prenantes (salariés, mais aussi clients, sous-traitants, fournisseurs, actionnaires). L’objectif est de donner accès à une réelle autonomie aux porteurs de projets et/ou de structure, dans le respect bien compris d’un écosystème impliquant l’ensemble des acteurs internes et externes de l’entreprise.

  1. 5 - L’autogestion

C’est la seule forme de démocratie directe appliquée à l’entreprise (toutes les autres relèvent de la démocratie indirecte ou participative). L’entreprise autogérée est à la fois dirigée, gérée et possédée par l’ensemble de ses membres. Le pouvoir y est exercé collectivement, en l’absence de tout chef.

Muriel Jaouen
Le 8-04-2016
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