Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Je me connecte donc je suis

Une seule pression sur le clavier, et le monde devient un marché de proximité. Que d’ouvertures ! Que de possibilités offrent les connexions en ligne ! Oui mais… comment gérer la foule ? Et le temps de travail suffit-il à accueillir ce monde impatient qui sonne à la porte de sa boîte e-mail ?

Difficile d’échapper à la pression abusive des messages à vocation commerciale sur les réseaux sociaux. Les vendeurs de fichiers d’adresses électroniques sont passés par là. Pas simple non plus de maîtriser la somme d’informations nécessaires à sa fonction. Comment en effet faire le tri entre les infos pertinentes, les blogs utiles, et les pollutions diverses ? Comment tout bonnement ne pas se laisser envahir ? Telles sont les questions que se pose quotidiennement Isabelle Belling, administratrice dans une organisation internationale. Surtout après une semaine de congés. Verdict : à chaque fois, plus de 500 messages accumulés à gérer. « Je suis submergée par les spams, les pseudo-virus, les messages confus ou familiers qui se glissent au milieu du courrier professionnel. Sans compterles“mises en copie” non justifiées etles liens promotionnels qui s’affichent dès qu’est effectuée une recherche par mots clés. Rien ne doit être laissé au hasard ». Sa hantise ? Laisser passer une info non vérifiée ou un message important. « Ne pas fournir de réponse peut avoir des conséquences managériales importantes ». Aussi, par acquit de conscience, se sent-elle obligée de consulter sa boîte mail en dehors des heures de bureau.

« La relève continuelle des courriels crée des obligations, indique Christophe Deshayes, président de Tech2innovate.Avec les réseaux sociaux, ce phénomène s’est encore généralisé.Pas moyen de s’absenter.“Ne pas être connecté au réseau exclut du réseau de relations, ajoute-t-il.Dans certains métiers ne pas être dans les réseaux, Linkedin par exemple, pose un problème de crédibilité”.Pour ce spécialiste du numérique, le stress occasionné par la connexion permanente n’est pas rare.

Maxime Chollier, un ingénieur dans une PME de la mécanique, en sait quelque chose. “Je me trouve souvent devant l’injonction de répondre de manière quasi instantanée. Mes contacts professionnels ont pris l’habitude de considérer le mail électronique comme un message téléphonique. Une fois que la réponse est envoyée à la hâte, survient alors la crainte de n’avoir pas formulé le message comme il faut. Mais c’est trop tard”. Cette réactivité quasi obligée dans certains univers professionnels est source d’erreurs, de maladresses et de bévues. “La vigilance ne résiste pas à l’argument de la vitesse qui caractérise la communication on line où le résultat est immédiat”, explique Dominique Maniez, expert en sciences de l’information.

Pour Jean Massenat, senior consultant en stratégie, l’enjeu principal de l’injonction à communiquer, est la difficulté de se concentrer, de s’aménager des marges pour la réflexion personnelle, de donner du sens à ce qu’on fait, de garder sa conscience ouverte. “Ma créativité cède devant la facilité du copié-collé, de l’emprunt. Le travail imaginatif est mis de côté. Je passe beaucoup de temps à zapper et à gérer la multiplicité des messages”. Un sentiment partagé par de nombreux utilisateurs.L’urgence fait que l’information arrive en fragments. Elle n’est pas organisée ni vérifiée. Elle produit peu d’analyse.“Les personnes qui évoluent dans un environnement numérique de ‘rich media’, ont de plus en plus de mal à accéder à ce qu’on appelle la ‘deep attention’,c’est-à-dire, l’accès à l’esprit critique”, » confirmeKatherine Hayles professeur de Littérature à la Duke University dont le travail consiste à analyserl’importance des médias dans la constitution de la pensée .

Comme le fait observer Hugues de Jouvenel, président de Futuribles, un think tank de prospective : « il faudra bien qu’en ce domaine, il y ait des lieux de synthèse et de sélection. Pour éviter de se noyer dans cet océan d’informations, il faudra bien des maîtres nageurs ». « En réalité, ce n’est pas l’e-mail en tant qu’outil qui est critiquable. Mais bien son utilisation, soutient Christophe Deshayes. La situation de dépendance est liée à de mauvais usages ». D’où la nécessité de définir des règles de bon équilibre afin de ne pas saper un système qui a ouvert l’horizon à des millions de cadres, d’entrepreneurs et de free-lance.

« Sans internet, je n’existerai plus »,avoue cet autoentrepreneur, qui après avoir été licencié, à 55 ans, a décidé de devenir coach.Avec un investissement minime, une TPE peut disposer d’une vitrine internationale. Gérer les courriers indésirables ? C’est une question d’organisation.L’avantage du mail, par exemple, est qu’il permet de mieux expliciter son propos et de laisser une trace écrite. Enfin, la transmission ne coûte rien ».

Avec le temps, une acculturation se produit, soulignant quelques paradoxes inattendus, révèle une étude Weber Shandwick. Alors que ce qui fonde la fiabilité éditoriale de l’information est absent d’internet, le réseau en ligne est considéré par beaucoup d’entreprises comme un support d’information de confiance. L’empowerment que procure la révolution numérique permet à chacun de répondre sans intermédiaire avec le sentiment d’une autonomie, d’une agilité et d’une liberté qui diminue tout rapport hiérarchique et augmente le potentiel de coopération. Avec la joignabilité et la mobilité offertes par les réseaux, la stratégie peut ainsi se faire en marchant.

Yan de Kerorguen
Le 3-11-2015
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