Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les trois principes pour échapper à la tyrannie de la connexion

Si la révolution digitale chamboule le management, l’organisation et le business model des entreprises, les managers doivent agir pour que les relations restent humaines entre des collaborateurs toujours plus équipés d’objets connectés, mais également demandeurs d’un droit à la déconnexion. Voici 3 règles pour bien travailler ensemble à l’ère de l’homo digitalus.

1 – Revenez à la « vraie » vie !

Hors spam, en 2014, 196,3 milliards de courriers électroniques ont été échangés dans le monde avec, en entreprise, une moyenne quotidienne de 85 messages reçus et 36 envoyés par chaque collaborateur[1]. Une overdose d’informations qui s’accompagne d’un coût écologique non négligeable : une société de 100 personnes génère chaque année rien qu’avec son courrier électronique 13,6 tonnes d’équivalent CO2, soit l’équivalent de 14 allers-retours entre Paris et New York[2].

Si la stratégie du « zéro mail » telle que lancée par Thierry Breton, PDG D’Atos, n’est pas la panacée, il s’avère primordial d’intégrer qu’en interne, le mail est un faux ami. Pour convaincre vos équipes, faites un test simple : demandez à vos collaborateurs de lister pourquoi il adresse un mail à un de ses collègues. Archiver, prouver un envoi, se rassurer, stocker... les raisons d’envoi d’un courrier électronique sont multiples mais surtout loin d’un objectif de transmission d’informations. Aussi, incitez vos équipes à mieux communiquer de façon plus efficace et plus collaborative. Comment ? Comme dans la vraie vie ! In real life disent les Anglo-Saxons… ou l’art de retrouver des relations humaines réelles : se déplacer pour poser une question ou apporter une information, participer à des animations créatives et apprendre à se connaître en se parlant de vive voix, en face à face ».

Avouons tout de même que le mail demeure utile, notamment pour l’externe. Formez vos collaborateurs et vous-mêmes à bien rédiger les courriers électroniques en utilisant 3 critères simples : direct (poser la question dans l’objet), court (une seule information) et surtout… courtois !


3 — Sachez appuyer sur « off » !

En avril dernier, le Syntec a signé un accord instaurant une « obligation de déconnexion des outils de communication à distance » censée garantir le respect des durées minimales de repos imposées par la réglementation française et européenne sur la charge de travail et les temps de repos minimaux. Si les modalités ne sont pas définies, cet accord reconnaît que les nouvelles technologies ont permis au travail de s’exporter en dehors du lieu et du temps de travail. Bien entendu, il n’est pas question d’interdiction, mais plutôt de limiter. Si Volkswagen bloque l’accès aux téléphones professionnels de 18 h 15 à 7 heures du matin ou Yahoo interdit le télétravail, la pédagogie, la sensibilisation, l’accompagnement et la formation restent les meilleurs outils pour aider les collaborateurs à déconnecter sans culpabiliser. L’hyperconnectivité conduit à l’émergence d’une nouvelle maladie : le burn-out digital dont le premier signe est, paradoxalement, le présentéisme du collaborateur. Autre conséquence : la FOMO (fear of missing out ou peur de rater quelque chose), une anxiété sociale qui conduit certains à surveiller constamment leurs messageries ou comptes sociaux au détriment de leur propre vie. Ce phénomène, nommé « laisse électronique » par les médecins n’est pas anodin. En Allemagne, les journées d’arrêts maladie pour troubles psychologiques ont augmenté de 40 % entre 2008 et 2011. Savoir déconnecter est donc primordial, d’autant plus que deux tiers des chefs d’entreprises estiment que la conciliation de la vie de famille et du travail représentera un « enjeu central » pour les entreprises d’ici à trois ans[3].

Smartphones, tablettes et autres objets connectés, qu’ils soient personnels ou professionnels, envahissent également l’espace de travail et soulèvent le problème de la déshumanisation des échanges. Mais le remède reste le même : instaurer des temps et des espaces de déconnexion. Pas de WiFi aux abords de la machine à café, des réunions internes où les téléphones sont bannis ou des séances de créativité collective pour initier la transversalité lors du lancement d’un projet. Ces actions simples ouvrent la porte à des moments où les collaborateurs se retrouvent entre eux, sans chaîne technologique et sans risque d’être interrompus par une sonnerie quelconque. Ils reprennent alors conscience qu’il est possible de travailler sans connexion pour revenir à de vraies relations humaines et se parler en direct. Et ces moments sont d’autant plus précieux qu’ils permettent le retour de deux qualités essentielles dans tout travail : la curiosité et l’autonomie !


3 – Communiquez et montrez-vous exemplaire !

Tous les préceptes mentionnés ci-dessus ne se révéleront payants que s’ils s’inscrivent dans une stratégie claire et partagée par tous... managers compris !

Un manager qui envoie des mails tard le soir ou tôt le matin ou qui ne peut se passer de son smartphone incite ses équipes à suivre un rythme identique. En étant présent et concentré avec ses interlocuteurs, en dégageant des moments de réflexion avec ses collaborateurs et en initiant une réflexion sur l’impact des technologies, un manager prouvera qu’il a non seulement pleinement conscience du contexte dans lequel il/elle évolue avec ses équipes et qu’il sait s’y adapter, mais également qu’il est soucieux de leur bien-être et de leur santé. La digitalisation entraîne également une mutation dans le rôle du management. De contrôleur des moyens, le manager devient contrôleur des résultats. Il n’est plus le sachant, mais le facilitateur, l’animateur d’une équipe qui cherche à remplir ses objectifs. Et la confiance qu’il va savoir instaurer dans les relations de travail entre et avec ses collaborateurs demeure la clef de la réussite.

La formalisation devient ensuite l’étape finale, mais indispensable pour définir des principes fondamentaux d’utilisation des NTIC. En effet, le choix des outils ne doit pas être dicté par les innovations high-tech, mais par les objectifs de communication interne. Une fois ces derniers clairement définis, une stratégie doit être élaborée et partagée avec les collaborateurs, puis déclinée via une charte digitale simple et compréhensible qui précisera a minima :

- ce qui relève de la vie personnelle ou de la vie professionnelle du salarié

  • - les modalités de contrôle et les sanctions encourues
  • - les restrictions d’envoi de courriels pendant les périodes de repos, voire la limitation des réponses à des courriels adressés par des collaborateurs en repos
  • - les conditions de sécurité pour les objets personnels.

En conclusion, les technologies offrent ainsi aux entreprises de nombreuses opportunités en termes de productivité et de réduction des coûts. Utilisées intelligemment, elles s’avèrent également très bénéfiques pour le bien-être au travail. Écoute, partage des bonnes pratiques, prévention se révèlent les maîtres mots d’une révolution digitale réussie et partagée par tous,



[1] Source Radicati Group, Email Statistics Report 2014-2018

[2] ADEME

[3] Etude « Famille et entreprises » réalisée par Viavoice pour La Maison Bleue et Le Figaro économie



Nathalie Garroux
Le 9-11-2015
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