Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Nomophobie : l’addiction du siècle ?

Mails, SMS, tweets, notifications… gérer le flux d’informations généré par la permanence de la connexion Internet via smartphones, tablettes, ordinateurs portables relève très souvent du casse-tête. Du coup, se déconnecter volontairement pour se ressourcer est devenu « tendance ».

Il n’y pas si longtemps, souvenez-vous, ce message avait encore un sens : « Absent du bureau, je serai de retour le 23 août ». Le configurer faisait de nous un vacancier en puissance et expliquait à nos futurs interlocuteurs que pendant un temps donné, nous serions injoignables. Désormais, selon une étude réalisée en juin 2013 par Tripadvisor, plus de 60 % des Français envisagent sans problème, depuis la plage, de consulter et de répondre à leurs e-mails professionnels, via leur smartphone. Ainsi, dans la main, au fond d’une poche, les écrans de téléphone, de tablette, d’ordinateur sont partout, au point que certains n’arrivent plus à débrancher. Ils souffrent de ce mal moderne appelé FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de manquer quelque chose, de rater une information importante s’ils ne restent pas en alerte numérique permanente.

Avec des smartphones de plus en plus sophistiqués et des applications toujours plus astucieuses, l’angoisse d’être déconnecté grandit au fur et à mesure que notre mobile devient indispensable. Cette addiction, conceptualisée sous le terme de nomophobie, contraction de « no mobile phobia », toucherait aux États-Unis, 77 % des 18-24 ans et 68 % des 25-34 ans ! Les symptômes du mal iraient de la crise de panique en cas de batterie à plat au désir obsessionnel et persistant d’avoir toujours son appareil avec soi. Certes, le phénomène n’est pas nouveau. Il avait été identifié il y a quelques années sous le terme de cyberdépendance, une dépendance excessive, addictive, liée aux écrans. Mais aujourd’hui, cette passion sans limites, cette overdose d’Internet (entre 70 et 90 heures par semaine), peut favoriser le burn-out numérique.

Déconnecté volontaire

C’est précisément parce qu’il a frôlé le pire, que l’ancien journaliste, blogueur et écrivain français Thierry Crouzet[1], décide en 2011 de débrancher pendant six mois, littéralement épuisé par une quinzaine d’années d’activité en ligne. Une période heureuse où il redécouvre notamment la lecture, et la contemplation. « L’idée n’est pas de rompre avec la technologie, mais simplement d’en reprendre le contrôle en canalisant les informations que l’on reçoit. À l’époque, j’attachais trop d’importance au Net et à cette idée qu’il va se passer quelque chose. C’est puissant, grisant d’être connecté en permanence. C’est d’ailleurs cette socialisation qui est addictive, puisque l’on s’épanouit par l’interaction. Aujourd’hui, je suis connecté sans l’être en continu. Mes logiciels messagerie ne tournent pas en permanence pas plus que mes systèmes de notification. Je ne veux plus être appelé, mais décider du moment où je vais me connecter. Je crois qu’il faut apprendre à moduler les diverses connexions, car changer constamment de tâche est mauvais pour la réflexion, la méditation et la création. Les moments de vide sont nécessaires. »

Le « off » pour mieux gérer le « on »

Face à l’hyper connexion et ses excès apparaît désormais une volonté de se couper de l’Internet. Aux États-Unis comme en Europe, les cures de désintox se multiplient. Certains déboursent plus de 10 000 euros la semaine pour deux à Petit Saint-Vincent, île privée des Grenadines au cœur des Caraïbes… D’autres accros du multi-écrans se retrouvent en Californie, dans un ancien camp de scouts, perdu dans la forêt. Pendant trois jours ils combattent l’état de manque et ses effets « bouche sèche » et « clignements frénétiques de la paupière ».

Reste que c’est sans nul doute entre ces deux extrêmes, que doit se dessiner un nouvel art de vivre autour d’une déconnexion partielle et choisie, puisque le tout connecté partout, et en permanence, n’est plus aussi désirable !



[1]Thierry Crouzet est l’auteur de « J'ai débranché : Comment revivre sans internet après une overdose »




e-maintenant, que vais-je faire de tout ce temps… ?

Venu des États-Unis, le concept de « digital detox » s’installe en France. Objectif : se déconnecter volontairement d’internet et de toutes formes d’écran. Au château La Gravière, une maison d’hôtes près de Bordeaux, Pierre Massot et son épouse proposent ce séjour pour, explique-t-il, revenir à l’essentiel. « Le séjour standard est de trois jours. En échange des smartphones, tablettes, ordinateurs… nous remettons aux clients un kit composé de livres, cartes, stylos, papier. Nous leur proposons un questionnaire permettant d’évaluer leur niveau de dépendance, un entretien d’entrée et de départ au cours duquel nous leur suggérons de se fixer des fenêtres de déconnexion. Selon moi, la vraie question n’est pas la quantité de temps passé, mais le niveau d’attachement aux objets connectés. » Formule similaire depuis janvier 2014 à l’hôtel spa Les Célestins de Vichy. « Nous alternons explique Florence Rochelois, responsable communication de l’établissement, les massages, bains relaxants et séances de sophrologie. La clientèle de ce programme «digital detox» est essentiellement féminine. Elle n’est pas en état de dépendance, mais a un usage chronophage des objets connectés. Du coup, nous travaillons autour de cette idée de ce que l’on perd et de ce que l’on gagne avec les nouvelles technologies et nous recherchons avant tout, ensemble, une hygiène de vie. »



www.chateaulagraviere.com; www.vichy-spa-hotel.fr



Isabelle Chatain
Le 9-08-2016
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz