Septembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Climat : les questions du rendez-vous de Paris

La conférence sur le climat qui se réunira en fin d’année à Paris concerne directement les entrepreneurs et peut modifier la concurrence internationale. L’essentiel de ce qu’il faut savoir est rassemblé dans le dernier numéro de Futuribles. Comment faire converger les objectifs climatiques et de développement ? Quelle « justice climatique » sera-t-elle adoptée ? Comment faire admettre aux pays en voie de développement la nécessité d’un comportement responsable que nous avons longtemps négligé ? La pression de la société civile, des citoyens, des entrepreneurs responsables, saura-t-elle imposer aux acteurs politiques la prise en compte du long terme ?

La France accueillera, du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris-Le Bourget, la 21e conférence des parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Elle ne cache pas son ambition de permettre à ce sommet d’aboutir à l’adoption d’un accord universel et contraignant visant à limiter la hausse de la température globale en deçà de 2 °C d’ici la fin du siècle. Mais pour atteindre cet objectif, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient être réduites de moitié d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 1990.

Des pays pourraient disparaître

Les effets désastreux du réchauffement climatique, en particulier sur les écosystèmes, l’énergie, l’alimentation et la santé, sont désormais bien connus. Leur inventaire est long et bien établi : multiplication des événements météorologiques extrêmes, bouleversement de nombreux écosystèmes, avec l’extinction de 20 % à 30 % des espèces animales et végétales, sans parler de leurs impacts sur les établissements humains ; crises liées aux ressources alimentaires (notamment en Asie, Afrique, dans les zones tropicales et subtropicales), en raison de la chute des productions agricoles là où la croissance démographique demeure la plus forte ; essor des crises sanitaires majeures ; élévation du niveau de la mer ; inondation de certaines zones côtières et disparition possible de pays entiers, qui pourraient entraîner de très importantes migrations...

Nul n’est besoin de nous étendre ici davantage sur les impacts d’un phénomène dont l’origine anthropique, l’ampleur et les conséquences ne sont plus guère contestées. Il est donc de plus en plus urgent de parvenir enfin à jeter les bases d’un accord qui permettrait :

  • d’une part de réduire réellement les émissions de GES (à partir de quand, dans quelle proportion et où ?),

  • d’autre part de s’entendre sur les mesures d’adaptation au changement climatique qui est, dès à présent, en partie inéluctable à l’horizon des toutes prochaines décennies.

    La question en revanche est de savoir dans quelle mesure un tel accord pourrait être établi d’ici 2020 et, mieux encore, être respecté par les parties, à charge alors pour elles d’accomplir en 30 ans ce qu’elles n’auront pas entrepris plus tôt.

    Notre responsabilité

    Le problème cependant est que les principaux émetteurs ont, jusqu’à une date récente, été les pays les plus développés, du fait essentiellement de la combustion d’énergie fossile par les transports, les bâtiments, l’industrie et l’agriculture. Parmi eux, incidemment, figure la France qui se targue d’avoir réduit ses émissions de 7 % entre 1990 et 2007 (donc en 17 ans), grâce sans doute à son mixélectrique reposant largement sur l’énergie nucléaire, peut-être aussi à la délocalisation de nombre d’industries. Parmi eux se trouve également l’Union européenne (UE) qui, lors du Conseil européen ayant précédé la conférence de Lima (2014), a adopté un « paquet Énergie-climat 2030 » prévoyant une réduction de 40 % de ses émissions à l’horizon 2030 : prévision, ambition ou pur affichage ?

    Mais l’UE ne représente que 13 % des émissions mondiales. En outre, le protocole de Kyoto (1997), qui fut le premier accord conclu dans le cadre de la CCNUCC, n’a jamais été ratifié par les États-Unis et, lorsqu’il fut prolongé lors de la conférence de Doha (2012), la Russie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et le Canada s’en sont retirés... Surtout, parmi les parties prenantes se trouvent évidemment les pays émergents, notamment ceux d’Asie, dont les perspectives à moyen et long termes sont passées en revue, dans ce numéro, par Jean-Raphaël Chaponnière et Marc Lautier (p. 27 —43), et les pays en développement (PED). Or ces derniers, fort naturellement, aspirent d’abord à pouvoir nourrir leur population et à offrir à leurs habitants des conditions de vie décentes.

  • Financer les efforts des pays en développement ?

    Comment pourrait-on contraindre ces pays à limiter leur développement économique alors que le « passif écologique » est à mettre sur le compte des pays dits industrialisés, se demande Sandrine Mathy (p. 19-25) ? Elle rappelle ainsi que les PED n’accepteront, légitimement, de réduire leurs émissions que s’ils sont soutenus financièrement ou technologiquement par les pays industrialisés, qu’il faut en substance introduire les Objectifs du millénaire pour le développement dans la négociation climat, vraisemblablement en créant un « Fonds vert » s’inspirant de l’initiative « Énergie durable pour tous » lancée par le secrétaire général des Nations unies Ban Kimoon en 2012, qui viendrait compléter (ou se substituer à) l’actuel Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

    La France, qui souhaite un accord applicable à tous, reconnaît le principe de différenciation eu égard au fait que tous les pays ne sont pas également émetteurs. Elle a raison. Mais cela ne saurait la mettre ni mettre tous les pays industrialisés à l’abri d’une juste protestation, telle celle décrite par Frédéric-Paul Piguet (p.17), de la part des pays faiblement émetteurs qui, légitimement, pourraient leur reprocher d’avoir nui à la planète plus qu’ils n’étaient en droit de le faire (ou consommé plus que leur part d’un bien commun, la biosphère, dont les capacités sont limitées). Seront-ils un jour condamnés à verser une indemnité en échange du préjudice porté à la biosphère ?

    La société civile

    En définitive, les négociations sur le climat ne risquent-elles pas, dans le meilleur des cas, de prendre la forme d’une renégociation générale des termes de l’échange qui, pour la première fois, prendrait en considération les créances et les dettes accumulées au fil du temps ? Autant dire que le défi est de taille pour les États, confrontés déjà à de multiples urgences et particulièrement peu enclins à intégrer le souci du long terme dans leurs politiques. En revanche, les initiatives se multiplient à travers le monde, à différentes échelles, sous l’influence de citoyens, d’associations, d’entreprises, de collectivités locales, qui peut-être joueront un rôle déterminant dans l’indispensable mobilisation qu’exigent la réduction des émissions de GES et l’adaptation au réchauffement climatique.



Futuribles n° 405, Mars-avril 2015,pp. 3-43. Dossier surles questions que posera la conférence des parties sur les changements climatiques : éditorial de Hugues de Jouvenel ; « Quelle justice climatique ? », Frédéric-Paul Piguet ; « Objectifs climatiques et développement », Sandrine Mathy ; « Le XXIe siècle, siècle de l’Asie », Jean-Raphaël Chaponnière et Marc Lautier.



André-Yves Portnoff
Le 23-09-2015
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