Août 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


4 principes pour humaniser l’entreprise

Le travail pour certains est une souffrance. Mais ce n’est pas une fatalité. Dans certaines entreprises, on prend en effet conscience d’une évidence : le bien-être des salariés est source de performance pour l’entreprise. De nombreuses initiatives prennent forme. Enumérons ici les 4 principes fondamentaux qui permettent aux entreprises de créer une organisation propice au travail et à l’équilibre psychique de tout un chacun.

1 - Prendre le temps d’apprendre, notamment par l’expérimentation: pour avoir le désir de soigner son travail, encore faut-il en avoir la possibilité. La première des actions à initier, c’est de combattre le court-termisme qui prévaut dans l’organisation du travail. Si l’organisation perd en vitesse d’un côté, elle gagne en productivité de l’autre, avec des salariés plus concentrés sur la qualité de leur travail. Autre action à engager en parallèle : autoriser l’expérimentation. C’est à ce prix que le salarié peut réellement avoir confiance en ses compétences et en investir de nouvelles. Pour illustrer l’importance du temps et de l’expérimentation dans la performance des entreprises, le sociologue américain Richard Sennet oppose Apple et Microsoft. « Chez Apple, ce n’est pas que les gens soient plus brillants, mais ils sont constamment autorisés à revenir sur ce qu’ils ont fait. Ils appartiennent à une équipe qui est maintenue sur une très longue durée. Chez Microsoft, pour chaque produit, une nouvelle équipe est mise en place qui recommence tout à partir de ce qui a été fait avant. Du coup, pour un même poste, ce n’est pas la même personne qui est en train d’apprendre, mais à chaque fois une autre personne. Il n’y a pas de cumulation d’expérience ni d’apprentissage… Plutôt que d’acheter du travail tout fait, il faut développer les compétences du travailleur »[1].


2 - Contre l’anonymat des « hyperstructures », aller vers plus de proximité et de cohésion sociale. Pour que les relations humaines priment sur la gestion des ressources humaines, il faut calibrer différemment les organisations. C’est en remodelant l’organisation du travail — en travaillant à ce que celle-ci soit davantage raisonnable et raisonnée que rationnelle et scientifique — qu’on peut y arriver. De petites équipes autonomes et autogérées peuvent supplanter une organisation hiérarchique et centralisée. Ce mode d’organisation est préconisée dans les entreprises dites libérées.


3 - Favoriser les coopérations plutôt que les rivalités, parfois savamment entretenues au sein d’une même entreprise : quand la qualité est posée au centre des préoccupations de l’entreprise, développer les coopérations constitue le fondement d’une stratégie gagnante. Là aussi, Richard Sennet avance un exemple : « Dans la téléphonie, certaines sociétés comme Nokia ou Motorola ont développé un modèle coopératif… où chaque équipe venait déposer des solutions techniques provisoires que les autres étaient libres de reprendre ou pas. C’est ce qui leur a permis de prendre l’avance sur leurs concurrents, régis par une organisation du travail beaucoup plus cloisonnée et hiérarchisée, dans laquelle des équipes rivales thésaurisent leurs compétences »[2].


4 - En finir avec l’hyperspécialisation : pour Karl Marx, l’avènement d’une société communiste lui permettrait, de « chasser le matin, de pêcher l’après-midi, de m’occuper d’élevage le soir et de s’adonner à la critique après le repas »[3]. Ce que révèle cette formule humoristique, c’est ce besoin de l’homme de « toucher à tout » et de ne pas être cantonné à une tâche répétitive pendant une vie entière. L’économie moderne a introduit la division du travail et a de facto forcé les individus à se spécialiser. C’est inhumain au sens où cette évolution va contre ce besoin inhérent à l’homme de multiplier les activités. Il faut donc de nouveau s’efforcer dans l’organisation du travail de relier conception et exécution : « L’homme pense parce qu’il a une main », déclarait le philosophe grec Anaxagore cinq siècles avant J-C. C’est ce va-et-vient constant entre conception et exécution qui permet, à l’image de l’artiste, la réalisation de l’œuvre et de soi-même.



[1] Philosophie Magazine de mai 2010,Le travail nuit-il à la santé ?

[2] Ibidem.

[3] Karl Marx, L’Idéologie allemande, Gallimard « Pléiade », 1982, p. 1665.

Lionel Meneghin
Le 26-12-2016
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