Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Sigal Industries : de la vision au résultat

Passer d’une entreprise spécialisée dans le matériel agricole ovin aux créations métalliques sur mesure, n’y aurait-il qu’un pas ? Plusieurs, à en croire Joëlle Sigal, une dirigeante qui a su faire évoluer et adapter l’entreprise familiale au fil du temps. Pour devenir pionnière dans la région en matière de découpe laser…

Alors qu’ils sont hauts comme dix pommes, certains se voient déjà pilote de chasse, vétérinaire, pompier ou explorateur. Joëlle, elle, a un autre rêve enfant : monter un hôtel restaurant. Derrière cette envie de mouvement, aussi bien de voyageurs que de plats fumants, se cache déjà une vraie âme d’épicurienne comme elle aime se décrire. Son baccalauréat en poche, Joëlle passe son brevet de technicien supérieur (BTS) en hôtellerie puis part de sa région aveyronnaise pour mettre en pratique ses acquis. Mais comme elle n’aime pas faire les choses à moitié, Joëlle décide d’aller se confronter à la réalité dans des hôtels étoilés et éloignés, notamment en Ecosse et en Martinique.

De retour dans sa région natale, elle reprend ses études en suivant une maîtrise de gestion, option management hôtelier. A côté, elle s’investit énormément dans l’association étudiante de l’école et vient même à la présider pendant 3 ans. Un engagement personnel hérité de son papa, comme certaines valeurs telles que le don de soi, qui la guident dans sa vie de tous les jours. Et comme si cela ne suffisait pas, Joëlle travaille en parallèle de son cursus comme responsable de brasseries dans la région. « J’ai roulé ma bosse à côté » nous confie avec malice l’intéressée, jusqu’à poursuivre son chemin au sein d’une pépinière d’entrepreneurs : le Rile ou Réseau d’initiatives locales pour l’emploi. « Pendant sept ans, j’ai aidé les créateurs et repreneurs d’entreprise à réaliser leur projet. Le côté pédagogique et solidaire du métier m’a tout de suite plu. Qui plus est, c’était lié au territoire aveyronnais, ma région de cœur. »Une expérience qui s’avère être totalement bénéfique pour Joëlle ; d’autant plus qu’en 2005, on lui propose de passer de l’autre côté de la barrière et de devenir entrepreneur.

SAUTER LE PAS

Cette année-là, son beau-père propose à Joëlle et à son mari de reprendre l’entreprise familiale. L’entreprise Bayle, qui compte déjà quarante ans d’histoire, est spécialisée dans le matériel agricole pour l’élevage de moutons, de chèvres et de brebis. Car l’Eldorado du lait de brebis se situe dans le bassin du Roquefort, un territoire à proximité qui pourvoit à 90 % aux besoins de la France entière. « Après un an d’étude, nous avons proposé de reprendre tous les deux l’entreprise en rachetant les parts des trois actionnaires familiaux »raconte Joëlle. Et c’est comme cela que son mari, salarié chaudronnier depuis plusieurs années dans l’entreprise, et elle-même, armée de sa détermination, sautent le pas. Avec 25 salariés.

Leur première embauche se porte sur un chef d’atelier spécialisé dans la découpe laser. Il propose, avec son œil neuf, de créer une nouvelle structure en parallèle de l’activité agricole : ATS Laser. « L’entreprise originelle s’est donc agrandie pour monter un atelier de découpe laser, afin d’accueillir deux techniciens et l’unique machine… Nous avons d’ailleurs commandé ce laser sans vraiment savoir comment le payer ! ». De l’audace qui porte ses fruits : en deux ans, l’engouement pour la découpe laser est tel qu’il faut ré-agrandir l’atelier et acquérir une nouvelle machine. Bien que la crise économique touche alors de près les TPE-PME, Joëlle et son mari continuent d’investir. « Il faut dire que la technologie du laser recouvre de nombreux secteurs. L’activité est extrêmement large, du bâtiment à l’aéronautique, de l’aérospatial à la décoration et l’architecture… Ou encore l’industrie coutelière. Et surtout, ce service n’existait pas jusqu’alors dans la région ! »Alors que cette partie se développe à grande vitesse, Joëlle et son mari sont confrontés à un choix crucial. « L’activité agricole stagnait, sans être rentable. Cette question était épineuse car c’était l’activité historique de la société créée par mon beau-père. Nous nous demandions comment assurer la continuité avec l’existant ? ».Cette interrogation, Joëlle y répond grâce au parcours de formation Copernic proposé par le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise à ses adhérents. « Le premier module de formation et le regard des autres dirigeants m’ont aidé à prendre ma décision : c’était clair, il fallait vendre la partie agricole pour laisser se développer la découpe laser. Nous avons donc cédé la société Bayle et son nom commercial à l’un de nos partenaires spécialisé dans le matériel agricole bovin. Mais avec des conditions strictes : les 12 emplois concernés devaient être impérativement maintenus et l’unité montée à Rodez. »Pari tenu.

PRENDRE UN NOUVEAU DÉPART

Après l’expérience de la reprise d’entreprise, la création d’une filiale puis la vente, Joëlle et son mari se lancent donc dans la création d’entreprises. Avec comme troisième force vive aux commandes, Pascal, le chef d’atelier spécialiste de la découpe laser. En 2013 naît SIGAL Industries, qui propose ses services et son savoir-faire dans la serrurerie, la soudure et le pliage. Et, bien entendu, dans la découpe laser. La première activité se développe non seulement auprès des particuliers, mais aussi auprès des collectivités, qui leur confient par exemple la réalisation de portails, escaliers, garde-corps et passerelles métalliques sur mesure, ou encore du mobilier urbain. Le tout à 100 % dans la région Midi-Pyrénées. Quant à l’activité de découpe laser, elle s’étend aujourd’hui sur tout le territoire français et a même nécessité l’investissement dans une troisième machine. Pour Joëlle, « c’est l’occasion de démontrer l’habileté et le talent de nos équipes. Former et transmettre aussi, c’est important : de nombreux jeunes viennent chez nous en alternance. Et surtout prendre soin de nos salariés. Ce sont nos principaux prescripteurs ! »Tickets restaurant, plan d’épargne entreprise, mutuelle d’entreprise depuis plus de 5 ans ou encore organisation de moments de cohésion : ce sont quelques-unes des actions concrètes en matière de ressources humaines qu’a mis en place SIGAL Industries. Co-construire la stratégie de l’entreprise avec les équipes, déléguer de plus en plus, cela porte ses fruits : tout le monde travaille de mieux en mieux, et l’entreprise compte un turn-over proche du zéro. Autre exemple parlant, les machines laser tournant en permanence, le samedi est un jour travaillé uniquement sur la base du volontariat. Mais l’entreprise n’a jamais manqué de bras énergiques ces jours-là. Comme l’explique Joëlle, « nous n’avons pas attendu que le déluge nous tombe dessus. On ne peut pas être parfait, mais on reste à une échelle humaine. »Mais alors, d’ici le déluge, que faire ?

LA CERISE SUR LE GATEAU

Joëlle est aujourd’hui en pleine effervescence, bien que de son propre aveu elle ait une idée toutes les dix secondes en moyenne. Cette année, elle a pour projet de développer la partie mobilier de SIGAL Industries,via lacréation de la marque « L’atelier by JS ». « C’est une idée qui a émergé lors du cinquième module de la formation Copernic. Mon ambition est de concevoir de A à Z des meubles pour le client. Entièrement sur-mesure, du conseil à la réalisation. Et pour allier le fer avec le bois, avec le verre ou le cuir, je souhaite monter des partenariats avec les artisans locaux. »

A l’entendre, on sent que ce projet l’enthousiasme par-dessus tout, qui la fait rêver et lui donne beaucoup de plaisir à travailler. « Cela faisait longtemps que j’avais cela en moi, je passe de la vision à la réalité et cela devient enfin concret. C’est la cerise sur le gâteau. » Alors que le show-room a été inauguré en octobre, Joëlle pense déjà à travailler avec un designer à l’avenir. « J’ai envie d’avancer avec mes équipes, de valoriser leur compétence et l’artisanat local. L’idée, c’est d’aller de l’avant avec de nouvelles idées et de nouveaux projets pour SIGAL Industries. »

Avec cette nouvelle opportunité, Joëlle prend le temps de se poser : « Au début, je voulais tout révolutionner, j’avais l’impression que ça n’allait jamais assez vite ! Mais j’ai appris à analyser et à prendre du recul. Quand je doute, mes pairs me rappellent à chaque fois le chemin parcouru et c’est avec beaucoup d’humilité que je me rends compte de nos avancées. »Qu’en pensent les fondateurs de l’entreprise familiale ? « Nous avons dû expliquer nos choix. Ils ont été surpris, me surnommant au passage “La Tornade”. Mais en voyant ce qu’on a réussi à faire et à développer, je crois sincèrement qu’ils sont fiers. »




Laurianne Condette
Le 2-12-2015
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