Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


IMASCAP : l'avenir leur appartient

Récompensé par le MIT, Jean Chaoui dirige la seule société au monde proposant une technologie d’imagerie médicale au service de la chirurgie de l’épaule. Et la seule à travailler avec les principaux chirurgiens du monde entier… depuis la pointe brestoise.

Jean Chaoui quitte la Syrie en 2006, son diplôme d’ingénieur en génie biomédical en poche. Il souhaite continuer son cursus en France, via un master de recherche en imagerie biomédicale… à Brest. De l’Université de Damas, il intègre donc Télécom Bretagne, l’École Nationale supérieure des télécommunications, alors qu’il ne connaît pas un mot de français. « Un choc, surtout thermique ! En mars, je ne comprenais pas où était passé l’été et pourquoi personne ne sortait en tee-shirt ».Mais la motivation est plus forte que le climat brestois, et la vue sur la mer à seulement trente mètres de sa chambre d’étudiant y contribue largement. Jean dépose d’ailleurs son premier brevet sur l’utilisation de l’échographie en chirurgie alors qu’il réalise son stage de recherche. Sur sa lancée, Télécom Bretagne lui propose la poursuite d’une thèse sur la chirurgie « augmentée » axée sur les membres supérieurs. Soit en langage plus courant, de mener des recherches sur les possibilités de chirurgie assistée par ordinateur, plus particulièrement pour les opérations de l’épaule. La thèse est acceptée et remporte même le prix national français de la meilleure thèse de doctorat en ingénierie biomédicale, dans la catégorie « innovation ». Pour Jean et Télécom Bretagne, c’est le fruit d’une collaboration fructueuse. Pour l’entrepreneur qui sommeille en Jean, c’est le déclic.

AU MILLIMÈTRE

« J’avais envie de valoriser mes résultats de recherche dans une start-up, de les développer et de les perfectionner. Il y avait clairement un marché pour mon projet qui devait aider la pratique des chirurgiens mais aussi simplifier la vie des patients. » En 2009, il rachète à Télécom Bretagne le brevet de travaux qu’il a développé lors de son parcours dans l’école et créer Imascap. Du fait de son statut d’étudiant, les démarches se compliquent et prennent près de 3 mois… Pour aider la jeune pousse dans ses deux premières années, la société est « incubée » au sein de Télécom Bretagne. Et pour développer son potentiel, elle recrute son premier salarié, un ingénieur en recherche et développement quatre mois seulement après sa création. « L’objectif était clair : sortir un dispositif médical pour le chirurgien, une sorte de GPS qui l’aiderait à poser une prothèse à l’épaule avec une précision d’1mm. »Car ce que l’on ne sait pas ou peu, c’est que ces poses de prothèse ont un taux d’échec avoisinant les 18 %... Pour 20 000 arthroplasties de l’épaule par an en France. Une opération qui s’avère à double tranchant tant elle est complexe — le chirurgien se base sur le scanner du patient, une image en 2D qui ne lui permet pas de voir toutes les directions de l’os, et coûteuse. « Non seulement en temps et en douleur pour le patient, souvent âgé, mais aussi pour la Sécurité sociale qui débourse à minima 20 000 euros pour chaque opération. Il faut compter 3 fois plus si cela échoue car il faut une nouvelle chirurgie de reprise ».

DU SUR MESURE

Jean présente le projet dans les salons et les conférences spécialisées à travers le monde, fait des rencontres, entend parler du CJD grâce au bouche-à-oreille, et rejoint le mouvement en 2012. « Le CJD, c’est plus qu’une école de formation qui permet d’apprendre le métier de dirigeant, c’est une école où tu peux aussi profiter de l’expérience des autres, rencontrer des personnes que tu ne rencontres pas tous les jours. Et partager des moments de convivialité ».C’est grâce aussi aux rencontres que Jeantrouve son premier client, un américain intéressé par des études sur l’anatomie. À l’issue de cette première « commande », Imascap possède assez de fonds pour engager dès la première année deux ingénieurs et finaliser la conception du projet. Le résultat : « un logiciel qui, à partir du scanner, génère une image 3D de l’anatomie du patient et propose le meilleur positionnement de l’implant au chirurgien. C’est une simulation de la pause de la prothèse avant l’opération. Alors qu’auparavant le chirurgien testait la prothèse pendant l’opération, là il peut visualiser et planifier l’ensemble du process grâce à un guide en 3D, totalement personnalisé au patient ! »Ne manque plus qu’à tester le prototype innovant dans le monde réel.

DES EFFORTS RÉCOMPENSÉS

Pour ce faire, Imascap a besoin d’obtenir la certification européenne. « Nous avons mis en place un système management de la qualité pour répondre aux exigences de la conception du dispositif médical. C’était indispensable pour obtenir le marquage CE et pouvoir commercialiser par la suite le logiciel ».Avec l’obtention de l’ISO 13485, le précieux sésame « conforme aux exigences » est attribué à l’entreprise en 2013. Les premiers tests cliniques sont alors autorisés sur les patients vivants, en partenariat avec deux centres pilotes, le CHU de Nice et l’Hôpital privé Jean Mermoz à Lyon. Des partenariats scientifiques et industriels qui viennent compléter la collaboration scientifique qu’a nouée Imascap avec Télécom Bretagne depuis la naissance de l’entreprise. Des partenariats qui s’avèrent essentiels pour la mise au point du produit et sa connaissance auprès des chirurgiens européens et internationaux. Mais pas que. Un prix prestigieux peut également accroître votre renommée et vous propulser sur le devant de la scène.

RECONNAISSANCE D’UN TALENT FRANÇAIS

Un jour de l’année 2013, Jean reçoit un mail. Il lui annonce, simplement et sans grande pompe, qu’il est lauréat du prix TR 35, distinguant les talents français de moins de 35 ans, du Massachusetts Institute of Technology, plus connu sous le nom de MIT. Selon ce prestigieux centre, « les jeunes lauréats français intègrent une communauté internationale d’innovateurs au potentiel de développement extrêmement élevé ».Un cercle de talents que Jean découvre alors : « Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de l’importance du message et du crédit accordé au MIT. Tout est allé très vite, entre la cérémonie, les interviews accordées aux journalistes, les contacts pris au fil des rencontres et discussions… Cela a renforcé considérablement la visibilité et surtout la crédibilité de l’entreprise ».Et permis d’avoir pas moins de sept propositions sérieuses d’investissement pour Imascap, de quoi voir l’avenir avec encore plus d’ambition depuis Plouzané.

TOURNÉ VERS L’EXPORT

Surtout si les résultats sont au rendez-vous. « En un an de tests cliniques, nous avons eu 70 cas traités dans 15 centres en France et en Suisse, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Avec un taux de réussite de 100 %. » Parce que oui, Jean s’est aussi lancé au-delà de nos frontières européennes, avec pour objectifs la certification canadienne mais aussi américaine, délivrée par la Food and Drug Administration (FDA). Il y a là une vraie demande : avec le vieillissement mondial de la population, le nombre d’arthroplasties de l’épaule augmente ostensiblement. Et deviens aussi un réel enjeu financier pour lequel Jean est plus qu’enthousiaste : « Si on arrivait à réduire le taux d’échec de la chirurgie de l’épaule de 1 % seulement, on ferait des millions d’économies ! Et aussi un gain de temps pour les opérations et le rétablissement des patients, qui retrouvent une autonomie plus rapidement ».Quand verra-t-on cette avancée ?

C’est la prochaine échéance pour Imascap : le lancement officiel du logiciel au 25ème Congrès de la Société Européenne de la Chirurgie de l’Épaule et du Coude, le 17 septembre prochain à Istanbul. Une étape que Jean attend avec impatience : « Techniquement, il n’y a plus de risque. Il y a eu beaucoup de challenge pour se lancer, mais aujourd’hui la vraie vie du produit va débuter, de façon internationale. Le début de l’aventure commence ! »

Mais déjà Jean et son équipe, en collaboration avec la Medical School de Harvard, réfléchissent à une autre innovation pour la santé : une prothèse orthopédique entièrement sur-mesure. Une autre aventure à suivre !

Laurianne Condette
Le 22-09-2015
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