Juillet 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


PME et Climat : des entreprises militantes, mais encore du chemin à parcourir

Nicolas Imbert dirige la Green Cross France et Territoires, représentant français de l’ONG internationale créée en 1993 par Mikhaïl Gorbatchev. Ingénieur de formation, il s’intéresse en particulier aux liens entre paix et écologie, transition écologique et économique, et contribue à la mise en place de dynamiques territoriales, notamment via l’économie circulaire, l’agriculture, les évolutions urbaines ou la gouvernance des océans.

Dirigeant : PME et climat, où en est-on ?

Nicolas Imbert : De nombreuses entreprises militantes ont fait le pari que l’on peut à la fois réussir économiquement et préserver le climat. Ceci a notamment été le cas dès les années 70 sous l’impulsion d’Yvon Chouinard (PDG de Patagonia), Ray Anderson (Interface), Lester Brown, Amory Lovins, Jeremy Rikin...

La France est restée plutôt en retrait par rapport à cette dynamique. II a fallu attendre les années 2000 pour que des réussites entrepreneuriales éco-citoyennes émergent comme Léa Nature, Michel & Augustin, les 2 vaches — la préoccupation était élargie, plus sur l’environnement au sens large que sur le climat. Ce qui est également vrai pour les entreprises militantes anglo-saxonnes préalablement citées : tout commence par une prise de conviction du dirigeant sur l’urgence d’entreprendre en préservant la planète, un business model qui s’alignent avec ses considérations, et la volonté d’atteindre une triple performance écologique, écologique et sociétale — dont le climat, et l’empreinte carbone, sont un des aspects, mais ne prennent leur sens que si l’on parle environnement en général et non uniquement climat.

On voit également de plus en plus de fonds d’investissement, voire d’investisseurs institutionnels, qui anticipent le fait qu’un prix sera très prochainement donné au carbone et font de l’empreinte carbone des activités et/ou des produits un facteur essentiel dans leurs choix d’investissement : c’est une tendance de fond, sur laquelle des gestionnaires sont devenus pionniers, et qui devrait être encore plus visible à ParisClimat2015.

Malheureusement, la France n’est pas en pointe sur cette dynamique, même si nous avons de très nombreuses belles innovations et technologies. Ceci est principalement dû à une distorsion de concurrence autour du bas prix de l’électricité (et de la dette que nous générons autour de l’électronucléaire, qui maintient le mythe d’une énergie peu chère et nuit au développement de l’efficacité énergétique et des renouvelables), à une instabilité législative forte que nous espérons désormais derrière nous avec l’approbation de la loi sur la transition écologique de l’économie, et à des consommateurs moins réceptifs qu’en Europe du Nord.


D. : Dans quelle mesure, l’engagement climat peut favoriser une PME à l’international ?

N.I. : Les entreprises précitées, Patagonia comme Interface, ont prospéré et se sont fait connaître à l’international très rapidement par leur engagement environnemental, transparent et « auditable », la crédibilité de leur discours et la pertinence de leurs produits. En France, des entreprises comme Michel & Augustin ou Léa Nature ont également percé sur un engagement environnemental fort. Mais les exemples sont encore trop peu nombreux. Nous avons notamment beaucoup de savoir-faire, dans les énergies renouvelables avec des acteurs comme Vergnet ou Akuo, qui contribuent à la lutte contre le dérèglement climatique, mais la faible reconnaissance sur le marché intérieur nuit à leur mise en visibilité — espérons que la CoP21 les fasse désormais émerger plus encore, et qu’on trouve enfin un cadre législatif stable encourageant l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la performance carbone — d’une manière transverse avec l’ensemble des préoccupations environnementales. Nous nous y employons, et de nombreux territoires comme la Région Rhône-Alpes ont mis en place des outils mettant en visibilité leurs PME environnementalement innovantes, notamment à l’international via la coopération décentralisée. Nous avons en décembre 2014 animé des rencontres Chine-Europe sur l’Economie Circulaire mettant en visibilité les échanges concrets d’expérience, d’autres événements sont prévus autour de la CoP21 dont notamment notre aide à la création d’un fonds d’investissement visant la neutralité carbone, qu’un grand opérateur financier français annoncera en fin d’année. Dans le domaine des océans et du littoral, les socioprofessionnels de la filière ont coécrit et signé avec nous ParisClimat2015 — Objectif OCEAN : les propositions de l’économie bleue, une déclaration et des engagements pour faire de la France un pionnier de la santé des océans, qui séquestrent 70 % du carbone terrestre et dont la biodiversité comme la santé sont soumises à rude épreuve. Ce sont des initiatives comme celles-ci, cosignées par 50 organisations professionnelles de 30 états différents, qui permettent d’avancer et montrent la voie aux grandes conférences internationales.


Propos recueillis par Gilles Trichard
Le 7-09-2015
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