Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La loi du marché

C’est une fiction au réalisme quasi documentaire. Dès les premières secondes du film, on ne sait pas trop sur quel pied danser. On a un peu l’impression de se trouver dans l’émission culte Strip-tease sur France 3 qui laissait les protagonistes vaquer à leur quotidien devant la caméra, sans voix off. Au final, un grand film qui mérite la publicité qui en a été faite au festival de Cannes cette année.

La loi du marché ! On devine déjà un réquisitoire contre le système libéral. Eh bien non. Le film se contente de montrer sans juger le quotidien d’un homme qui se bat pour retrouver un job et conserver sa dignité. C’est cette impartialité, cette neutralité qui fait la force du film et décuple peut-être son pouvoir de dénonciation.

Chaque scène du film se suffit à elle-même ; chaque scène est une histoire à part entière, un moment de vie. Le film débute sur l’entrevue tragicomique de Thierry, chercheur d’emploi incarné par l'excellent Vincent Lindon et de son conseiller pôle emploi. L’envie de s’en sortir de l’un tranche avec l’impuissance mal feinte de l’autre.

Quelques tranches de vie de Thierry, chômeur qui cherche activement un job et qui finalement se reconvertira en agent de sécurité dans un supermarché :

  • - Une rencontre avec sa conseillère bancaire, qui souhaite que Thierry, dans une mauvaise passe financière, vende son appartement. Celui-ci ne s’y résout pas et refuse. La conseillère lui refourguera tout de même au passage une assurance décès…

  • - Son refus d’attaquer en justice son ancien employeur, car vivre dans le passé lui demande trop d’énergie. Il a besoin de cette énergie pour se tourner résolument vers l’avenir.

  • - L’acceptation passive et souvent cruelle de ce que les autres pensent de vous sans vous connaître (potentiel employeur, autres chercheurs d'emploi lors d'un atelier organisé par Pôle emploi). Comme si être en recherche d'emploi obligeait souvent à mettre sa dignité de côté...

Des moments durs, entrecoupés par la joie que procure la vie de famille. On mesure à quel point cette dernière s’avère décisive pour affronter cette épreuve du chômage longue durée.

Pas de misérabilisme. Pas de lutte des classes. Ce film montre la cruauté d’un monde du travail où il n’y a ni bons ni mauvais. Pas de sales patrons ni de gentils salariés, juste un système dans lequel chacun essaie de jouer sa carte et de surnager. Chacun semble pris dans une nasse, celle du chômage ou celle de l’entreprise. Le chômage, obsédant et dans lequel on tourne en rond, impuissant. L’entreprise – ici l’univers de la GMS – impitoyable pour les salariés qui dévient ne serait-ce que d’un iota des règles prescrites.

Ce film invite à la réflexion. Il montre ce qu’est une économie marquée par l’ultra-compétition et qui a perdu tout lien avec les réalités humaines. Une économie froide et glaçante, dénuée de toute chaleur humaine.

Cette économie que le CJD a vocation à réchauffer…

Antoine Lefranc
Le 19-08-2015
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