Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Relocalisation : mythe ou réalité ? (2/2)

On estime à 150 le nombre de relocalisations depuis dix ans et, signe positif, le rythme des relocalisations semble bien s’accélérer. Entre 2009 et 2013, 44 entreprises ont relocalisé une partie de leur production en France, tandis que 267 délocalisaient, selon l’Observatoire de l’investissement.

Mais comme nuance El Mouhoub Mouhoud[1], professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, et co-auteur d’une étude sur le sujet pour le gouvernement « On ne peut donc plus dire que c’est un épiphénomène, mais il n’y a qu’une relocalisation pour vingt délocalisations ».


Trois types de relocalisation

Si l’heure n’est pas au retour massif des entreprises françaises sur le sol national, le phénomène commence à être suffisamment significatif pour que Bercy s’y intéresse. La Direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services (DGCIS) a tenté de comprendre les motivations de 30 d’entre elles qui ont récemment rapatrié des activités. L’étude montre que « ces entreprises souhaitent surtout améliorer la logistique et la qualité de leur production, et bénéficier d’une meilleure image, notamment du “made in France” ». L’étude distingue :

- Les « relocalisations d’arbitrage», opérées par de grands groupes étrangers, souvent à niveau technologique élevé, visant les marchés mondiaux, « à l’issue d’une réflexion aboutie ».

- Les « relocalisations de retour» procèdent d’un raisonnement inverse : elles résultent « des déceptions, révélées au fil du temps, relatives au transfert à l’étranger de sites de production préalablement implantés en France ». Ce que gagnent en coût de production ces entreprises souvent plus petites, elles le perdent en défaut de fabrication et en coût élevé de transport de marchandises. Elles sont également « confrontées à des problèmes de contrefaçon ».

- Les « relocalisations de développement» concernent des PME françaises patrimoniales. Celles-ci ont initialement recherché des localisations dans des pays émergents à bas coût de main-d’œuvre. Cela leur a permis de lancer des produits, « avant que la relocalisation puisse être envisagée dans une étape de maturité et d’approfondissement des positions de marché ainsi établies ». En revenant en France, ces entreprises veulent notamment « monter en gamme ».


Un véritable projet

Si spectaculaires soient-elles, ces relocalisations ne doivent pas faire oublier que relocaliser ne garantit pas la poursuite de l’activité. En 2013, Renault Trucks avait lancé un retour de la production en France avant d’annoncer plus de 500 suppressions de postes l’an dernier. Fin 2012, la fonderie Loiselet reprenait la production en Eure-et-Loir ce qui faisait dire à Arnaud Montebourg« Après la fuite des usines vers le reste du monde, sonne l’heure de leur retour sur le sol national. ».En décembre 2013 a fait faillite… Et le 16 juin, la fonderie, fondée en 1850, a été discrètement achetée à la barre du tribunal de commerce de Chartres par trois hommes d’affaires algériens. Sur une centaine de salariés, ils en ont conservé 83. « La relocalisation mal maîtrisée a été la cause même du dépôt de bilan ».Probablement manquait-il au-delà d’un calcul de coûts, un véritable projet. À la différence de Kindy qui a fait rimer relocalisation et innovation avec ses chaussettes techniques et haut de gamme made in France...



[1] El Mouhoub Mouhoud,Mondialisation et délocalisation des entreprises, La Découverte, 2013.

Gilles Trichard
Le 7-10-2015
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