Novembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Relocalisation : mythe ou réalité ? (1/2)

Véhicule sans permis Bellier
Depuis quelques années, avec l’augmentation des salaires des pays émergents, on assiste, notamment aux États-Unis, à un mouvement de retour dans le pays d’origine, dit aussi « insourcing » ou relocalisation. Souvenons-nous du Let’s bring jobs back home » de Barack Obama. En France, dès janvier 2013, la France a également adopté, par la voie de son ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, un programme de soutien aux entreprises se relocalisant sur le territoire français. Mais la réalité est plus complexe…

Des chaussettes que l’on ne cache plus — slogan publicitaire de la marque — aux ateliers que l’on est fier de montrer… Ainsi pourrait se résumer l’évolution récente de Kindy à quelques mois de son 60e anniversaire.


Plus réactifs

Après avoir décidé de délocaliser pour faire face à la crise du secteur textile et la concurrence des pays à bas coût dans les années 2000, le numéro un français de la chaussette a choisi de revenir en France pour innover, en 2011. « La relocalisation, ici, a été vécue comme une grande fierté par les équipes, surtout dans un métier de main d’œuvre comme le nôtre, elle a permis de conserver un bassin d’emploi, ce qui dans le contexte actuel est plutôt une bonne chose » se félicite Xavière Pétillon. Lorsqu’elle descend dans les ateliers de tricotage de l’usine historique de Moliens (Oise), la directrice du marketing de Kindy admire ses nouvelles machines ultra-performantes permettant un tricotage avec intégration dite « à couture plate ». « Cela nous permet d’être plus réactifs en cas de problème technique ou de changement prévisionnel en vue d’un réajustement éventuel de l’offre ».Et de préciser que la relocalisation s’est faite dans la douceur. « On ne pouvait pas relocaliser à 100 %, c’eut été trop brutal. Nous avons relocalisé depuis la Chine, mais nous produisons toujours en Turquie ».

Comment bien peser les avantages et les inconvénients d’une relocalisation ? Derrière un certain lyrisme du patriotisme économique, il y a des choix à faire.L’ode au « made in France » d’Arnaud Montebourg, en 2013 s’est appuyée sur des donnés objectives avec l’outil Internet Colbert 2.0, destiné à tester le potentiel des relocalisations des entreprises. « Mais à chaque fois, c’est une décision qui renvoie à des stratégies d’entreprises autant qu’à des déterminants macroéconomiques » conclue une étude du cabinet de conseil Sémaphores.Dans tous les cas, la chaîne de valeur fait partie des éléments stratégiques à prendre en compte « Il est nécessaire de décortiquer certains éléments qui la composent : coûts liés à l’éloignement, coûts de transport, de logistique, de conservation et de stockage, qualité de la production des sous-traitants, risques de contrefaçons et propriété intellectuelle, explique Philippe Pelé-Clamour, professeur à HEC. Pour prendre sa décision, l’entreprise doit faire un diagnostic interne et externe sur les différents éléments de la chaîne de valeur en termes d’activité et de territoire ».


Un dynamisme local

Lorsqu’en 2010 le groupe Neuvessel a repris l’entreprise vendéenne VSP Bellier Automobiles, ses dirigeants ont tout de suite vu qu’ils allaient au « clash en termes de qualité » pour reprendre l’expression de son directeur commercial. « Théoriquement cela devait prendre peu de temps,souligne Eric Housset. Mais nous perdions plus d’argent que nous en gagnions avec la délocalisation». Tout arrivait de Chine par caisses et l’assemblage se faisait dans le centre de production deTalmont Saint-Hilaire, mais il fallait bien souvent reprendre la carrosserie et la peinture tant les défauts de qualité étaient nombreux. « Désormais, nous sommes plus réactifs, un coup de fil et l’on voit ce qu’il faut faire s’il y a un problème sur une caisse ou un châssis alors qu’avant, il fallait 6 semaines de transport lorsqu’il y avait des litiges ». Non seulement cette relocalisation a permis de créer des emplois, mais elle a généré un dynamisme local comme en témoigne le rachat de l’entreprise Greau Polyester, située à une heure trente, en vue de la fabrication du nouveau modèle de VSP électrique made in France prévu pour fin 2015.

À l’image de Bellier, nombreuses sont les entreprises qui rapatrient de l’activité dans l’Hexagone. Dans l’Ouest, on retrouve également les fameux Solex, dont une partie est désormais fabriquée à Saint-Lô, après l’avoir été en Chine. Ou encore les LED de DelI Ing, produites à Lannion. Citons également les jeux de construction Meccano, dans le Nord de la France, ou le fabricant de ski Rossignol, en Haute-Savoie.


Gilles Trichard
Le 30-09-2015
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