Mars 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Crowdfunding : l'exemple de Bowindo

A la tête de la société Bowindo créée en 2009, Jérôme Heaulme vient de recueillir 80 000 euros en 8 jours sur la plate-forme de crowdfunding Unilend, dédiée à des projets de développement de TPE traditionnelles. Ce dirigeant d’une entreprise artisanale d’installation de portes et fenêtres n’escomptait pas un succès aussi rapide. Il souhaitait juste « relooker » son showroom situé au centre de l’agglomération lilloise.

« Les banques ne vous prêtent que contre garantie. Le crowd funding permet de court-circuiter les banques qui ne sont pas en phase avec les besoins de trésorerie des entreprises », estime ce dirigeant. Rien d’étonnant à ce que déjà près de 30 % du financement des entreprises aux Etat-Unis passe désormais par le crowdfunding.

« Je n’étais pas du métier quand j’ai décidé en 2009, de me lancer dans ce projet d’entreprise. En tant que Concepteur-Rédacteur dans la publicité depuis 15 ans, je travaillais déjà en indépendant ». C’est arrivé par hasard. Ayant décidé de changer les fenêtres de sa maison, il a comparé les différentes solutions : grande distribution ou artisans. Après avoir reçu différentes propositions, il a retenu celle d’une entreprise arrageoise dont le commercial sur Lille venait de quitter l’entreprise. Au pied levé, Jérôme Heaulme lui propose ses services payés uniquement à la commission. Ce qui lui a permet de découvrir la partie technique du métier. « J’ai de suite souhaité créer une entreprise tournée vers le client, basée sur un vrai concept de service, ou la qualité de la pose est aussi importante que la qualité des produits installés. Je me suis mis en quête de fabricants, de sous-traitants ‘poseurs’ de qualité. Il me fallait trouver des fournisseurs et sous-traitants d’un savoir-faire et d’une garantie décennale ».

La vente de menuiseries sur-mesure suppose de faire des vérifications techniques, des prises de côtes. « Après 6 mois d’activité, j’avais un chiffre d’affaires suffisant pour avoir ma propre équipe de pose, j’ai donc embauché 2 poseurs. Malheureusement j’ai fait confiance aux techniciens qui ont pu abuser de ma crédulité au départ. Progressivement, je me suis informé et formé et je me suis aguerri », reconnaît le dirigeant qui en est venu à licencier les salariés indélicats.

Jérôme Heaulme a pris le parti de travailler avec toute une gamme de fournisseurs afin de pouvoir proposer différents types de modèles (portes, fenêtres, volets, portes de garage) et s’adapter à toutes les exigences des clients : performances thermiques, particularités techniques, délais de livraison...

Il lui a fallu deux ans pour arriver à l’équilibre. Au début il travaille de chez lui et entrepose le matériel dans son garage, mais assez vite, il prend un entrepôt, plus pratique au niveau de la logistique.

Qualification.

Face à des concurrents qui ont tendance à baisser leurs prix sous la pression des clients-acheteurs, et donc à réduire dangereusement leurs marges, Bowindo s’inscrit dans une démarche de qualité, de service et de certification. L’Etat a mis en place le principe d’éco-conditionnalité. Pour que les clients puissent accéder à différentes aides fiscales et subventions sur les travaux (Crédit d’Impôts, éco-prêts à taux zéro, subventions par l’ANAH qui permettent une prise en charge du projet jusqu’à 90 %), il faut avoir la certification RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). « C’est un label que vous obtenez en passant une formation de 7 jours. Mais pour que ce soit validé il faut que vous puissiez justifier d’une certification professionnelle de type Qualibat », explique-t-il. Un dossier de qualification qui passe tout au crible : bilans comptables (fiscal, URSSAF sur trois ans), bilans techniques (outillage, CV, parcours, avec 3 chantiers référents. « Ça prend un an. Je l’ai obtenu en 2013’. Résultat j’ai la double qualification Qualibat + RGE ». Jérôme Heaulme est aussi partenaire Bleu ciel EDF, et adhérent de la Fédération Française du Bâtiment.

Un homme de réseaux

Je suis adhérent du CJD depuis septembre, je m’y intéressais depuis quelques années car j’avais un ami, Olivier Vinot, qui m’en faisait l’éloge régulièrement. Alors quand je lui ai parlé de mon ‘aventure’ crowdfunding, il en a parlé à Laurent Bazin, un de ses amis de la section de Lille qui est devenu le vice-président national. « Le CJD porte de bonnes valeurs : l’audace et l’optimisme. Il permet aux dirigeants de PME/TPE de se former, à manager une équipe, par exemple. Le métier d’entrepreneur ne s’apprend pas dans les écoles »estime-t-il.

Jérôme Heaulme fait aussi partie d’autres réseaux tels que le BNI, un groupement d’origine américaine qui pratique le marketing de bouche à oreille. Un réseau qui contribue à aider les entrepreneurs à développer leur activité grâce aux recommandations. Et, sans conteste, il faut être soutenu dans ce métier d’entrepreneur, chronophage et qui engage toute votre façon de vivre. Par la famille en premier lieu.

Ma femme me suit.

« Si j’ai un conseil à donner à ceux qui créent une entreprise, c’est de s’assurer que leur conjoint le soutienne. J’ai fait un burn-out total à force de prendre des risques, il y a une pression tout le temps, et une charge de travail harassante ». Heureusement, sa femme a pris le relais quelque temps. « Je me suis fait suivre par un coach de dirigeant, ce qui m’a permis de prendre conscience qu’il fallait se réserver du temps pour recharger les batteries, de façon régulière, égoïstement. Désormais, je joue au golf et c’est reparti ».

Le burn-out a été révélateur. Face à la charge de travail qui augmentait avec le temps, débordé de commandes, Jérôme Heaulme s’est trouvé face à un dilemme : soit redescendre d’un cran et alléger la structure, soit développer l’entreprise. Il adopte le plan B qui prévoit d’embaucher un à deux commerciaux supplémentaires, d’étoffer les équipes de pose, d’embaucher un responsable technique, de revoir le site internet et d’améliorer le showroom, très important pour la concrétisation des ventes. « J’ai donc échafaudé un plan de bataille de prospection planifié qui passait par les banques ». Un ami du réseau BNI, Benoît Gary, l’aide à préparer la présentation financière du projet pendant un an, en particulier à améliorer la cotation de la banque de France pour rendre le risque plus acceptable [il augmente le capital à hauteur de 16 000 euros]. Ils déposent le dossier auprès de la plate-forme de crowdfunding : les trois derniers bilans, le Kbis et un projet valide. Et surprise, c’est d’une simplicité déconcertante. « Au final, nous aurions pu lever 140 000 euros, mais nous nous sommes limités à 80 000 euros, un prêt consenti à un taux moyen de 9 %, une contrepartie du placement à risque, pour lequel il ne faut ni garantie ni caution ». Avec 6 salariés et 780 000 euros de CA en 2013, Jérôme Heaulme envisage avec optimisme de réaliser 1, 3 millions d’euros en 2015.

Thérèse Bouveret
Le 18-05-2015
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