Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


CJD – Fondation du Prado : un partenariat exemplaire

Depuis plus d’un an maintenant, le CJD et la Fondation du Prado ont noué un partenariat visant à rapprocher des jeunes en grande difficulté d’un univers du travail dont ils se trouvent très éloignés. Une expérience fructueuse à plus d’un titre sur laquelle la journée du 31 mars fut l’occasion de faire le point. Belles rencontres…

Depuis 150 ans, la Fondation du Prado accueille des jeunes issus de la Protection Familiale ou en situation de handicap, tous en rupture de liens familiaux. 1500 à l’année, âgés de 4 à 18 ans (parfois 21) hébergés dans 35 structures de la région Rhône-Alpes. Elle les protège et les éduque, en tentant de leur faire retrouver une place dans la société. « La moyenne d’âge étant de 16 ans, explique Faustine Waeckel, en charge des partenariats de la Fondation, l’insertion est une de nos préoccupations majeures. Nous avons un besoin impérieux de nous rapprocher des entreprises pour pouvoir mettre nos jeunes en contact avec le monde du travail. Cela n’a rien d’évident et c’est pourquoi nous avons été enchantés, il y a un peu plus d’un an, lorsque le CJD nous a contacté pour nous proposer un partenariat».

Une initiative émanant de Franck Collaudin, dirigeant d’une entreprise de vérandas qui, en rejoignant le CJD de Lyon il y a 18 mois, découvre qu’existe une commission « Actions du cœur ». « Ma proposition a été très bien accueillie, se souvient Franck. Elle me tenait d’autant plus à cœur que j’ai moi-même passé 4 années de ma vie au Prado, de 15 à 19 ans et que je connais donc bien la problématique. Ces jeunes ont tant de problèmes que, derrière la découverte des entreprises et des métiers, l’essentiel est qu’ils apprennent, au moins, les codes du monde du travail : être à l’heure, correctement habillés, etc. Et surtout qu’ils cessent d’en avoir peur ! »

Accueil bienveillant

Une dizaine d’adhérents du CJD répondent aussitôt présents à l’appel et, avec les équipes du Prado, la collaboration s’engage ; un parcours de découverte est mis au point. Durant deux mois, les jeunes découvriront 4 ou 5 entreprises différentes en s’immergeant dans chacune une semaine. Sur place, on leur réserve un accueil bienveillant sans non plus faire dans l’occupationnel afin qu’ils découvrent le vraitravail. Certains craquent au bout de deux jours, disparaissent dans la nature. « Certains membre du CJD hallucinaient, convient Faustine. Je leur ai alors expliqué que ces jeunes gens n’avaient jamais vu leurs parents se lever le matin pour aller travailler ». D’autres au contraire sont comblés. « Au bout de quelques jours, on les voit changer, témoigne Franck, ils prennent confiance et on sent vite ce qui leur plaît ou pas. Alors on fait jouer le réseau du CJD, les dirigeant vers le copain hôtelier ou menuisier ».

D’autres jeunes encore, en situation de handicap, refusent d’admettre celui-ci. « L’un d’eux n’était d’évidence pas en situation de s’adapter, mais, comme il était en rébellion totale, il refusait de le reconnaître, explique Faustine. Au terme de cette immersion bienveillante dans le concret, il a compris que le travail était trop mobilisateur et accepté de passer en milieu adapté. Un grand pas de franchi».

Rapprocher les univers…

Sur les 17 jeunes accompagnés, l’expérience a été une vraie réussite pour plus d’une douzaine. Un constat effectué par les adhérents du CJD et éducateurs du Prado réunis lors de la journée du 31 mars. « On s’était déjà retrouvés de manière ponctuelle, expose Gaël Genety, en charge de cette journée : pour un match de foot et une sorte de “Vis ma vie” organisé pour balayer les croyances limitantes qu’on peut avoir les uns sur les autres. J’avais par exemple un peu tendance à penser que les éducateurs sont trop dans l’excuse vis-à-vis de ces jeunes ; eh bien pas du tout, ils les poussent vraiment, mais cela n’a rien d’évident. On a donc passé la journée du 31 ensemble : 9 jeunes, 8 éducateurs, 10 entrepreneurs du CJD. Visité des entreprises, proposé un quizz pour voir ce qui plaisait aux jeunes et ce qui leur manquait, organisé plus tard une petite “plonge en costard” qu’ils sachent qu’ils sont fous, ces JD ! Et enfin, la soirée débat (où d’autres entrepreneurs du CJD nous avaient rejoints) a été animé par un philosophe. C’était très riche. Bien sûr, cela nous met en contact avec l’immensité du travail qui reste à accomplir, d’autant que les structures comme le Prado ont de moins en moins de fonds, donc de plus en plus besoin de nous. Mais ces jeunes sont notre avenir et quand vous voyez une petite lumière s’allumer dans leur regard et que vous sentez derrière cette énergie débordante, ces envies — de créer pour certains – qu’il suffit de canaliser, vous savez pourquoi vous donnez du temps, du partage, de vous-même ! »

Créer le déclic

« Le CJD nous aide également à mieux structurer nos demandes et nos attentes vis-à-vis des autres entreprises vers lesquelles nous nous tournons, ajoute Faustine. Grâce à cette relation privilégiée, nous maîtrisons mieux les enjeux de ce type de partenariat »

« Tout tient, parfois, à si peu de choses, conclut Franck. Un des jeunes que j’avais dans l’entreprise fuyait systématiquement le boulot, se cachant ici ou là. Le deuxième jour, il a carrément disparu. Je l’ai revu pour lui rendre son carnet d’évaluation et l’ai repris sur son comportement, lui ai fait la morale, mais en laissant la porte ouverte. Le samedi suivant, il m’appelait sur mon mobile ; il voulait revenir travailler. “Attention : il faudra tenir toute la semaine !” je l’ai prévenu. “J’ai compris”. Et c’était vrai. Ces jeunes ont bien sûr besoin d’un cadre et il ne s’agit pas de leur faire de cadeau, mais il ne faut surtout pas les rejeter et, à un moment, savoir leur faire confiance. Alors, se produit en eux un déclic, une prise de conscience. C’est ça le but. A son âge, j’avais moi-même été pris en stage et je dois avouer que je n’avais vraiment pas fait grand-chose. Des années plus tard, j’ai recroisé dans la rue le chef d’entreprise qui m’avait accueilli. J’étais en galère et ne trouvais pas de boulot ; je le lui ai dit… C’était un samedi matin ; le lundi, j’embauchais. Je n’ai plus cessé de travailler depuis».

NB : une excellente présentation du partenariat CJD-Prado a été proposée par Justine, Franck et Gaël sur TLM, visionnable en ligne sur le site de la chaîne locale comme sur celui du Prado.

Jérôme Bourgine
Le 8-04-2015
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