Décembre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Qu'est-ce que l'impertinence ?

De l’impertinence à la provocation, la frontière est floue. Existe-t-elle seulement ? À cette question, nous connaissons malheureusement la réponse des terroristes qui s’en sont pris à Charlie Hebdo. Petit retour sur une notion qui, dans la société tout entière comme dans l’entreprise en particulier, fait débat aujourd'hui.

Le mot "impertinence" apparaît au XVIe siècle, deux siècles après l’adjectif "impertinent". L’impertinence, c’est étymologiquement «ce qui n’a pas rapport à », ce qui est « inapproprié ». Elle ne se pense donc que par « rapport à » une norme communément admise. L’impertinence est ainsi synonyme d’absence de conformité.L’apparition du terme semble traduire une dissonance, une discordance, une inconvenance, une incohérence, une infraction eu égard à une norme.


INCONTINENCE

À travers le mot impertinence, la norme de la raison dénonce une extravagance ; le mot devient progressivement synonyme de « sottise ». Il dénote une « action ou parole sotte », contre la raison bien sûr, mais aussi contre la bienséance. Les nombreuses sentences ou maximes des moralistes des XVIIe et XVIIIe siècles l’illustrent merveilleusement. « Ce n’est pas l’ignorance qui est inadmissible, c’est l’impertinence »,affirmait ainsi Claude-Adrien Helvétius (1715 – 1771). Il y a dans les faits deux sortes d’ignorants : ceux qui ignorent, et ceux qui prétendent connaître. L’ignorant passif et l’ignorant actif, en d’autres termes. L’impertinent appartient à cette seconde famille. À ce titre, l’impertinent est un intempérant. Pire, un incontinent : il peine à se retenir là où la prudence et la pudeur, pourtant, le commanderaient.

Pour s’en convaincre, évoquons ce grand moraliste qu’est Jean de La Bruyère (1645 – 1696).« L’impertinent est un fat outré. Le fat lasse, ennuie, dégoûte, aigrit, irrite, offense ; l’impertinent rebute, aigrit, irrite, offense. Il commence là où l’autre finit ». Pour les moralistes, l’impertinent est à la fois un vantard et un imbécile. L’impertinence revêt ainsi une valeur dépréciative. La tradition moraliste voit certes dans l’impertinence le danger de l’outrecuidance, de l’« hubris », c’est-à-dire de démesure… mais aussi et surtout celui de la transgression.


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C’est la thèse d’un ouvrage d’un certain Joseph de Maimieux (1753-1820), qui signe en 1788 un étonnant Éloge philosophique de l’impertinence.Maimieux voit dans la critique de l’impertinence la réaction d’une morale étriquée et l’affirmation de l’autorité qui réprouve toute contestation, fût-elle salutaire. Titrer son ouvrage L’Éloge philosophique de l’impertinence sonne comme un hommage à peine déguisé au célèbre et mordant Eloge de la Folie d’Érasme (1469 – 1536), un des chefs-d’œuvre de la Renaissance qui fera de son auteur un hérétique aux yeux de l’Église. Cette velléité contestataire ne prend pas naissance à cette époque, mais s’enracine dans une longue tradition qui prend racine chez les cyniques grecs.

Le combat que livrent les Lumières et les libertins aux dogmatismes s’inscrit donc dans cette lignée. De Beaumarchais à Montesquieu, de Voltaire à Diderot, de Crébillon à Sade, les attaques contre l’absolutisme politique, l’obscurantisme religieux, les hiérarchies sociales sont nombreuses et parfois violentes.D’une vision où l’impertinence est fautrice de trouble, génératrice de désordre, nous glissons progressivement vers une conception dominante qui voit l’impertinence porteuse de vertus émancipatrices.

Antoine Lefranc
Le 18-02-2015
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