Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Femmes créatrices d’entreprise : le grand virage ?

Depuis des décennies, le pourcentage d’entreprises créées par les femmes n’évolue pas. La faute à qui, à quoi ? À tous et à des tas de choses, disons : à notre culture et ses stéréotypes. Dommage : les femmes aux affaires obtiennent de très bons résultats. Pourtant, depuis très peu de temps, les choses changent. Même les pouvoirs publics ont décidé de bouger...
En France, la création d’entreprises au féminin stagne aux alentours des 30% depuis… plus de 20 ans ! Et depuis plus de 20 ans, on entend dire : « il faut faire quelque chose ». Avant ? On ne s’y intéressait tout simplement pas : pas d’études, peu de chiffres et - même au CJD - lorsque le sexe dit faible était à l’ordre du jour, c’était pour évoquer la femme dans l’entreprise et non pas créatrice ou dirigeante. En 2002, un groupe d’experts a bien réalisé un Livre Blanc de l’Entrepreneuriat Féminin débouchant sur 24 propositions (égalité face aux prêts bancaires, compatibilité vie professionnelle/vie familiale, programme de statistiques et d’études, etc.) et relancé plusieurs années de suite le débat, espérant que banques, organismes ou gouvernement s’intéressaient au sujet. En vain.


Dans le ventre mou

Mais est-ce si grave, après tout, de stagner à 30% d’entreprises féminines ?... Contrairement à ce que titrait récemment un magazine économique, la France, de ce point de vue, n’est pas lanterne rouge de l’Europe, elle se situe en milieu de classement, loin derrière l’Angleterre et l’Allemagne certes et très loin derrière les E-U où une entreprise sur deux est dirigée par une femme. Néanmoins, s’agissant de « l’accès au monde économique », notre pays voisine, pour les femmes, avec la Thaïlande à la… 50ième place ! Quant à savoir si c’est grave, disons qu’à présent, si on s’intéresse à la question du genre (masculin/féminin), on a noté deux ou trois choses. D’abord, les pays ayant le meilleur potentiel de croissance sont ceux comptant le plus de femmes chefs d’entreprise. Ensuite, leur présence est tout aussi bénéfique sur la courbe de l’emploi. Enfin, les entreprises les plus performantes sont celles qui comptent le plus de femmes dans leurs conseils d’administration. Des faits. Mais à quoi ressemble la créatrice d’entreprise française ?... Séverine Le Loarn, professeur en école de management et co-auteur d’un excellent ouvrage[1] sur le sujet nous aide à en dresser le portrait-robot.


Tu seras entrepreneuse, ma fille !

Elle est jeune (la trentaine), mariée, avec des enfants ; plus diplômée que Monsieur, elle crée essentiellement une activité mono-employée dans le secteur social et où l’utilité l’emporte sur la rentabilité. Si elle investit davantage sur ses fonds propres, c’est en partie dû au fait qu’elle éprouve plus de difficulté à obtenir des financements (le double de prêts refusés !). Et si elle s’associe moins que le créateur, sa conception particulière du management (plus coopératif et participatif) se révèle payante, la croissance des entreprises qu’elle dirige étant jusqu’à 40% supérieur sur un même secteur !

Enfin, Séverine Le Loarn met en avant une caractéristique purement française fort intéressante : « Jusqu’à il y a peu, la grande majorité des femmes créatrices d’entreprise étaient des « filles de » (parents entrepreneurs). Il leur fallait un exemple concret proche pour qu’elles « s’autorisent » à imaginer la création. Si cela demeure vrai pour les femmes d’un certain âge, on observe un effet générationnel très marqué : chez les moins de 30 ans issus d’écoles de commerce, la différence hommes-femmes dans la création ou la direction d’entreprise a tendance à… disparaître». Au point que 12% des entreprises créées par des femmes aujourd’hui le sont déjà par des… étudiantes. Riche idée donc d’avoir mis en place cette année un statut officiel d’étudiant-entrepreneur permettant de mener de front études et projet entrepreneurial !


« Mais que fait le gouvernement ?!! »

Et puisqu’on en est aux bonnes nouvelles, le « plan de développement de l’entrepreneuriat féminin » en trois actes annoncés par Najat Vallaud-Belkacem l’an dernier, prend peu à peu corps. Acte 1 : « sensibiliser, orienter, informer », c’est parti (dans l’enseignement supérieur principalement). Acte 2 : « Renforcer l’accompagnement des créatrices »… dont acte également puisqu’en février dernier les 14 principaux réseaux d’aide à la création d’entreprises ont signé un pacte dans ce sens. Concernant, enfin, le 3 : « Faciliter l’accès des créatrices au financement », BPIfrance (qui doit injecter 8 milliards d’euros d’ici 2017 dans les entreprises) a reçu pour consigne de « considérer avec une attention particulière les projets portés par des femmes » et le gouvernement a fait la leçon aux banques. Qui créera verra…




[1] « Femme et entrepreneur, c’est possible ! ».C’est le titre, parlant, de l’ouvrage que viennent de publier 5 femmes, toutes enseignantes et/ou entrepreneuses/dirigeantes… Un guide pratique extrêmement ludique s’adressant aux femmes qui se sentent attirées par l’entrepreneuriat. Sous forme de quizz ou de jeu de l’oie, les auteures balaient les clichés sur la création d’entreprise au féminin, font passer les informations essentielles, permettent à leur lectrice d’auto-évaluer son profil entrepreneurial, délivrent pistes, outils pratiques, liens, conseils et témoignages, sans oublier de traiter comme il se doit la question de l’équilibre vie familiale - vie professionnelle. Aux éditions Pearson.


Jérôme Bourgine
Le 19-08-2016
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