Avril 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Une pédagogie par la simulation et l’entraînement

Pierre Troton
Introduites il y a environ 25 ans en France, les Entreprises d’Entraînement Pédagogique (EEP) sont aujourd’hui 110 et accueillent chaque année 7000 « stagiaires », pour la plupart demandeurs d’emploi. Un support pédagogique plébiscité par les participants.

Le concept des EEP est né en Allemagne et a été importé en France dans les années 90, dans des bassins d’emplois qui connaissaient des reconversions professionnelles, les régions de Roanne et du Nord-Pas-de-Calais. « J’ai découvert ces structures, explique Pierre Troton fondateur et dirigeant du réseau français des EEP, dans le cadre des échanges de villes jumelées. Mais en Allemagne, elles se situaient en formation initiale, dans les locaux d’écoles transformés pour partie en entreprise. À mon retour, j’ai proposé à Jean Auroux, ancien ministre du travail de François Mitterrand et maire de Roanne à l’époque, d’adapter cette pédagogie en la transposant aux demandeurs d’emploi. Notre idée était d’utiliser l’employabilité manuelle des personnels des entreprises textiles et de l’orienter vers les métiers du secrétariat, de la bureautique… en les faisant directement travailler sur les “outils” adaptés, notamment les ordinateurs. Nous voulions gommer au maximum la théorie pour apprendre grâce à la pratique. Ce concept s’est ensuite développé, d’autres sites se sont ouverts un peu partout en France. »

Aujourd’hui dans le monde, il existe près de 5 500 EEP constituées en réseau et réparties dans une quarantaine de pays. Chacune est une entreprise fictive, mais les tâches accomplies par les stagiaires sont réelles puisque chaque EEP est alimentée quotidiennement par les autres, en commandes, factures, offres, bons de livraison, bulletins de paie, déclaration de TVA, documents de tous types servant à la formation. Parallèlement, les apprenants découvrent le commerce international et l’usage des langues étrangères dans leur travail quotidien.

Une EEP fonctionne à l’image d’une PME commercialisant produit ou service. Les stagiaires y apprennent le commerce, la comptabilité, l’informatique, le marketing, la vente, l’achat, la gestion du personnel. Chaperonnés par des formateurs, ils travaillent, ont une fonction, mais ne voient circuler ni argent, ni marchandise réelle. Chaque formation est individualisée et adaptée aux objectifs poursuivis. Il peut s’agir d’un simple perfectionnement ou d’un parcours qualifiant permettant d’obtenir un titre professionnel. « La sélection des candidats poursuit Pierre Troton, se fait par des entretiens et des tests afin d’éviter par exemple, de réapprendre ce que l’on sait déjà. Nous essayons de mettre en avant la possible polyvalence professionnelle. Cette construction partagée du projet est ensuite présentée à Pôle emploi et ensuite, pour le responsabiliser, le stagiaire s’engage par la signature d’un contrat. »

Cette pédagogie plus pratique, plus concrète, repose sur des décors, une architecture, du matériel et met l’apprenant dans des conditions presque réelles. Et ça marche. Chaque EEP accueille entre 50 et 90 stagiaires par an et 60 à 70 % d’entre eux retrouvent une solution d’emploi : CDD de plus de 6 mois, CDI, intérim et même création d’entreprises. « Garder cette habitude de se lever, s’organiser, travailler en équipe permet de reprendre confiance en soi. On apprend en faisant. On se remet en selle tout en acquérant le savoir-être requis en entreprise. »

Une pédagogie qui commence à intéresser les lycées professionnels puisqu’une dizaine d’entre eux ont aménagé dans leur établissement respectif, des locaux d’entreprises pour les lycéens ou/et étudiants en BTS. En 2015, elle pourrait encore se développer puisque la loi du 5 mars dernier, prévoit de créer un compte personnel de formation et des périodes d’immersion professionnelle en entreprise pour les demandeurs d’emploi.



EN SAVOIR PLUS :


Axisco : l’entreprise comme si on y était

Depuis quelques jours, les locaux de l’entreprise C Format Pro Conseil qui hébergent l’entreprise d’entraînement pédagogique, Axisco, sont implantés à Montmorency, à 200 mètres à peine de la gare d’Enghien-les-Bains dans le Val d’Oise. Plus modernes et plus fonctionnels que ceux de Sannois, les 500 m² de bureaux, permettent d’accueillir un public plus nombreux.

« À l’origine, explique Francine Pommier directrice du centre de formation qui héberge l’entreprise d’entraînement pédagogique, Axisco œuvrait dans le secteur de la web économie. En 2013, nous avons décidé de faire évoluer cette activité vers l’externalisation de la paie et la gestion des Ressources Humaines. Nos stagiaires qui peuvent avoir entre 19 et 56 ans, apprennent les métiers de la comptabilité, du secrétariat, de la gestion de paie, des RH… avec leurs clients, les stagiaires des autres entreprises fictives du réseau des EEP en France et à l’étranger. » Les stagiaires, demandeurs d’emploi, salariés, travailleurs handicapés… acquièrent des compétences de manière naturelle et développent leur autonomie. Après leur formation d’une durée moyenne de 4 à 5 mois suivie d’un stage en entreprise, 70 à 75 % des apprenants d’Axisco trouvent ou retrouvent un véritable emploi. « Ils perçoivent dans cette pédagogie une manière concrète de se former sans réintégrer l’école poursuit Francine Pommier. Certains parlent même, à l’extérieur, de leur travail et de leurs collègues. »


Ce qu’il faut savoir sur les EEP

Le concept d’EEP est utilisé dans le monde par des établissements scolaires, des centres de formation, des entreprises réelles et des bureaux de sélection et de recrutement. L’école d’entraînement pédagogique peut être parrainée par une ou plusieurs entreprises réelles qui ont le même objet social qu’elle. Certaines grandes firmes ont leur propre EEP et les utilisent comme cadre et méthode pour la formation et l’entraînement au commerce, à la comptabilité, à l’informatique, au marketing et à la vente, à l’achat, à la gestion du personnel. Le réseau international des EEP s’appelle EUROPEN en Europe et PEN International dans le monde.





Isabelle Chatain
Le 27-07-2016
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