Octobre 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La Ruche, un cocon pour entreprendre

Ouverte en 2008, La Ruche accueille aujourd’hui 60 structures de l’entrepreneuriat social. Outre la location de bureaux, cet espace de travail favorise l’échange, les partenariats et la professionnalisation du secteur.

On entendrait une mouche voler. À la Ruche, espace de travail de 500 m2 pour entrepreneurs sociaux ouvert à Paris en 2008, on ne badine pas avec la concentration des occupants : à l’entrée, une pancarte invite les visiteurs à parler bas pour ne pas déranger. Il faut dire que pas moins de 60 structures composées de 1 à 5 personnes y ont élu domicile de façon permanente ou par intermittence.

Communauté apprenante

L’association La Ruche qui comprend 3 salariés en charge de la gestion du lieu propose des bureaux flexibles (utilisables 10 jours par mois) et des bureaux résidents*. Outre les services de base (internet, etc.), l’endroit comprend un coin cuisine, des salles de réunion et même un petit local réservé à la sieste de 13 h à 15 h. On ne badine pas non plus avec le bien-être des résidents. Des meubles en bois aux plantes vertes en passant par les petits messages sympas qui s’écrivent sur des post-its dans les toilettes, tout ici respire la convivialité. C’est de fait un des objectifs de l’endroit que résume Blanche Rérolle, sa directrice générale : « L’état d’esprit de la Ruche, c’est la création d’une communauté apprenante ».

Pour y parvenir, les candidats à l’emménagement sont triés sur le volet. Appartenir à l’une des « familles d’impact » de l’entrepreneuriat social – baisse des inégalités, évolution des organisations, développement de modes de vie plus durables — constitue le premier critère. Suivi par d’autres. « Pour chaque projet, nous demandons quel est le défi relevé, sa pertinence et la réponse innovante qui est proposée. Le modèle économique doit également être solide, la gestion de l’organisation en phase avec des principes de bonne gouvernance et la motivation pour nous rejoindre palpable », détaille Blanche. Pour le reste, la grosse majorité des occupants sont trentenaires, et 70 % d’entre eux ont opté pour un statut d’entreprise (SCOP, SARL, SCIC…). Les projets sont par ailleurs à différents stades d’avancement — de l’idée à son application depuis 5 ou 6 ans – quand leurs créateurs intègrent la Ruche. Pour la majorité d’entre eux, la motivation première pour s’y installer, c’est la fuite de l’isolement, un mal qui ronge nombre d’entrepreneurs. Ayoube Rami était de ceux-là. Heureux créateur de Solimoov, une application qui permet de soutenir financièrement des associations en faisant du shopping en ligne, il a intégré la Ruche il y a un an. Il relate : « si j’étais resté seul dans mon coin, je serai allé droit dans le mur et mon projet n’aurait pas vu le jour. À la Ruche, je suis comme un poisson dans l’eau : j’ai bénéficié de nombreux conseils, j’ai testé le concept avec des associations installées ici, j’ai gagné du temps et je me suis professionnalisé grâce au parrainage de la Social factory… » Cette organisation d’accompagnement, d’incubation et de formation travaille en lien étroit avec la Ruche et certains de leurs résidents. L’idée : « leur donner toutes les chances de réussir en leur permettant d’identifier les freins, les bons interlocuteurs, les outils propres à l’entrepreneuriat social, etc. », explique Sophie Vannier, associée de la Social factory, qui s’est constituée en SAS.

Un besoin de professionnalisation et d’essaimage

Professionnaliser l’entrepreneuriat social est au cœur de la démarche de la Ruche, et ce depuis l’origine, quand six acteurs phares du secteur* ont décidé d’ouvrir le lieu. « En 2008, il y avait un manque d’espace pour travailler auquel s’ajoutait un manque de ressources, de contacts et de lisibilité. La Ruche, ce sont des bureaux, mais aussi l’opportunité d’être immergé au sein d’une communauté d’entrepreneurs, d’échanger sur ses difficultés, de bénéficier de conseils voire de trouver des clients ou de répondre à des appels d’offres à plusieurs structures », constate la directrice générale. Et pour favoriser ces passerelles, des rendez-vous réguliers ont été mis en place. Le déjeuner du vendredi permet à chacun de partager son actualité. Des échanges de compétences et de bonnes pratiques sur des sujets tels que les outils statistiques de Google ou le fonctionnement des marchés publics sont organisés ainsi que des groupes de co-développement sur des projets communs. « Nous nous définissons comme une plateforme de collaboration qui donne de la visibilité et de la légitimité à nos résidents. La Ruche attire en effet des entreprises, des journalistes, des investisseurs, des financiers… et appartient à des réseaux, comme Paris incubateurs, qui peuvent leur être utiles », assure Blanche.

Fin 2013, la Ruche, qui s’autofinance en totalité, a signé un partenariat avec Orange pour développer l'entrepreneuriat social en France. Première retombée concrète : l’ouverture d’une 2ème Ruche à Bordeaux à l’automne 2014 ; Rennes et Strasbourg devraient suivre. Un partenariat également placé sous le signe du mécénat de compétences et de l’achat d’expertise auprès d’entrepreneurs de la Ruche pour développer de nouveaux produits et services. Les heureux élus seront peut-être contraints de quitter la Ruche un jour : les résidents y restent deux ans en moyenne et ils en partent souvent quand leurs structures deviennent trop importantes. Mais Blanche Rérolle l’assure : « depuis l’ouverture, 200 structures sont passées par la Ruche. Malgré ce turn-over, les anciens tiennent à rester dans la communauté. »


* Le loyer mensuel est de 250 euros par poste par mois pour un bureau flexible et de 395 euros par poste par mois pour un bureau résident.

* Ashoka France, Entrepreneurs Sans Frontières, Mozaïk RH, l'Adive, Jeunes Entrepreneurs de France et Equitel.

Anne Dhoquois
Le 26-07-2016
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