Juin 2017
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


PME et mécénat : l'exemple du musée du quai Branly

Crédit photos : musée du quai Branly
Le saviez-vous ? Les chefs d’entreprise figurent au premier rang des mécènes à titre personnel ! Selon une très récente étude d’Admical , 73 % des entrepreneurs et cadres dirigeants s’engagent personnellement pour l’intérêt général, tant par le don d’argent (900 euros en moyenne) que par le soutien à des projets, fondations ou associations. Ce qui représente pas moins de 200 millions d’euros annuels de mécénat. Mais la philanthropie ne s’arrête pas là, plus de la moitié des sondés ayant déclaré aussi mener des actions de mécénat au sein de leur entreprise. L’occasion d’illustrer cette étude en présentant une initiative collective et pour le moins unique : des dirigeants de PME mécènes… du musée du quai Branly à Paris.

Qui a dit que le mécénat était exclusivement réservé aux grandes entreprises et aux fondations ? Certainement pas Blandine Sebillotte, Vice-Présidente du Centre des Jeunes Dirigeants de Paris, qui a initié avec plusieurs entrepreneurs un projet de mécénat. Une démarche collective qui dure depuis trois ans !

Tout commence selon Blandine par une envie de créer un projet commun, un projet qui permettrait de découvrir un nouveau monde, de s’aérer de son quotidien et surtout, de s’engager à plusieurs dans une démarche que l’on ne pourrait ou voudrait faire seul. « Tout seul on va plus vite. Ensemble, on va plus loin » comme nous le rappelle le proverbe. Mais il y a aussi clairement une envie de créer une histoire : entre le chef d’entreprise et ses collaborateurs, entre le chef d’entreprise et l’artiste brimé qui sommeille en lui, entre le chef d’entreprise et son double « jeune dirigeant du CJD », et bien sûr entre les adhérents mêmes du CJD. Une histoire de sens, de valeurs, pour un mécénat par et pour les individus, au service de la cité.

Le musée du quai Branly répondait parfaitement à ces attentes. « Nous avons fait connaissance avec un musée qui nous a énormément plu,notamment par ses valeurs, sa vocation, son professionnalisme, sa jeunesse et son esprit d’équipe » raconte Blandine. Et contre toute attente, le musée du quai Branly a lui aussi envie d’explorer le mécénat des « petites boîtes ». Christophine Erignac, de la Direction Mécénat du musée, explique : « Très naturellement, le musée s’orientait vers les grandes entreprises, la plupart de nos projets nécessitant des fonds importants ; c’est une problématique liée à notre statut de musée national. Mais nous avons délibérément choisi de diversifier nos mécènes et de nous tourner vers les PME. Et le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise a été une vraie porte d’entrée ».

D’un côté, le groupe de jeunes dirigeants se sent privilégié, bénéficiant d’une souplesse qui permet d’accueillir des PME avec des petits montants d’engagement. De l’autre, le musée du quai Branly est enthousiaste à l’idée de connaître et travailler avec de nouvelles cibles. C’est le début d’un partenariat fructueux et durable.

Les possibilités de mécénat sont multiples, les projets tous tentants. Après discussions, tours de table et expression de chacun, le groupe de 7 jeunes dirigeants opte en 2011 pour une action tournée vers l’accessibilité : la réalisation d’un Guide d’exploration des collections tactile et sonore destiné aux visiteurs déficients. Un projet qui nécessite 11 000 euros d’investissement et la création d’un groupe de travail, auquel participent un jeune dirigeant et quelques salariés, en collaboration avec un membre de l’Association Valentin Haüy (AVH). Résultat : un livret voit le jour en 2012, présentant un parcours dans le musée autour de 7 objets reproduits en image et en relief, accompagnés de commentaires en gros caractères et en braille, ainsi qu’un parcours audio pour guider la découverte. Un succès pour les participants : « Grâce à l’implication de tout le collectif des jeunes dirigeants, la mise en œuvre du guide pour les malvoyants s’est révélé être un formidable moteur pour l’entreprise, tant au profit des collaborateurs que pour la projection sociétale qu’elle nous donne » assure Emmanuel Amon. Ivan Dumon conclut : « Ce soutien illustre ma conviction que chaque entreprise, chaque individu, à son niveau, peut contribuer à changer le monde. Je resigne demain à deux mains pour naviguer sur ce flot de bons sens en action ! »

Après cette première expérience, l’engouement se répand et le groupe s’étoffe de 9 nouveaux jeunes dirigeants de la section de Paris, mais aussi de la section de la Défense. « L’envie de voir financer un projet A à Z et de privilégier des petits projets qui ont du sens, cela parle de suite aux entrepreneurs »explique la Vice-Présidente. L’aventure continue alors en 2013 et 2014, avec le soutien de l’étude et de la restauration d’une cape de plumes tupinamba, la plus ancienne pièce du musée ! Et aussi très rare, considérée comme l’une des 10 pièces prioritaires du musée… Datant du XVIe siècle, elle nécessite en effet plusieurs interventions pour un coût total de 20 000 euros : consolidation des plumes et des fibres végétales, nettoyage des plumes et enfin identification des espèces (plumes) et des fibres végétales. Une restauration que les 11 jeunes dirigeants mécènes ainsi que leurs salariés ont pu découvrir concrètement, grâce à la visite de l’atelier et la rencontre avec les restaurateurs. Mais aussi la mise sous vitrine de la cape ! Des moments d’exceptions pour Blandine : « Nous avons eu un accueil incroyable de la part de ces spécialistes et du musée. Et nous avons pu comprendre les trouvailles faites à l’occasion de la restauration tout en appréciant l’envers du décor ».Pierre Cochat, membre du CJD Paris, ajoute : « j’ai beaucoup apprécié toute l’attention que nous a apportée le musée.On a l’impression d’être traité comme de grands mécènes alors que notre participation financière est modeste au regard du budget du musée ». Pourtant, ces actes « modestes » les placent au cœur de la vie du musée, comme n’importe quels autres mécène, parrain ou partenaire. Avec un petit plus. Les liens qui se tissent et perdurent au fil des projets renforcent la relation de proximité entre les adhérents du CJD et le musée.



Laurianne Condette

Le 15-01-2015
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