Septembre 2018


Les entrepreneurs dans la rue... ou à la rue ?

Les patrons sont descendus dans la rue. Ça, c’est fait ! Et maintenant ? Lorsque l’appel à la mobilisation a été lancé collégialement pas les organisations patronales, cela paraissait légitime compte tenu du degré d’exaspération des entrepreneurs. Comme souvent, la véhémence des paroles a été plus forte que celle des actes : beaucoup ont en effet préféré la chaleur des amphithéâtres en région au froid pénétrant de la rue. Et ce n’est peut-être pas un mal.

Néanmoins, cette journée d’action patronale mérite d’être examinée, car il faut bien reconnaître que si tous les patrons étaient rassemblés pour l’occasion – ce qui est rare —, l’unanimité n’a pas résisté à l’épreuve de la rue. Peut-être avons-nous tout simplement oublié de nous fixer un objectif à atteindre, de donner du sens à cette mobilisation inédite, de réfléchir à l’image qui sera restituée.

Tout d’abord l’objectif. Quel était-il ? Montrer nos gros bras, se faire entendre, faire changer des lois… Ce qui est paradoxal, c’est que s’il y a bien une corporation qui a accès direct au pouvoir, c’est bien le patronat. Nos représentants patronaux ont table ouverte à l’Élysée et à Bercy. Et pourtant rien ne change sur le front des promesses. Si la voix du patronat porte loin et haut, rien ne change… De là à penser que politiques et patrons ne parlent pas la même langue…

Ensuite le sens. Quel est le sens de cette action et quelles en sont les vertus ? Descendre simplement dans la rue n’a jamais fait fléchir un gouvernement de droite comme de gauche. Seul le pouvoir de nuisance fait peur à hommes politiques, qui ne brillent guère par leur courage. Il n’y a aucune causalité entre le nombre de manifestants et les résultats obtenus. 40 000 représentants des professions réglementées ne changeront rien à la Loi Macron. 6 000 entrepreneurs ne changeront rien au droit du travail ou au niveau de la fiscalité, alors 400 cheminots bloquant des centaines de milliers de voyageurs font plier n’importe quel ministre. Dans cette situation, notre place est-elle vraiment dans la rue ?

Vient enfin l’image. Franchement, quelle image donnons-nous lorsque nous bravons le froid en loden et cravate, alors que notre job est de faire travailler la France et ceux qui en ont envie. L’opinion publique a été clémente avec nous, car il y avait un caractère exotique et nouveau dans cette action. Mais si la presse avait pu trouver un cas ambigu du genre « Un patron rate un gros contrat alors qu’il manifestait », nous en aurions pris plein la figure !

Prenons aussi le négatif de la situation. Qu’on fait les quelques 2,9 millions autres entrepreneurs qui ne sont pas allés dans la rue ? Eh bien, ils ont bossé et fait bosser, par conscience, besoin ou envie. Et puis il y a ceux qui n’ont pas défilé par pudeur au regard de ce qu’ils gagnent, ceux qui sont partis à l’étranger, ceux qui ont vendu leur entreprise ou tout simplement abandonné…

Il est bon de rappeler que notre métier de chef d’entreprise, nous l’avons pour beaucoup choisi. Par envie de créer quelque chose, par goût du risque, par ambition, mais surtout par goût de la liberté. Car l’entrepreneur est libre d’embaucher, de licencier, de partir, de rester, de grandir, d’innover, de se recroqueviller sur lui-même. Les risques encourus sont opposables aux gains espérés. Dans le monde du travail, ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent se prévaloir de tant de liberté. Il y a plus malheureux sur cette terre. Était-ce vraiment notre place d’être dans la rue ?

Christophe Praud, directeur de la publication
Le 7-01-2015
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